Homélie du 4e dimanche du Temps pascal - 22 avril 2018

Jésus, notre bon pasteur

par

fr. François Le Hégaret

Si vous vous attendiez, pour ce dimanche de prière pour les vocations, à des lectures type « grille d’entretien d’embauche » pour un futur ministre ordonné, vous avez remarqué qu’on en est loin. Quand le Christ parle du bon Pasteur, il parle d’abord de lui-même. Viendra un temps où Jésus instituera des hommes pour être pasteur de son peuple. Cela se fera au bord du lac de Tibériade, où Jésus ressuscité dira à Pierre : « Sois le berger de mes brebis. » Mais aujourd’hui, le Christ se présente comme le bon pasteur, comme l’unique bon Pasteur. En dehors de lui, il n’y en a pas. Et il va donner trois raisons à cela, en mettant en lumière trois caractéristiques du bon Pasteur.

Première caractéristique du bon Pasteur : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Ce que Jésus exprime là, c’est ce qu’il va réaliser lors de son arrestation à Gethsémani. Alors qu’il est au jardin des oliviers avec ses disciples, on vient l’arrêter. Jésus dit alors : « Si c’est moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les aller » ; et le texte ajoute : « afin que s’accomplit la parole qu’il avait dite : “Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul” ». C’est Jésus seul qui donne sa vie, c’est lui qui se laisse arrêter, seul, lui qui veut qu’on ne mette pas la main sur les disciples. Jésus est le bon pasteur, en tant qu’il va se livrer pour que les brebis ne soient pas prises, ne soient pas capturées, ne soit pas arrêtées. Si le Christ se livre, il reste en même temps infiniment libre : il donne librement sa vie pour que nous ayons la vie. Ce qui extérieurement pourrait être pris pour de la faiblesse — être arrêté, subir un procès inique, refuser de se défendre, et Pilate lui-même le dira : « Tu ne réponds rien à toutes les accusations portées contre toi ? » — est en réalité la marque de la plus grande force, de la plus grande liberté, du plus grand amour : le Christ a déposé sa vie de lui-même. Même après sa mort sur la Croix, il va chercher ceux qui étaient enfermés dans les enfers pour les conduire vers la vie. Le Christ bon pasteur prend sa source dans ce mystère de la foi.

Deuxième caractéristique du bon Pasteur : le bon Pasteur n’est pas un mercenaire, un homme jugeant son salaire trop faible pour accepter la ligne sur le contrat de travail — lutte contre les loups incluse. Jésus l’a encore bien manifesté lors de sa passion. Il ne s’est pas enfui devant les difficultés, il n’a pas voulu rester au-delà du Jourdain pour ne pas être arrêté, comme on l’invitait à le faire. Il n’a pas abandonné ses disciples alors qu’il savait on voulait le mettre à mort. En définitive, il n’a pas abandonné l’humanité dans son péché, alors même que cette humanité le rejetait. Si cela s’est réalisé il y a deux mille ans, cela se manifeste encore aujourd’hui. Car si le mercenaire est lié à un travail pour un temps limité seulement, Jésus est avec nous pour toujours jusqu’à la fin des temps. Si le Christ est le bon Pasteur, aujourd’hui encore il ne s’enfuit pas. Malgré toutes nos épreuves, nos difficultés, notre combat spirituel, le Christ est toujours là en première ligne, et aujourd’hui encore il donne sa vie pour que nous ne tombions pas. Il n’est jamais un mercenaire, il ne quitte jamais son troupeau. Partout où des chrétiens sont persécutés, partout où l’Église est rejetée, le Christ est là. À chaque fois que le chrétien est tenté, à chaque fois qu’il tombe, il est là aussi. Il n’abandonne jamais. Le Christ bon Pasteur est à la source de notre espérance.

Troisième caractéristique du bon Pasteur : le bon Pasteur veut rassembler toutes les brebis en un seul troupeau. Il s’agit déjà d’unifier en une seule Église l’ensemble de ceux qui suivent la Loi de Moïse, donc juifs et publicains, ou juifs et samaritains (c’est ce que le Christ exprimera en disant : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdus d’Israël »). Mais ensuite, et cela se réalisera après la Pentecôte, il s’agit d’unir Israël et les païens, ceux qui croient en lui et ceux qui ne croient pas encore, et même les baptisés entre eux. Cela signifie donc surtout d’unifier chaque personne différente en un seul Peuple. Le Christ connaît ses brebis, il les connaît personnellement. Et l’unité qu’il offre est à la fois la plus forte (avoir un seul cœur et un seul esprit dans le Christ) et à la fois la plus respectueuse de chacun (il nous appelle chacun par notre nom) ; elle n’est pas une uniformisation, mais une construction harmonieuse où tous ont leur place. Alors comment ce peuple devient-il un ? Par le Saint-Esprit, par l’amour du Christ répandu dans notre cœur, et par les multiples actes de charité fraternelle que nous pouvons poser. Le Christ bon Pasteur est ainsi la source de notre charité.

Foi, espérance, charité. Voilà ce à quoi le Christ bon Pasteur nous appelle, voilà les moyens pour le suivre. Et s’il fallait maintenant tracer un programme pour ceux que le Christ a associé à sa charge de pasteur, c’est dans ces trois vertus qu’il faudrait le trouver. Priez pour les prêtres, priez pour nous, afin que, par les vertus théologales, nous soyons davantage semblables au Christ bon Pasteur.