Homélie du 5e DO - 7 février 2010

Jésus, Simon et le filet

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C’était une nuit était à classer dans les nuits à oublier. Elle avait été d’autant plus épuisante qu’elle avait été inutile. Et dans ces cas-là, on a plutôt tendance à se replier sur soi. Face à cet homme qui lui demande à utiliser sa barque, Simon, lui, ouvre son cœur. Ce premier acte de générosité va changer sa vie mais il ne le sait pas encore. Il vient de rencontrer le Fils de Dieu mais cela non plus, il ne le sait pas encore.

Donc il prête sa barque, cette barque qui devient la première tribune de Jésus. Simon est là, assis. Il écoute Jésus: ce sont des paroles très élevées, elles parlent de Dieu et de son Royaume. Et tout à coup, une proposition incongrue: Avance en eau profonde, jette le filet. C’était comme si Jésus voulait lui dire: le Royaume de Dieu que j’annonce n’est pas déconnecté de tes préoccupations terrestres. Ne sépare pas ta vie quotidienne et l’Évangile que j’annonce. En un sens, Jésus n’exige pas grand-chose de Simon. Il lui demande simplement d’exercer son métier. Pourtant Simon est fatigué par cette nuit sans prise et il sait qu’on ne pèche pas le jour. Quelque part, la demande de Jésus n’est pas raisonnable. Mais parce qu’il a découvert un Maître, Simon répond: Maître, sur ta Parole, je vais jeter le filet. Cette parole, c’est tout à la fois l’annonce de la bonne Nouvelle du Royaume et l’ordre de jeter le filet. Simon s’éloigne, avance en eau profonde et jette son filet. Il accepte de dépendre d’un autre. Qu’un autre donne une nouvelle dimension à sa vie. La première dimension du disciple, c’est de mettre ce qu’il sait faire au service de Dieu et cela donne une nouvelle fécondité à ce que nous vivons, une nouvelle signification.

Voilà pourquoi, il faut fonder notre vie sur la Parole de Dieu même si celle-ci nous semble aller à contre-courant de la société et de ses idées. Même si elle nous semble déraisonnable. Frères et sœurs, n’y a-t-il pas une Parole du Christ qui, un jour, a touché votre cœur? Lorsque vous étiez enfant, lorsque vous avez choisi des textes pour votre mariage, lorsque vous avez lu l’évangile, je ne sais pas? Sans compter ces Paroles plus difficiles sur le partage, le pardon? Cette Parole, qu’en avez-vous fait? Qu’en ai-je fait? Me fait-elle vivre? Ma vie d’aujourd’hui se fonde-t-elle dessus? Est-ce qu’elle relève mes bras fatigués, est-ce qu’elle me mène en eau profonde y jeter inlassablement le filet? suis-je encore capable de dire: Seigneur sur ta Parole, je vais… Il le faut! Car Dieu ne nous demande rien d’impossible et Il veut que notre vie soit grande, belle et féconde. Il veut remplir notre filet.

Simon a obéi à Jésus. Son filet s’est rempli et il en est bouleversé. Il saisit que les poissons ne sont que le signe visible d’un mystère invisible. Éloigne-toi de moi, Seigneur je ne suis qu’un homme pécheur. Je ne suis pour rien dans ce qui vient de se passer: je n’ai qu’obéi à ta Parole. Simon reconnaît alors en Jésus non plus comme un Maître mais le Seigneur. Et c’est à ce moment que Jésus le choisit en lui disant: Eh bien, tu seras pêcheur d’hommes. Maintenant, je te demande un pas supplémentaire. Accepte de quitter même ton métier, ce que tu sais faire pour avancer sur ma Parole. Désormais, quels que soient ta fatigue, tes échecs, tes nuits, ton rôle sera d’avancer dans les eaux profondes de l’humanité. Et là tu lanceras le filet de l’appel de Dieu sur les hommes. Sans relâche tu le remonteras.

On est passé à un autre niveau. Le filet, c’est l’Église. Les poissons ce sont les hommes que les apôtres vont amener à Jésus. Et nous qui sommes ici, nous sommes cette Église, née de la prédication de Jésus dans la barque de Simon. Nous sommes nés de ce premier coup de filet. Et aujourd’hui Jésus prêche toujours depuis la barque de Simon-Pierre. Et c’est pour nous! Il nous redit, à nous qui sommes fatigués par la nuit, abattus par l’échec et les souffrances: Tu seras pêcheur d’hommes. Si insignifiante ou si difficile qu’elle puisse être, ta vie a une valeur infinie. J’ai besoin de toi pour sauver le monde. Je pense là, en ce moment, au témoignage de tant de chrétiens qui souffrent en Haïti ou ailleurs. Je pense à nos frères et sœurs qui vont recevoir le sacrement des malades. En écoutant le Seigneur qui vous demande d’avancer en eau profonde, vous le laissez venir emplir de sa présence votre vie. Et vous allez être pour nous un soutien tellement important. Le concile Vatican II ne dit-il pas: Vous tous qui ressentez plus lourdement le poids de la croix, vous qui pleurez (…),reprenez courage: vous êtes les préférés du royaume de Dieu, (…); vous êtes les frères du Christ souffrant, et avec lui, si vous le voulez, vous sauvez le monde . Vous allez être les témoins du Christ qui offre sa vie pour le monde. Vous allez le rendre présent au milieu de nous.

Frères et sœurs, il y a tant d’hommes et de femmes qui n’entendront la Parole de Dieu que si nous voulons bien la leur annoncer. Jésus nous demande d’avancer en eaux profondes par delà la superficialité des mondanités. Il nous demande de ne pas nous arrêter à ce que nous croyons avoir saisi des autres et du monde. Il nous demande d’avancer sur sa Parole. Aurons-nous le courage d’aller vers ces eaux profondes du monde dans lesquelles nos contemporains sont parfois perdus? Aurons-nous le courage de leur faire découvrir la présence du Seigneur dans leur vie?

Écoutons la Parole et laissons-la germer et grandir en nous. Prêtons au Seigneur nos mains, nos pieds, notre personne pour que, sur les bords de la mer du monde, sa voix retentisse encore aujourd’hui. Nous sommes le filet du Royaume de Dieu, ce Royaume que le Seigneur veut faire jaillir dès à présent. Le filet a des mailles qui sont étroitement imbriquées les unes dans les autres. Le pécheur passe du temps au bord du rivage pour le réparer. C’est notre célébration eucharistique: le Seigneur partage son corps pour faire de nous un seul corps, un seul esprit. Il verse son sang pour réparer les déchirures que notre péché occasionne dans le filet. Tout à l’heure, en allant communier, rappelons-nous l’appel du Seigneur sur nous, cette Parole qui a touché notre cœur et qui ne cesse de remettre en question nos habitudes! Sur ta Parole, Seigneur, je suis prêt à avancer au large pour bâtir ton Royaume.