Homélie du La Sainte Famille - 29 décembre 2013

« Joseph, l’Ajouté »

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Le pape François a demandé qu’on ajoute saint Joseph à la prière eucharistique deux, trois et quatre à la suite du bienheureux pape Jean XXIII qui l’avait déjà requis pour le canon romain, notre prière eucharistique n°1. Pourquoi cette insistance alors que saint Joseph, certes bien visible dans nos crèches, ne joue qu’un rôle modeste et caché dans l’évangile? Modeste mais important puisqu’il donne à Jésus son identité de membre de la tribu de Juda (cf. He 7, 14), sa carte d’identité civile si l’on veut. Rôle caché aussi: aujourd’hui, trois fois il apparaît inspiré par des songes nocturnes, qui donc le guident comme de nuit. Mais croyons-nous encore aux songes? Nous croyons au moins tous à l’utilité de faire ou d’avoir fait de grands rêves pour stimuler notre vie quotidienne. Toujours est-il que saint Joseph, chef de la Ste Famille, a eu, lui, 4 songes vraiment nocturnes dans sa vie telle que cela apparaît dans l’Évangile, 4 songes déterminants pour la vie du Sauveur et de sa Mère Marie, et donc pour lui-même qui protège et accompagne la mère et l’enfant. Le premier songe relaté lui permit, à ses risques et dépens, de prendre Marie chez lui comme épouse alors qu’elle était déjà enceinte du Verbe incarné sans que cela le concerne directement. Audace d’un homme juste qui joue sa propre réputation en considérant en premier la renommée d’autrui!

Les trois autres songes sont révélés ici dans notre passage de saint Matthieu. Il s’agit d’une orientation progressive, par touche légère, mais déterminante pour faire avancer la sainte famille à travers la figure paternelle de saint Joseph, littéralement l’Ajouté. Le procédé du songe n’est ni violent ni intrusif. Il permet à saint Joseph de rebondir dans le réel et d’adapter ce qu’il a perçu. Et, notons-le, il s’en tire assez bien avec un moyen d’intervention divin très faible: jusque ce qu’il faut! Joseph dès lors a su s’abandonner! Sommes-nous assez à l’écoute dans notre vie des murmures favorables, exercés par la sainte Providence quand celle-ci veut nous parler? Les pères de famille n’ont souvent guère de signes pour passer à l’action, en dehors des conseils de leur épouse ou de leurs proches. Et l’action est toujours périlleuse car elle oblige à faire confiance au-delà de nos moyens où nous affrontons le réel qui nous entoure. La vie familiale apparaît dans l’évangile d’aujourd’hui une proposition de mise en confiance en s’abandonnant à l’action de Dieu le Père. Peut-on accepter l’inéluctable quand les épreuves, les maladies et la vieillesse nous adviennent: comment s’abandonner? Ce n’est pas évident. La Bible se préoccupe peu de montrer comment s’abandonner dans les conditions qui sont les nôtres. Toutefois plusieurs attitudes inspirées relèvent de cette remise de soi aux événements qui nous dépassent. Ainsi Jésus à la Croix déclare: Père, entre tes mains je remets mon esprit. C’est l’acte d’abandon parfait, la remise de toute sa personne à Dieu. Et c’est une définition de la prière: Jésus a supplié le Père pour nous instruire, nous montrer comment prier. Une prière exaucée est une prière où notre volonté a comme été corrigée, ainsi apparaît celle de Jésus en agonie à Gethsémani: Père, non pas ma volonté mais la Tienne. Être abandonné en Dieu ne veut pas dire être abandonné de Dieu. Être abandonné en Dieu n’est pas facile. Cela n’arrive qu’au terme d’un processus spirituel. C’est un don de la grâce, pas d’abord un acte venant de nous.

Cependant, je peux confier à Dieu mon désir d’un abandon spirituel. Le bienheureux Père de Foucauld l’a dit magnifiquement: Mon Père, je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il Te plaira. Quoi que Tu fasses de moi, je Te remercie, je suis prêt à tout, j’accepte tout…. C’est l’amour qui est la cause de cet acte d’abandon authentique. Jésus ne nous demande pas de baisser les bras, ce serait un faux abandon, mais de nous battre jusqu’au bout: Dieu, qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi(Augustin). Si je fais tout mon possible pour rester en état de grâce – par la prière, la charité, la communion, la confession – alors sûrement le vieil adage vaut pour moi: faisant ce qui est en ton possible, Dieu ne te dénie pas sa grâce. Non que Dieu fasse la moitié du chemin quand j’en aurai déjà parcouru la première moitié seul, comme le laisse croire la sagesse populaire: Aide-toi, le Ciel t’aidera (Ésope, La Fontaine). Le chrétien met toute sa confiance en Dieu depuis le début et déclare: Aide-toi, et déjà le Ciel t’aide! Autrement dit, quand j’aurai fait pour Notre Seigneur ce qui est de moi, Lui fera sans moi ce qui n’est que de Lui.

Prions donc saint Joseph, il est un modèle d’abandon familial et le demeure pour notre propre gouverne, et celle de toute l’Église.