Homélie du Épiphanie - 7 janvier 2001

La joie de servir

par

fr. Emmanuel Perrier

«Lève les yeux, regarde autour de toi, tous ils se rassemblent…». C’était vrai au temps d’Isaïe, comme aux jours de Pentecôte. C’est vrai aujourd’hui dans la Jérusalem céleste! «Jérusalem, regarde, tous ils se rassemblent…» Sur tous les points du globe, des foules sont en marche vers Jésus parole et pain de nos eucharisties. Regarde, ils viennent, aujourd’hui, ici, du Nord et du Midi, de l’Est et de l’Ouest, ils viennent du Vietnam et de la Réunion, de l’océan indien, de la Martinique et de la Suisse, d’Haïti, d’Italie, d’Allemagne et d’Argentine… et de tous les quartiers de cette ville. L’Église de Jésus-Christ, répandue à travers toute la terre continue sa longue marche. Elle veut même aider la marche de l’humanité. Elle veut être servante de tous les peuples.

Oui, l’Église veut être servante du Royaume. Pour cela, au cours des siècles, elle a précisé, organisé des ministères, services durables des diverses communautés. Aujourd’hui, Ernest et Marie-Arnaud, l’Église vous appelle au diaconat. Elle vous ordonne serviteurs. L’ordination va plus loin que l’appel, l’élection, la désignation ou la délégation. Elle est consécration. Avec Dieu, dans cette célébration, nous créons du neuf. Dans l’ordination, il y a constitution d’une situation nouvelle, par la communication d’un don particulier de l’Esprit de Dieu. Dans l’ordination, l’Esprit Saint vous donne une place nouvelle dans l’Église. Dans le Corps du Christ, les ministres ordonnés (Évêques, prêtres, diacres) deviennent jointures, articulations qui mettent tout le corps en marche, en mouvement, en état de service, dans une cohésion dynamique. Vous verrez, c’est une bonne place pour ressentir les mouvements et la vitalité du corps tout entier… mais vous verrez ainsi que, parfois le corps ecclésial a mal à ses articulations!

Déjà vous avez expérimenté la joie de servir: alphabétisation, permanence à la cité du Secours Catholique à Lourdes, aide aux catéchistes et aux parents, présence dans la cour de récréation pour que les récréations soient re-créatrices, services divers dans la communauté, accompagnement de jeunes handicapés en pèlerinage où vous avez su donner et recevoir…
Aujourd’hui, vous n’êtes plus simplement des serviteurs bénévoles; vous devenez des serviteurs ordonnés, des diacres en vue du presbytérat. Et en même temps vous devenez un signe, un signe pour nous, un appel pour chacun, un signe qui indique une direction, comme l’étoile. Vous êtes un signe qui marque: «Direction ? Service».

Pour mieux comprendre cela, prenons la comparaison des balises sur les chemins de grandes randonnées. Sur les sentiers qui montent vers les cimes, toutes les pierres et tous les rochers ont leur place et leur utilité. Mais certains rochers, bien placés, au bord du sentier, portent une marque: un trait blanc, rouge, vert ou plusieurs traits. Ces rochers ne sont pas les meilleurs, ni les plus grands ni les plus beaux, mais en recevant des signes, ces rochers sont devenus des signaux, des balises qui indiquent une direction. Ils ont été choisis pour accueillir et pour transmettre un message. Ces rochers ordinaires sont devenus, pour tous, des signes reconnus, par les marques qu’ils ont reçues. Et les marcheurs savent, en les regardant, dans quelle direction aller. Ces rochers qui ont reçu la marque orientent la marche des autres. Ordonnés diacres, vous devenez signes, vous êtes ordonnés serviteurs, pour que nous devenions davantage serviteurs, pour que nos communautés chrétiennes et toute l’Église deviennent davantage servantes du royaume de Dieu dans la civilisation de notre temps.

Sur la route des hommes, le diaconat indique la direction évangélique du service. Quand on prend cette direction alors toute la vie est changée. L’Avoir, n’est plus accumulation mais partage. Le Savoir, n’est plus pour profiter mais pour éclairer. Le Pouvoir, n’est plus domination, il est service. Les religions sont pour la paix et non plus pour la guerre. La Science se met au service de l’Amour. Les projets ont le souci premier d’aider les plus souffrants. Je sais aussi que le premier service dans la vie est assuré par les parents. C’est ce premier service qui permet ensuite tous les autres. Et je veux saluer ici, avec reconnaissance, les parents d’Ernest et de Marie-Arnaud. Notre société, de toute urgence, en tous domaines, doit s’engager dans la voie du service solidaire.

Dans cette Église servante, la congrégation des Dominicains vit de profonds services. En Ariège, je note le ministère dans la vallée de la Lèze, l’accompagnement des 85 équipes du Rosaire, équipes de base, missionnaires par capillarité et aussi les conférences que vous ferez à Pamiers pendant le carême. A Toulouse, je ne développe pas les services incalculables que vous vivez dans l’éducation et l’enseignement. Et plus largement, les émissions du Jour du Seigneur animent et forment les multitudes, véritable évangélisation sur la place publique. J’indique aussi le pèlerinage du Rosaire où se rencontrent, dans la joie de croire, tant de différences.

Je veux mentionner deux aspects de votre ministère, deux aspects que nous avons retenus, dans notre préparation avec Ernest et Marie-Arnaud. La Pastorale de la Vérité et la Pastorale de la Beauté. La vérité, elle est aussi nécessaire que la justice et le partage, mais on n’en parle moins. La vérité donne des convictions fortes. L’absence de convictions est le commencement de tous les abandons. Un docteur octogénaire avouait: «plus je vais, plus je suis persuadé que pour vivre mieux, les hommes ont besoin d’amour et de convictions spirituelles». Réentendons Jésus nous dire: «En vérité, en vérité, je vous le dis… La vérité vous rendra libres…» Réentendons Paul nous redire: la vérité, c’est ce mystère de l’amour de Dieu pour tous les hommes. C’est le mystère du salut que Dieu donne à tous les hommes pour que sa joie soit en tous.

La Beauté: Beauté dans l’art, la culture et dans la liturgie. La beauté dans la musique et les chants, dans la sculpture, la peinture et les célébrations, est aussi un chemin vers Dieu, un chemin que tous peuvent prendre, un chemin qui conduit à la contemplation.

Que cette célébration nous manifeste bien la beauté de l’Évangile et nous donne la joie de croire. Entrons dans la supplication et la louange devant ce Dieu qui a donné aux hommes un tel pouvoir: le pouvoir de servir.