Homélie du 4e DP - 15 mai 2011

La porte du Salut

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Le printemps est bien arrivé avec les fleurs et les parfums. Chacun peut sentir l’éveil des forces de la nature. Les adolescents s’éveillent à des émotions et des plaisirs nouveaux ; les adultes retrouvent une vitalité oubliée et font de nouveaux projets de vacances ou de voyage ; les anciens connaissent la nostalgie. Et pourtant nous ne saurions oublier les souffrances et les douleurs d’un monde en travail d’enfantement. Oui, c’est la guerre. Sur les côtes libyennes des milliers d’Africains sont entassés dans des bateaux et jetés à la mer. Dans villes de Côte d’Ivoire, on découvre les charniers de la guerre civile. Nos frères chrétiens du monde arabo-musulman sont plus que jamais otages d’une guerre qui n’est pas de leur fait. Les Japonais pansent les plaies de leur pays soumis à l’insidieux rayonnement des centrales mises à mal par la colère de la terre et de l’océan. Quelle en est la source ? La terre, la mer, les vents… Certes, mais la source de ce drame comme de ceux dont nous souffrons est dans le cœur des hommes, car c’est au nom de leur dieu que les hommes se déchirent. C’est au nom du Dieu d’Abraham que la guerre pourrit le Moyen Orient depuis tant de temps. C’est aussi au nom des grandes idoles (l’argent, le marché, la sécurité nationale…) que les maîtres du monde abusent de leur pouvoir. C’est pour le pétrole, les minerais, le bois, les terres agricoles… que l’on tue. C’est dans ce contexte que nous recevons les paroles de Jésus bâties sur les images de la vie de la bergerie, du berger et de son troupeau sortant vers les pâturages.

Le troupeau est dans le bercail. À la suite des prophètes, Jésus dénonce les ceux qui viennent pour voler, piller et égorger. Voleurs, les puissances qui ont ravagé la « Terre Promise » ; prédateurs, les rois et les princes qui se sont enrichis par l’exploitation du « peuple élu ». Mais le propos de Jésus concerne l’humanité et vaut pour le présent : le troupeau dans le bercail saccagé c’est aujourd’hui. Les voleurs et les prédateurs n’ont pas fait ce que Dieu veut. Une image le dit : ils ne sont pas passés par la porte. Passer par la porte, c’est entrer sans violence, comme on le fait quand on entre chez soi ; on y entre avec au cœur un sentiment de paix et de confiance, avec l’impatience de trouver qui l’on aime.. Mais il y a plus. La grande nouveauté de cette page de l’évangile de Jean est de dire que Jésus est la porte. Passer par lui, c’est être empli de respect et d’amour, respecter la justice et le droit.

L’image de l’Évangile se développe. Le troupeau enclos dans le bercail est dans un triste état, son bercail est une désolation, un désastre, une fournaise, une prison. La porte permet de quitter ce lieu de malheur. Grâce à elle, sortir permet de vivre sa vie, vivre la grande aventure de la vie, la grande aventure de l’amour. Sortir (en grec on dit Exode), c’est avoir l’audace de rompre avec ce qui paralyse. Plus modestement, ceux qui sont dans la précarité, disent qu’ils veulent « s’en sortir ». S’en sortir, maître mot des familles aux fins de mois difficiles, du chômeur, du malade ! S’en sortir, acte de vivant. Tous nous avons à sortir de l’enchaînement qui nous rive à la médiocrité, sortir de la peur et de l’aveuglement, sortir de la colère et du ressentiment, sortir du mépris de soi et du doute… Sortir, vivre l’Exode ! Tel est le sens du mystère pascal , car le verbe passer est à la racine du mot Pâques. Passer de la tristesse à la joie, de l’ombre de la mort à la vie, de la futilité au sérieux, de la dévotion à la foi, du rabâchage à la réflexion… Sortir ! Aller au grand large, aller vers les lieux où souffle l’Esprit, aller vers le Père par le Christ ressuscité !