Homélie du 2e DC - 17 février 2008

La transfiguration

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Pourquoi sont-ils là? Oui, que font-ils là-haut, sur la montagne? Rappelez-vous. C’était en haut de l’Horeb que Moïse a reçu la Révélation du Nom divin. S’appuyant sur le Nom qui est au dessus de tout Nom, il a emmené son Peuple hors de l’Égypte qui symbolise l’emprise du péché sur les fils de Dieu. 40 ans de marche, de lutte et de tentations pour arriver à la terre promise. A travers Moïse, ce sont tous ceux qui veulent quitter l’esclavage du péché qui sont invités à cheminer vers la terre promise où Dieu habitera avec son Peuple. Et aujourd’hui, en haut du mont Thabor, le Nom est pleinement révélé pour que nous nous mettions en route! Et ce Nom, c’est Jésus c’est-à-dire: Dieu sauve. Quant à Élie, il a fui le courroux de la reine Jézabel puisqu’il a dénoncé son péché, rempli de zèle qu’il était pour le Seigneur son Dieu. Il est, lui aussi, arrivé au mont Horeb après 40 jours. Dieu s’est révélé à lui dans le souffle d’une brise légère qui montrait la douceur de l’union qui unit Dieu avec son enfant. Avec Élie, nous sommes invités à ne pas avoir de compromission avec les puissants, quoi qu’il en coûte. Comme lui, nous entendrons la douceur de la voix du cœur de notre Dieu qui nous attire à Lui pour nous donner sa vie en partage.

En cet instant de la transfiguration, le Christ apparaît véritablement comme le Maître de la Vie. Moïse et Élie, les disciples le voient, sont vraiment vivants! Parce que le Christ est tout en eux. Alors, Pierre propose de bâtir trois tentes puisque, comme au temps de l’Exode, Dieu, par le Christ, habite au milieu de son Peuple qui est comme représenté par Moïse et Élie. Oui, le Verbe s’est fait chair, Et il a habité parmi nous. Dieu, dans sa Gloire, est au milieu de son Peuple. Mais de quelle gloire parlons-nous? Écoutons ce que nous en dit Jésus puisque le Père nous l’a demandé: Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, écoutez-le!

Or c’est au moment même où Judas va le livrer que Jésus dit: Maintenant, le Fils de l’homme va être glorifié. L’heure de la Passion est l’heure de la glorification du Fils de l’homme et du Père en Lui. Cette gloire, c’est le poids de l’Amour qui fait que Jésus… ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. Voilà pourquoi, au moment même où la haine semble avoir le dessus, Jésus s’exclame: Tout est achevé, tout est parfait (Jean 19,30). Et Il remit l’Esprit. L’heure était venu où le Père glorifiait son Fils qui, élevé de terre, allait pouvoir attirer à Lui tous les hommes. À ce moment, la violence se transformait en amour et donc la mort en vie. […] Il s’agit de la victoire de l’amour sur la haine, de la victoire de l’amour sur la mort [qui va] alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde.

Il me semble qu’en ce temps de Carême, l’évangile de la transfiguration nous invite à dépasser notre compréhension de la Gloire divine. Si cette Gloire éclate à la Croix – à tel point que nous chanterons pendant la communion: Louange à toi, Jésus transfiguré, les disciples ont vu ta Gloire: pour qu’en ta Croix ils te contemplent, toi la splendeur du Père – alors peut-être devons-nous comprendre que la Gloire de Dieu n’est pas juste une espèce de bien-être ou de rayonnement. Elle n’est pas non plus la solution de nos problèmes. La Gloire de Dieu, c’est de rendre l’homme vivant à travers le mystère de Pâques. La Gloire de Dieu, c’est Jésus qui se donne à nous et pour nous dans un Amour infini pour tout transformer, pour tout transfigurer. Car cela va donner un sens nouveau à nos luttes et à nos efforts de carême! Trop souvent, nous espérons la victoire de la Croix comme l’anéantissement de tout combat. La victoire du Christ sur les tentations, nous aimerions bien qu’elle se traduise, pour nous, en suppression des tentations. La Gloire de la Croix nous dit que le Christ n’est pas venu supprimer nos luttes mais les remplir de sa présence. Et que c’est cette présence de gloire qui transfigure tout.

A travers nos luttes, pour peu que nous l’y invitions, le Christ nous propose d’entrer dans la Gloire de sa Passion où l’Amour sauve le monde, où l’Amour transfigure le Mal pour en faire une source de vie. N’est-ce pas là, l’accomplissement des Béatitudes, cette loi du bonheur un peu paradoxale: Bienheureux ceux qui sont pauvres, bienheureux ceux qui ont faim et soif, bienheureux ceux qui pleurent. Oui, bienheureux ceux dont le regard est assez pur pour aller courageusement à travers les épreuves et les tentations. Bienheureux ceux qui se laissent emmener par le Christ dans la Gloire qui est le don de soi par Amour. Bienheureux ceux qui découvrent que dans leur montée vers Jérusalem, c’est le Christ qui les emmène pour les présenter au Père. Bienheureux ceux qui n’ont plus peur de leur luttes et de leurs tentations et qui les offrent au Christ pour qu’Il les leur rende transfigurées!

Laissez-moi donc relever un dernier détail. Pierre, Jacques et Jean ont été emmenés par le Christ qui les a fait monter vers Dieu. Ils ont fait l’effort de monter mais c’est Jésus qui les emmenait et les faisait monter vers Dieu. Exactement comme nous faisons, ici, chaque soir à Vêpres, avec l’encens. Laissons donc le Christ transfigurer nos pauvres luttes et nos pauvres efforts. Laissons-nous emmener par Lui sur la route de l’Amour parfait. Laissons-Le, alors, nous présenter, jusque dans nos luttes, comme une prière d’agréable odeur! Et qu’ainsi, chacun complète en sa chair ce qui manque à la Passion du Christ, pour son Corps qui est l’Église.