Homélie du Pentecôte - 11 mai 2008

La troisième révélation

par

fr. Alain Quilici

Dans le livre de l’Apocalypse, qui est comme un résumé de toute la Révélation, avant que ne retentissent les trompettes qui annoncent l’imminence de la proclamation de l’Évangile, un ange apparaît dans le ciel. Il se place près de l’autel des parfums, muni d’une pelle en or. Il jette sur les braises, de l’encens en quantité, à l’image de la prière des saints qui s’élève vers Dieu en parfum d’agréable odeur.

Mais soudain, l’ange remplit sa pelle des braises de l’autel et il jette ce feu sur la terre. Ce furent alors des tonnerres, des éclairs, des éclats de voix et tout un tremblement. Ce feu qui tombe du ciel sur la terre, arrive sur les Apôtres le jour de la Pentecôte. Il tombe sur eux. Et comme tout feu, il commence par dévorer tout ce qui ne peut lui résister: leur péché de couardise, leur silence honteux, leur enfermement par peur des autres. Ensuite ce feu remplit leurs têtes (intelligence), leurs cœurs (amour), leurs bouches (prédication), leurs mains (autorité). Eux qui étaient comme des mauviettes deviennent des torches incendiaires. Le feu tombé du ciel les a réchauffés, les a rassurés et finalement les jette dehors dans la foule, pour lui parler. Et voilà que les Apôtres, à leur tour, et comme l’ange de l’Apocalypse, étendent les mains sur l’Église. Et pendant que monte vers Dieu notre prière comme un encens, le feu de l’Esprit tombe sur nous et bouleverse toute notre vie. Cet Esprit de Dieu qui tombe sur nous en pluie de feu, c’est la troisième révélation.

D’abord, Dieu s’est donné à connaître dans sa création. Cette première révélation est à la portée de tous, pour peu qu’on veuille bien ouvrir les yeux. La beauté de la Création et son infinie complexité parlent de Dieu. Et l’homme d’aujourd’hui qui découvre les merveilles de l’infiniment grand dans l’immensité insondable des astres et des planètes, comme dans celles de l’infiniment petit dans l’agencement méticuleux du corps du plus petit des vivants, reçoit de Dieu une première révélation. Heureux deux qui ont vu!

La deuxième révélation nous vient de Notre Seigneur Jésus Christ. Par lui, Dieu est entré dans notre histoire. Il a partagé notre condition humaine en toutes choses à l’exception du péché. Il nous a fait connaître tout ce qu’il était nécessaire de connaître pour entrer en communion avec Dieu. Et il nous a donné les moyens nécessaires pour entrer dans cette communion.

Cette deuxième révélation n’est pas immédiate, comme la première. Elle doit être annoncée et elle doit être reçue. Elle est toujours le fruit d’une rencontre personnelle avec Jésus. Mais elle est commune à tous ceux qui ont entendu l’Évangile, qui y ont répondu et qui vivent dans l’Église, comme en un seul corps. Heureux ceux qui ont entendu!

Mais il y a une troisième révélation, celle qui vient de ce feu qui tombe du ciel. C’est une révélation toute intérieure et très personnelle. Une révélation qui parle au cœur de chacun dans le secret de sa méditation le plus intime. A chacun Dieu parle par son Esprit. Ce que nous célébrons aujourd’hui, ce n’est pas seulement cet extraordinaire événement qui a eu lieu à Jérusalem au temps des Apôtres, ce que nous fêtons ce n’est rien moins que la venue personnelle de Dieu, Esprit-Saint, en chacun de ses fidèles. A chacun, il révèle ce dont il a besoin pour vivre en communion avec Dieu, et pour orienter sa vie.

C’est lui qui a parlé au cœur de Marie, comme il a parlé au cœur de Joseph, et qui leur a dit ce que Dieu attendait d’eux. C’est lui qui a parlé au cœur de Paul sur le chemin de Damas. Il lui a révélé des secrets qui nourriront toute sa vie et sa mission. C’est lui qui parle en nos cœurs, qui nous révèle que Jésus est Christ, lui qui nous donne de l’aimer et de le prier. Il parle aux enfants comme il parle aux vieillards, réservant à chacun la révélation dont il a besoin. Et c’est toujours lui, cet esprit de force et de feu, qui nous soutient au moment de l’épreuve, qui nous console, qui ravive notre espérance et qui nous révèle que même un malheur peut être vécu comme une grâce.

Ainsi le feu qui l’ange de l’Apocalypse jette sur la terre tombe sur nous comme il est tombé sur tous les fidèles depuis les Apôtres. Il nous transmet cette troisième révélation, éminemment personnelle, mais tout aussi parlante que les deux autres. C’est celle que Jésus avait annoncée quand il disait: Je suis venu apporter le feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. Parole tenue! Heureux ceux qui ont reçu l’Esprit de Dieu. Écoutez maintenant ce que l’Esprit vous dit à l’oreille. Amen.