Homélie du 8e Dimanche du T.O. - 3 mars 2019

La victoire en mourant

par

fr. Gilles-Marie Marty

Avant sa première-communion, on demandait à un garçon de 8 ans de résumer la messe en une seule phrase. Il a dit : « C’est Dieu qui vient s’occuper de la mort, et Jésus lui règle son compte. » Bien vu… Saint Paul aurait applaudi !
Au fait, frères, qu’est-ce donc que la mort ?
Elle devrait nous être familière puisqu’on en parle chaque jour ; oui mais de très loin.
En revanche, plus elle s’approche de nous, plus elle semble disparaître, s’effacer.
Par exemple, quand un proche est gravement malade, qui lui parle franchement de sa mort ? Dès qu’on a su que Johnny Hallyday avait le cancer, on savait ce qui arriverait, mais aucun media n’a parlé de sa mort, sauf le jour de son enterrement, et encore…
La mort concerne tout le monde ; or il est presque interdit d’en parler : c’est tabou.
Je ne jette la pierre à personne, car, dans l’Église, on fait un peu pareil. On ne la cache pas, mais on dit des trucs du genre : « la mort n’est pas la fin, il y a une vie après, nous reverrons nos morts » — jusque là, d’accord, bien sûr ; mais on ajoute parfois : « la mort est un mauvais moment à passer, une sorte de coma profond et durable »… C’est faux.
Et c’est grave : si on maquille la mort, si on la vide de son sens tragique, alors on vide aussi la résurrection de son sens !

Qu’est-ce que la mort ?
C’est la destruction de notre moi profond : la séparation de notre âme et de notre corps.
Et quand ils sont séparés, le corps n’est plus le corps. Ce qui reste ressemble à un corps quelques heures, puis est recyclé, ramené à un tas de poussière de ce monde.
Quant à l’âme, c’est différent : on l’imagine en couple avec un associé difficile, avec ce compagnon lourdaud que fut son corps. Et on se dit : « quand ils se séparent finalement, comme elle — l’âme — doit se sentir libre ! »
C’est ce que pensait Platon et tant de philosophes, ce que pensent les sages et les religions d’Orient et tant d’autres… Belle idée, séduisante, mais fausse.
L’âme humaine n’est pas une chose spirituelle qui devrait être indépendante, mais qui, en fait, est obligée de cohabiter ici-bas avec un corps tyrannique, fragile et dégradable.
Il est difficile de penser l’union du corps et de l’âme parce qu’elle est tellement intime ; alors on cherche des comparaisons. Problème : toutes les comparaisons sont déficientes.
Faut-il alors ne rien dire ? ou se limiter à un langage incompréhensible ?
Que feriez-vous : abandonner ou bien essayer quitte à être critiqué ?

La première image de l’âme, c’est le sang. Elle remonte à la haute antiquité.
Les anciens considéraient le sang comme le support de la vie, le symbole de la vitalité.
Et ils disaient que l’âme est le ressort, le support, le principe de la vie du corps.
Par exemple, ils observaient un corps privé de sang, saigné à blanc. Il n’avait plus de sang, il n’avait plus de vie, ce n’était plus un corps ; on l’appelait un cadavre.
Même chose pour un corps privé de souffle. Il n’avait plus de souffle, il n’avait plus d’âme, il n’avait plus de vie, ce n’était plus un corps, mais un cadavre.
Autant pour le corps privé de son âme ; mais qu’en est-il de l’âme privée de son corps ?
Eh bien, une âme privée de corps, c’est comme du sang qui ne saurait pas où couler. C’est comme un souffle sans bouche et sans poumon… Que voulez-vous en faire ?
Un principe de vie sans rien de concret à faire vivre ? Une âme sans rien à animer ?

L’âme est le principe de vie de son corps mais elle ne peut rien sans ce corps…
À tel point qu’on peut dire aussi que notre corps pense et aime, grâce à son âme.

Revenons à la mort : elle est la cassure violente, non seulement de notre moi, mais encore de tout le reste puisqu’elle nous sépare du monde, de nos racines, de nos proches, de tout.
Cette cassure brutale et irréparable devrait nous anéantir, nous réduire à rien. C’est ainsi pour les animaux. Mais nous autres sommes à l’image de Dieu…

Que se passe-t-il donc après la mort ? Attention : tout ce que j’ai dit jusqu’ici, n’importe qui pourrait le dire, même un païen. Mais à partir de maintenant, je parle dans la foi.
Aussitôt après la mort, l’âme est en présence de Dieu. Elle en ressent un besoin viscéral, car auprès de Dieu elle va se refaire, elle va découvrir sa capacité à être principe de vie, cette capacité qu’elle avait eu ici-bas, mais à peine, si peu… et, en plus, qui n’avait fait que diminuer tout au long de la vie, jusqu’à être brisée net à l’instant de la mort.
Auprès de Dieu, l’âme se dépouille, se simplifie, apprend à devenir l’instrument de la résurrection de son corps, ce qui arrivera au Jugement dernier, à la fin des temps.
L’âme remplie d’Esprit-Saint retrouvera son corps ressuscité, et notre être enfin réunifié atteindra alors la plénitude en vue de laquelle le Créateur l’avait appelé à l’existence.

Si nous croyons cela, écoutons le conseil de saint Paul, et mettons-le en œuvre : « Frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, prenez une part active à l’œuvre du Royaume, car, dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue ! »


L’homélie, comme chaque dimanche, est disponible à la réécoute sur le site internet de Radio Présence (L’homélie commence directement à : 18 mn 45 sec.)