Homélie du (3 juillet 2016)

L’apôtre Thomas

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Le 3 juillet l’Église célèbre l’apôtre saint Thomas. Rien ne saurait effacer la mémoire de cet homme, parce que l’Évangile de Jean en a fait notre modèle à trois moments décisifs.

Jésus savait qu’il était condamné à mort par les autorités de Jérusalem. Pour cette raison, avec ses proches disciples, il s’était réfugié «au-delà du Jourdain», là où ses ennemis n’avaient pas de pouvoir. C’est là qu’il apprit que son ami Lazare était mort. Lorsqu’il décida d’aller à Béthanie, aux portes de Jérusalem, ses proches l’en dissuadaient. À l’encontre de ces propos, Thomas déclara: «Allons avec lui et mourrons avec lui» (Jn 11, 16). Cette parole a un sens universel; elle dit la condition chrétienne inaugurée par le baptême «dans l’eau et dans l’Esprit» (Jn 1, 33; 3, 5). Le mot baptême signifie «immersion», plongée dans les eaux qui symbolisent la mort, et «émersion», sortie des eaux et accès à la vie et la lumière. Tout baptisé vit en communion avec le Christ; il vit avec lui la mort présente en lui. Par l’Esprit Saint, il vit de sa vie, la vie éternelle déjà commencée. C’est le sens des paroles de Thomas qui parle au nom de tous les baptisés: «Allons et mourrons avec lui». Ce n’est en rien un acte suicidaire. C’est la communion de vie avec Jésus dans le passage à son Père.

Thomas nous est présenté une deuxième fois comme disciple exemplaire. Pendant le dernier repas avec Jésus, il pose des questions (Jn 14, 5-7). Il veut savoir; il veut comprendre. Pour lui, la foi n’est pas la soumission aveugle à des dogmes ou à des impératifs écrits dans un texte dicté par Dieu (comme pour les musulmans et les fondamentalistes), c’est ouvrir son esprit et son cœur à la parole d’un autre. Thomas demande à Jésus où est le chemin de la vie. Il apprend que le chemin c’est Jésus lui-même, puisque Fils éternel venu dans la chair pour prendre la tête de l’humanité et la conduire au Père. Le chemin n’est pas ailleurs, il est en Jésus qui nous associe à sa vie, lui «la voie, la vérité et la vie».

Thomas nous est donné en modèle une troisième fois à la fin de l’évangile de Jean. Si l’épisode est connu, il est mal compris (Jn 21, 24-29). Thomas n’était pas avec les autres disciples le jour de Pâques. Quand il apprend la nouvelle bouleversante, il veut davantage. Il veut rencontrer le Christ lui-même. Telle est notre condition. Nous n’étions pas à Jérusalem ni en Galilée avec les premiers disciples, aussi Thomas est notre modèle. En effet, si nous connaissons Jésus par ce qui nous est enseigné (dans les évangiles, dans les leçons de catéchisme, dans les groupes bibliques ou théologiques), nous devenons vraiment chrétiens quand nous recevons la parole de Jésus et lui répondons personnellement. C’est ce qui advint pour Thomas. À la parole de Jésus, il répond: «Mon Seigneur et mon Dieu.» Cette expression résume la foi de toute l’Église, Jésus est Seigneur, Christ ou Messie ressuscité, mais aussi Fils éternel, Sagesse qui est Dieu. Telle est notre foi, nous disons personnellement à Jésus: «Mon Seigneur et mon Dieu», de l’intime de notre cœur.

Il y a enfin une quatrième raison qui fait de Thomas une figure éminente qu’il est bon de rappeler aujourd’hui (Lc 10, 1-20). Thomas a mis en pratique l’appel de Jésus. Il a quitté sa Galilée natale pour aller porter l’Évangile aux confins du monde. Il a pris la route des Indes. Il a fondé des communautés qui ont traversé les âges et qui sont aujourd’hui comme l’aurore d’un monde nouveau. La chrétienté européenne s’est effacée lors du suicide de l’Europe voici cent ans dans la Grande Guerre (la 1re guerre mondiale); si le christianisme y est en déclin, il est vivant dans d’autres pays. Thomas nous apprend à regarder de ce côté-là du monde. Ce regard n’est pas un pronostic (l’avenir est à Dieu), mais une invitation à ne pas désespérer de la fidélité de Dieu et donc à vivre d’une espérance plus forte que l’usure du temps

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