Homélie du (2 juillet 2017)

L’audace de dire: Notre Père

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Voici l’été venu. Grandes chaleurs, vents, orages… car l’été est toujours un temps de contraste. Temps de vacances et donc changement dans notre rythme de vie familiale, amicale, professionnelle… Le temps ne passe plus au même rythme. Parmi les changements pourquoi ne pas prendre du temps pour prier. Certains d’entre nous le font ! Pourquoi pas nous tous ? Ne nous récrions pas en disant que c’est difficile. Non, ce n’est pas difficile, il suffit de faire ce que Jésus a dit à ses disciples. Ceux-ci priaient avec Jésus à la synagogue ; ils lisaient avec lui les Écritures ; ils le voyaient partir seul pour prier dans la solitude et le secret ; à l’heure des confidences, ils lui demandèrent : « Apprends-nous à prier. » Il leur qu’il fallait dire : « Notre Père… » Ce premier mot était le secret de Jésus qui dans sa prière disait « Abba Père ». Notre prière est simple et vraie quand elle entre dans le mouvement de celle de Jésus et quand nous disons au Père de Jésus « notre Père ». Tout est dans cette invocation.

Aujourd’hui où l’horizon médiatisé de la vie religieuse en France est occupé par l’islam, nous mesurons l’audace que porte cette manière de nommer Dieu, car l’islam écarte toute reconnaissance de Jésus comme Fils de Dieu et corrélativement le nom de Père pour le désigner. C’est dans la logique d’une religion de la toute-puissance qui exclut le langage du cœur et ignore la charité. Dire que Dieu est Père est aussi une folie aux yeux des athées ou des agnostiques qui y voient une régression infantilisante… Bref, l’appel de Jésus n’est pas une voie de facilité. Nous y avançons à la suite de Jésus comme le rappelle l’introduction à la prière que nous dirons ensemble tout à l’heure : « Comme nous l’avons appris de Jésus et dans son Esprit nous avons l’audace de dire : Notre Père ! »

Cet appel est explicité en deux mouvements. Le premier nous tourne vers celui qui a reçu le nom de « père ». Qu’il soit connu, qu’il soit reconnu, qu’il soit honoré, sanctifié et aimé, lui qui se révèle comme Père – entendons bien, le mot « Père » n’est pas une métaphore, il dit l’intime de la vie de Dieu. Le deuxième mouvement est aussi un mouvement de vérité : nous nous plaçons devant lui comme des enfants, selon ce que dit l’évangile choisi pour ce dimanche qui met au premier plan les « plus petits parmi les enfants de Dieu ». Nous lui demandons ce qu’il faut pour vivre avec le mot « pain » qui signifie plus que la nourriture, mais l’énergie de la vie. Ce pain est qualifié dans la prière donnée par Jésus par un mot grec original qui commence par Hyper, Super… au-delà de nos limites : c’est le fruit de l’arbre de vie, la nourriture de la vie éternelle, le pain dit littéralement « super-substantiel ». Ensuite, nous demandons une vie pacifiée et donc de passer outre les manquements et les fautes. Nous demandons pardon ; la prière commence par nommer le pardon qui vient de Dieu car le nôtre en est le fruit et le prolongement : « Pardonne nos fautes et ainsi nous pardonnons à ceux qui nous ont blessés » et comptés parmi les justes. Comme nous ne sommes pas dans un monde de facilité, notre prière est celle des petits, de ceux qui sont démunis devant les malheurs du temps. La traduction habituelle du Notre père est maladroite. C’est dû au fait que le mot de l’évangile a été traduit en latin par tentatio, transcrit en français par tentation – mot hélas devenu superficiel. Le mot employé par Jésus désigne l’épreuve au sens le plus fort qui soit : là où non seulement la vie est menacée, mais aussi les raisons de vivre, le ressort qui nous pousse au meilleur. Nous demandons au Père d’écarter de nous le malheur, celui que plusieurs d’entre nous vivent : la mort d’un enfant, la maladie incurable ou invalidante, l’accident qui brise la carrière, une famille qui se déchire, la guerre et son cortège de destructions et de ruines, la persécution… C’est cela que nous demandons à Dieu d’écarter. Notre prière se fait sur ce point en communion avec Jésus qui à l’heure de la passion et de la croix a prié Dieu en l’invoquant : « Abba Père ».

Jésus a dit à ses disciples : « Quand vous priez, dites : Notre Père… ». Nous le mettons en pratique tout de suite, car notre prière eucharistique est adressée au Père, en mémoire de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ dans le dynamisme de l’Esprit Saint – par qui nos offrandes deviennent pain de vie et coupe du salut.

Et d'autres homélies...

039f999ce60bd8991b7b359de33bb5faZZZZZZZZZZZZZZZZ