Homélie du 25e Dimanche du T.O. - 23 septembre 2018

le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes

par

fr. Ludvik Grundman

Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes…
C’est un fait. Ce n’est pas du passé, ce n’est pas du futur : c’est du présent, de cet éternel présent de Dieu. Hélas, comme les disciples, souvent, nous ne comprenons pas ce que veut dire Jésus. Mais, contrairement à eux, ne craignons pas de l’interroger, et même essayons de comprendre cette parole tranchante de notre Seigneur.

Il est livré aussi dans son Corps mystique qui ne cesse d’imiter sa Tête. Combien de nos frères et sœurs sont, dans le monde — en Chine par exemple —, toujours persécutés et mêmes tués pour le nom du Christ. Il ne faut pas s’en étonner. Les persécutions ne sont pas un accident dans l’histoire de l’Église, mais son pain quotidien. Déjà saint Augustin refusait énergiquement l’idée que le nombre des persécutions soit limité… et qu’elles ne soient, dans l’histoire de l’Église, qu’un mauvais moment qui passerait un jour. Saint Paul le dit clairement : « Nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus » (2 Co 4, 11).

Et, voyez, comme Jésus nous montre aujourd’hui un enfant, arrêtons-nous là un instant : « Quiconque accueille un des petits enfants tels que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. »
Que dire donc de la façon dont notre monde aujourd’hui accueille, ou plutôt n’accueille pas, les enfants ? Enfants à naître, enfants qui doivent fuir leur pays… Or ceux qui sont appelés à accueillir le Père céleste sont aussi appelés à accueillir le Christ et ces enfants.

Nous sommes également appelés à accueillir une part de souffrance. Acceptons-nous cette part de souffrance qui nous permet de « compléter en notre chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église » (Col 1, 24) ? Il ne s’agit pas de nous ajouter de la souffrance, mais de tenir notre place dans ce Corps mystique qui souffre en permanence. Comme dit sainte Catherine de Sienne : « Il ne convient pas que des membres délicats soient sous un chef couronné d’épines » (Lettres, 230/38).

Mais il y a davantage encore. Le Fils de l’homme est livré en son Corps mystique, donc EN nous, mais il est aussi livré PAR ses membres, par nous-mêmes. Historiquement il a été livré par Judas, mais mystiquement il est livré par chacun de nous lorsque nous péchons. Oui, commettre un péché signifie livrer Jésus. Cela signifie aussi livrer l’Église au Mal et à la honte.
Nous voyons un exemple fort triste de cela en ces abus abominables, qui sont aujourd’hui tellement médiatisés et qui, en plus de meurtrir des innocents, salissent l’Église. À vrai dire, tout péché nuit à l’Église, chaque péché augmente et aggrave la souffrance dans le monde et dans l’Église, même des péchés moins graves, comme par exemple celui que décrit l’évangile d’aujourd’hui. Les Apôtres se disputent qui d’entre eux est le plus grand. Quelle idée ! Jésus vient de leur annoncer qu’il mourra pour eux, et ils ne trouvent rien de mieux à dire… Dites, cela ne vous choque pas ? D’autant plus que chacun de nous peut être assailli par cette tentation de se comparer à autrui, ou à celle de se croire meilleur, plus important, plus grand… Quelle folie ! Oserait-on étaler ces prétentions en regardant Jésus les yeux dans les yeux ? Nous les baisserions bien vite… Si de telles idées nous viennent à l’esprit, posons-nous cette question : « Serais-je capable de dire cela à haute voix en face de Jésus ? » Sûrement ces pensées se tairaient, comme les Apôtres se turent après la question de Jésus.

Enfin, si le Fils de l’homme est livré… par nous et par nos péchés, il est surtout livré POUR nous et nos péchés (cf. 1 Co 15, 3). S’il est livré, ce n’est pas à l’essai, pas pour se reprendre. Il savait pour qui il allait mourir. Saint Paul l’exprime avec force : « Le Fils de Dieu m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Chacun de nous peut dire cette phrase. Et Jésus n’a pas changé d’avis. Il n’abandonne pas son Église. Il ne se lasse pas de nous pardonner. Il a choisi la dernière place et ne veut pas la quitter. Il est le serviteur de tous, depuis les plus petits de ce monde, jusqu’aux plus grands pécheurs. Jésus est toujours livré, parce qu’il nous aime toujours, jusqu’à la fin (Jn 13, 1). Malgré toutes nos infidélités et nos trahisons, lui reste fidèle (2 Tm 2, 13), il ne se dérobe pas (Is 50, 5).
Jésus, livré en nous, livré par nous, livré pour nous. Il est livré, mais il n’est pas mort. Il est ressuscité le troisième jour afin que nous puissions ressusciter avec lui.

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