Homélie du 28e DO - 11 octobre 2015

Le gendre idéal?

par

fr. François Daguet

Cet homme, ce jeune homme dit-on, a le mauvais rôle dans cet épisode de l'Évangile, en raison de ce départ dans la tristesse. Mais il est en fait très estimable. Car il ne faut pas oublier le début de la rencontre : il accourt vers Jésus, il se met à genoux, et il lui demande : « que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Il se préoccupe de la vie éternelle ! Qui aujourd'hui, même parmi les chrétiens, cherche avec autant de ferveur la vie éternelle ? Est-ce vraiment l'héritage que nous convoitons ? Curieusement, ce n'est pas cet héritage-là qui suscite des querelles... Pour cette seule raison, cet homme est déjà très estimable. Il a manifestement tout pour lui, comme on dit. C'est un notable, dit Luc, il observe les commandements, il ne pratique pas une vie dissolue, comme tant de fils de famille, en attendant de se ranger en se mariant. Il est riche, ce qui ne gâche rien, et il a des préoccupations spirituelles. C'est le fils comme tant de mères en rêvent, c'est le gendre idéal, le fiancé dont rêvent les jeunes filles dans le silence de la nuit... Il a tout pour lui, ou presque, il ne lui manque qu'une seule chose. Tout laisser, tout lâcher pour suivre le Christ. Si souvent nous voudrions avoir le Christ en plus du reste. Être des gens biens, généreux, dignes, riches si possible, et chrétiens en plus. Nous voudrions que le Christ soit dans notre vie un bien parmi d'autres, le plus beau sans doute, mais un en plus des autres. Mais cela ne marche pas : il nous demande d'être prêts à tout laisser pour lui. Il est le bien que l'on ne peut pas posséder si on n'est pas prêt à lui sacrifier tous les autres. Voilà l'enseignement de cet évangile. On touche là ce qu'il y a d'irréductible dans la vie chrétienne, dans la vie du baptisé, ce qui fait que la vie ne peut pas être chrétienne en plus du reste. Jésus dit à notre jeune homme qu'on doit le préférer à tout, et il le répète plusieurs fois dans l'Évangile, parce qu'il est Dieu. Il ne veut pas la première place, il veut toute la place. La vie chrétienne n'est pas une vie morale supérieure (d'ailleurs cela se saurait et se verrait), c'est une vie où le Christ est la première préoccupation. C'est cela, chercher à hériter de la vie éternelle. Bien sûr, cela passe pour chacun par des voies différentes. Le Christ ne demande pas à tous de vendre ce que l'on possède et de le donner aux pauvres. Il le fait parfois. Il y a ici quelques religieux qui en témoignent. Mais il demande toujours de détenir des biens comme si on ne les possédait pas, d'en user pour le bénéfice du plus grand nombre, de ne pas y placer sa sécurité... Il y a un esprit de pauvreté qui doit refléter, en tout chrétien, l'attachement au Christ pauvre. C'est pour nous le rappeler que nous avons un pape qui a pris le nom du pauvre d'Assise. Jésus ne demande pas d'abandonner son épouse, son époux, ses enfants, mais de ne jamais oublier qu'il est le plus grand des biens, des uns et des autres. Ayons le courage de le dire : il s'agit de l'aimer en premier, et par-dessus tout. Loin de nous dissuader d'aimer nos proches, notre famille, cela nous aidera à les aimer mieux, et donc davantage. Cet homme de l'Évangile, par sa question, nous rappelle ce que nous devons chercher : la vie éternelle. Et la réponse de Jésus nous rappelle la radicalité du choix de Dieu. La fin de la rencontre n'est pas heureuse. Le jeune homme s'en va tout triste parce qu'il a de grands biens. Mais nous ne savons pas la fin de l'histoire. Nous pouvons choisir, jusqu'au dernier jour.