Homélie du (22 décembre 2013)

Le Père de Jésus

par

fr. Gilles-Marie Marty

Le corps de Jésus ne provient que du corps de Marie. Joseph n’a pas été son géniteur, son père selon la chair. Mais il a été son père au quotidien: car c’est auprès de lui que Jésus a vécu et s’est formé. Joseph est l’homme qui a appris à Jésus à devenir un homme. Apprenant que Marie était enceinte, il a été projeté dans un mystère inattendu. Mais il a compris aussitôt que cette maternité inexplicable venait de Dieu. Sa 1ère réaction fut de s’effacer sans bruit. Il s’est dit: cet enfant vient de Dieu, donc je dois diminuer et même disparaître pour ne pas gêner le Dessein divin.

Disparaître, mais comment? Il était déjà fiancé, engagé? Comment rompre ses fiançailles – répudier sa fiancée ?, lui rendre sa liberté – . Publiquement: impossible, car les gens l’auraient ensuite vue enceinte et pensé à un adultère. Or selon la loi juive, une femme adultère doit être lapidée. Donc en secret, à l’insu des gens et de la Loi. Voila ce qu’envisage Joseph pour protéger Marie et sauver l’enfant. Il était temps que Dieu agisse. Les paroles de l’Ange sont une confirmation et une mission. Confirmation, l’enfant vient de Dieu. Mission: à Joseph de nommer l’enfant, selon l’usage Juif. Mais demander cela à Joseph c’est lui demander de se considérer comme le père. Mais ce nom, Joseph ne le choisit pas selon son goût. Il le reçoit de Dieu. Normal? D’abord parce que le vrai Père du garçon, c’est Dieu donc c’est à Lui de choisir! Ensuite parce que, chez les Juifs, le nom est censé prédire la destinée de l’enfant. Le Père céleste a choisi Yeshouah (Jésus), ce qui signifie Dieu sauve. Voila: Dieu donne le fils et choisit son nom; Joseph reçoit le fils et son nom. Pour fonder la Promesse, Abraham avait reçu un fils; pour fonder l’Alliance, Moïse avait entendu un Nom… Maintenant, pour tout accomplir, Joseph reçoit le Fils et le Nom incomparables. Il faudrait plutôt dire les noms, car il y en a deux. Jésus, nom inspiré par l’Ange; Emmanuel, le nom prophétisé par Isaïe. Jésus puis Emmanuel, dans cet ordre. Jésus d’abord, car pour commence nous sommes sauvés, arrachés à la mort. Emmanuel ensuite car nous sommes sauvés afin d’être toujours avec Lui.

Cet homme était un juste mais était aussi décidé, efficace, rapide: Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’Ange lui avait prescrit. Bientôt il prendra le chemin de Bethléem pour le recensement, le chemin de l’Égypte pour l’exil, le chemin de Nazareth, pour le retour, sain et sauf. Oui, Joseph a été l’homme juste, l’homme fort, l’homme fidèle, dont Dieu a voulu avoir besoin pour prendre soin de son Fils pendant tant d’années… Or Dieu a de la suite dans les idées… Il a eu besoin de Marie pour Jésus mais pas pour lui seul, puisqu’il a aussi voulu que la Mère du Christ devienne la Mère de l’Église. Et Joseph, n’a-t-il été choisi que pour Nazareth? Lui qui a si bien rempli sa première mission – représenter le Père dans la Sainte Famille – n’en a-t-il pas reçu une autre, particulièrement auprès de ceux qui représentent son Fils dans l’Église? À quoi servent les prêtres en effet, sinon à représenter celui dont ils ne sont pas dignes de dénouer la sandale, et qui – pourtant, sachant ce qu’ils valent – leur demande d’agir en son nom. Le Christ leur confie son Église, et le Père leur confie sa paternité spirituelle. Mais sont-ils dignes de cette mission? Un tel trésor dans une telle argile! Il y a de quoi trembler… De qui s’inspirer? Vers qui se tourner? Qui invoquer? Frères et sœurs qui aimez les Dominicains, leur ferez-vous un cadeau? Facile: allez à la crèche et priez le bon Joseph de fortifier les frères de son Jésus.

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