Homélie du 17e DO - 27 juillet 2014

Le Royaume des cieux

par

fr. Benoît-Dominique de La Soujeole

Le Royaume des Cieux ou de Dieu est le thème central de la prédication du Christ dans les Évangiles de S. Marc, S. Luc et S. Matthieu. Ce Royaume est la communauté de tous ceux qui vivent avec Dieu, de la vie même de Dieu. Il y a bien des aspects dans ce Royaume, ce qu’il est, son combat contre le mal, sa progressivité en ce monde… Aujourd’hui, dans les deux petites paraboles de l’Évangile nous est donné un enseignement important: rien de moins que l’entrée dans ce Royaume, le passage par la porte étroite. Cet enseignement est dans ce qui est commun aux deux paraboles, celle du trésor caché dans un champs et celle de la perle précieuse: c’est le «tout vendre» pour acquérir le trésor ou la perle.

«Tout vendre». A l’éveil de la vie adulte de la foi, il est bon et nécessaire de rencontrer cette étape décisive qui est l’entrée résolue, personnelle, assumée dans le Royaume: placé devant le trésor ou la perle, il faut délibérer en soi-même: vendra, vendra pas?

Il y a, face à ce point décisif de toute une vie, trois réponses possibles: vendre effectivement tout, ne rien vendre, et tenter de «négocier». Les deux premières possibilités sont claires. La troisième possibilité est plus subtile et nous pouvons la connaître. On voudrait bien et posséder le trésor et conserver aussi ses autres biens. En somme, on voudrait «la chèvre et le chou». On a même théorisé cette attitude. Ainsi, par exemple, il y a une vingtaine d’année, un candidat à la présidence de la République s’est vu poser la question: «Êtes-vous pour ou contre l’avortement?»; la réponse fut: «En ce qui concerne mes convictions personnelles, je suis opposé, mais en ce qui concerne mes responsabilités politiques, je suis favorable.» Cela se passe de commentaire… La vraie réponse est que le candidat n’était pas prêt à tout vendre, en l’espèce ses ambitions politiques, pour acquérir le trésor ou la perle. Or il est bien clair que si l’on demeure dans cet esprit de compromis, on aura ni l’un ni l’autre! Le «vendre tout» ne se négocie pas! Qui ne vend pas tout n’acquiert pas le trésor ou la perle. Aussi, une des tâches premières d’une vie chrétienne qui se construit est-elle de s’unifier sur l’Évangile, sans compromis: qui n’est pas pour le Christ est contre Lui; il n’y a pas de troisième choix.

Il est vrai, la totalité du «vendre tout» en raison de l’ampleur de ce qu’il faut lacher, va prendre du temps. Ce n’est pas un contrat instantané que le Seigneur nous propose, mais une logique profonde de vie. Il convient donc de distinguer clairement entre le propos, la volonté, l’intention d’unifier toute sa vie sur le Christ, et sa réalisation effective. Si le propos doit être clair, ferme et irrévocable – on joue sa vie là dessus – , sa réalisation va prendre toute notre vie. C’est tous les jours que nous nous acheminons vers la totalité de la vente, et pas en un seul coup. Que ce soit dans la régularité et même la monotonie de chaque jour où petit à petit on se «décante», ou que ce soit, à certains moments importants, dans des choix radicaux qu’il faut assumer, c’est bien toute une vie qui est employée à ce «vendre tout». Il y a des moments où cela prend une tonalité singulièrement nette et profonde, chose qui nous sera possible grâce à l’humble fidélité au quotidien, souvent banal, de la grâce. Ainsi par exemple, le cas de ce très brillant étudiant en médecine qui, en raison de son excellence, voulait présenter le concours de l’agrégation de médecine pour être professeur. Tout portait à croire qu’il avait de très sérieuses chances d’y parvenir. Mais on lui fit comprendre discrètement qu’il n’était pas la peine qu’il se présente car il n’avait aucune chance. En effet, il avait toujours refusé de pratiquer des avortements… Et cette personne n’était pas aigrie devant cette lourde injustice: elle avait, et dans la joie, «tout vendu» de sa pourtant légitime ambition de carrière pour le trésor de la vie chrétienne.

Frères et Sœurs,

Il convient de se familiariser avec cette totalité: tout vendre pour acquérir le seul bien qui ne passe pas: la vie avec Dieu. L’aspect de renoncement (vendre tout) peut nous apparaître un très et peut-être même trop grand «sacrifice». Mais en réalité, pour une conscience chrétienne, c’est la meilleure affaire qui puisse nous être proposée. C’est une certaine qualité de cœur qui seule peut voir cela, accepter cela et vivre cela dans la joie et la paix. Cette qualité de cœur n’est pas un héroïsme impossible aux personnes ordinaires que nous sommes. Elle est façonnée jour après jour par la lecture de la Parole de Dieu et la réception des sacrements. C’est dans l’humble quotidien de la grâce que loge ce trésor et cette perle.