Homélie du 17e DO - 29 juillet 2012

Le signe du prophète

par

fr. Timothée Lagabrielle

À quoi va-t-on reconnaître un prophète?

La question n’est pas nouvelle. Il y a 2000 ans déjà, on se le demandait à propos de Jean-Baptiste (le manteau en poil de chameau est-il un label fiable de prophétisme?) et bien sûr à propos de Jésus.

Mais même avant Jésus, la question se retrouve déjà dans les textes de l’Ancien Testament. Le Seigneur lui-même donne des critères qui permettent de distinguer le prophète envoyé par Dieu du faux-prophète.

Parmi ces critères il y a des signes, des actes que pose le prophète, et qui l’authentifient comme prophète. Ces signes doivent avoir deux caractéristiques:

1 . Ils doivent être extraordinaires; et montrer ainsi qu’ils viennent de la puissance de Dieu et pas d’une puissance humaine ou d’un processus naturel.

2 . Ils doivent aussi refléter la volonté de Dieu et pas uniquement une puissance déchaînée. Ils le feront d’une façon éminente quand ils manifesteront la bonté de Dieu, sa sollicitude pour les hommes.

Fournir miraculeusement de la nourriture à des hommes affamés correspond tout à fait à ces deux critères et il n’est pas étonnant que des prophètes de l’Ancien Testament réalisent ce signe. C’est le cas pour Élisée, comme la première lecture nous l’a rappelé, mais il y a eu aussi Moïse, avant lui, qui a obtenu la manne pour nourrir le peuple au désert.

D’ailleurs, les Juifs qui composent la grande foule de ces 5000 hommes nourris par Jésus connaissent bien leur Ancien Testament et ils ne s’y trompent pas. Voyant ce signe de la multiplication des pains, ils reconnaissent que Jésus est un prophète. Et connaissant aussi les autres signes de Jésus, ils discernent qu’il est le grand prophète annoncé par Moïse.

Nous ne pouvons que féliciter ces gens d’avoir bien écouté au catéchisme et d’être capables de reconnaître un prophète, mais en même temps, la fuite de Jésus à la fin de l’évangile nous montre qu’il leur manque quelque chose d’essentiel. Nous comprenons ainsi que reconnaître en Jésus l’envoyé de Dieu n’est finalement pas le plus important. Car chez un prophète, ce qui est principal n’est pas la puissance délivrée dans les signes pour l’authentifier, mais c’est le message transmis. Les signes ne sont qu’une première étape qui doit nous conduire à écouter ce qu’il a à dire et à le mettre en pratique.

La foule d’aujourd’hui au contraire ne veut pas se mettre à l’écoute de Jésus. Au lieu de reconnaître la royauté de Jésus, c’est-à-dire accepter la royauté de Jésus tel que lui-même la veut, ils cherchent à faire de Jésus leur roi comme eux le veulent.

Cette multiplication des pains doit ouvrir nos cœurs et nos esprits pour recevoir la parole que Jésus va nous adresser. Ce signe de Jésus n’est qu’une introduction au discours du Pain de Vie qu’il va commencer juste après et que nous allons entendre pendant les dimanches du mois d’août.
En multipliant les pains, Jésus répète le geste de Moïse et d’Élisée, mais l’enseignement de Jésus qui va suivre est nouveau. Cet enseignement nous apprendra justement que Jésus est plus grand que Moïse et que tous les prophètes. Eux pouvaient donner au peuple le pain en temps de famine, eux pouvaient enseigner la sagesse au peuple. Mais ils donnaient alors ce qu’ils n’étaient pas.

Jésus, lui, il est le pain; il est la sagesse de Dieu. Quand il donne la sagesse, il se donne lui-même. Quand il donne le pain, il se donne lui-même. C’est le magnifique mystère qui va être offert à notre méditation pour les prochains dimanche.

Heureux serons-nous si après avoir été préparé par cette multiplication des pains, nous prenons le temps d’écouter et de méditer cet enseignement de Jésus.