Homélie du (1 décembre 2013)

Le temps de la veille

par

Grâce aux veilleurs la noirceur de la nuit n’est jamais totale. La veille peut être éprouvante s’il s’agit de prendre soin d’un malade, d’assister un mourant, de chercher un impossible sommeil ou, simplement, de travailler tandis que d’autres dorment. Mais la veille peut être belle comme celle du chartreux ou du soldat, comme une attention ou une vigilance aussi coûteuse que nécessaire.

L’Avent est le temps de la veille. L’Apôtre Paul nous avertit de sortir de notre sommeil, d’aller à la rencontre de la lumière qui point à l’horizon, de quitter la pénombre des dissimulations pour adopter une conduite de plein jour. La veille est ainsi un réveil par rapport à tout assoupissement, soit qu’il menace, le conducteur par exemple qui voit ses paupières s’alourdir, soit qu’il nous ait déjà saisi et qu’il nous faille de manière urgente ouvrir les yeux avant qu’il ne soit trop tard. L’hypothermie est fatale à celui qui dort et parce qu’il froid dans notre monde il faut rester éveillé, se réchauffer, chanter et marcher sans relâche. Le Pape François n’ignore rien des difficultés de la vie mais il n’en déclare par moins dès le début de son exhortation apostolique: «Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis». Veiller est une manière concrète de traduire la confiance. Quand il n’y a plus rien à faire, on va se coucher. Mais tant qu’il y a une chance de salut, il faut veiller. Et il paraît bien que la naissance d’un Sauveur est une vraie chance de salut. La veille peut être longue; elle n’en reste pas moins toujours aussi urgente car l’instant de relâchement peut ruiner la lente patience, et si l’on vit dans la durée, l’on meurt dans l’instant et sans possible redoublement.

Veiller, c’est donc aussi attendre – la survenue d’un bien ou la délivrance d’un mal – mais aussi être prêt, comme on espère qu’un accouchement propulsera la vie. «Veillez car vous ne connaissez pas le jour»… «Tenez-vous prêts». «Je dors mais mon cœur veille. J’entends mon bien-aimé qui frappe. Ouvre-moi», lit-on dans le Cantique des Cantiques (Ct 5, 2). C’est la veille de la maman qui entend son enfant tousser. Elle dort pourtant, mais son cœur veille parce que son amour ne prend pas de vacances. C’est la longue veille de Jean Baptiste qui annonce l’imminence du Royaume. C’est la veille des enfants qui attendent d’ouvrir leurs cadeaux. C’est la veille de vieillards sereins qui, de l’abribus de leur vie accomplie, guettent la navette pour le ciel.

Veiller, ce n’est pas seulement ne pas dormir et être prêt, veiller ‘à ce que’, ni même faire attention ‘à ce que ne pas’, mais c’est aussi veiller ‘sur’. Cette veille se fait alors sollicitude, protection, bienveillance, tendresse. C’est de cette manière, par exemple, que saint Joseph veille sur Jésus et sur sa mère. Il manquerait quelque chose à notre Avent s’il ne s’y rencontrait qu’un désir intéressé, fût-ce celui du salut. Il doit être aussi le temps d’une responsabilité accrue à l’égard de nos frères, un temps où la bienveillance de Dieu qui vient à l’homme modèle la bienveillance des hommes entre eux, un temps d’éclosion pour tous de la joie de l’Évangile.

Comment concrètement vivre cette veille? Tout d’abord en veillant dans la foi par la prière. Tout ce qui cultivera en nous l’esprit d’adoration est propice à nous maintenir éveillé ou à nous réveiller pour être attentif à Dieu qui s’offre à nous. Premier rendez-vous: la liturgie et l’adoration eucharistique. Ensuite en vivant au rythme de l’attente, du désir, de l’espérance propres à ce temps: se mettre en route patiemment dès maintenant comme on part en pèlerinage et accélérer impatiemment dans l’ultime semaine: deuxième rendez-vous: s’inscrire aux ‘followers’ des ‘tweets’ de Dieu. Enfin ne pas oublier, ne pas méconnaître, ne pas ignorer tout ce que vivent nos frères et sœurs, porter dans notre intercession les hommes à l’espérance aride, tous ceux qui peinent à vivre. L’Avent est le temps du Seigneur qui descend jusqu’à nous, mais il est aussi le temps d’un mouvement réciproque: «venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob… Marchons à la lumière du Seigneur» s’exclame le livre d’Isaïe. Le bel hymne du «rorate caeli» exprime à merveille la réciprocité de la réponse humaine à l’initiative divine: «Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice» – voilà l’œuvre de fécondation divine – et «que la terre s’ouvre et produise le salut» – voici l’œuvre de gestation humaine. La veille de l’Avent consiste à accompagner la Vierge Marie dans ce mystère inouï de sa maternité divine. Avant même qu’éclate la joie de la naissance d’un Sauveur, tressaille en elle la présence du salut qui vient. Comme un père pose la main sur le ventre de sa femme enceinte, émerveillons-nous de tous les signes de la vie qui éclot, du cœur qui bat, de la joie qui veut naître. Vivons à la crèche.

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