Homélie du Jour de Noël - 25 décembre 1998

« Le Verbe s’est fait enfant »

par

fr. Benoît-Dominique de La Soujeole

Cette nuit, nous avons célébré la naissance du Sauveur. L’Évangile selon saint Luc a été proclamé nous faisant participer à cet événement à la fois si simple – une mère qui met au monde son fils premier-né – et si mystérieux: cet enfant est le Fils unique de Dieu, Dieu parmi nous et comme nous. Aujourd’hui, la Messe du jour, le prologue de la lettre aux Hébreux et le prologue de l’Évangile selon saint Jean nous invitent au même mystère, mais d’une autre façon, intimement complémentaire. Ces textes sacrés présentent les choses de « l’autre côté » peut-on dire, dans une perspective divine: non pas: cet enfant est Dieu, mais: Dieu s’est fait cet enfant. Au commencement, depuis toujours, existe le Verbe de Dieu, qui est Dieu lui-même, par lequel tout a été créé. Il est Vie et source de toute vie, Lumière principe de toute lumière, et il vient nous communiquer cette Vie et cette Lumière qu’il est depuis toujours.

C’est d’abord le mystère éternel de Dieu que nous somme invités à contempler. Cette plénitude cependant, dès qu’elle veut se communiquer en dehors d’elle-même, se heurte à un triple refus: la Lumière a rencontré les ténèbres, et celles-ci ne l’ont pas reçue; le Créateur est venu dans sa création et celle-ci ne l’a pas reconnu; le Verbe est apparu parmi les siens et les siens ne l’ont pas accueilli. Car Dieu s’est fait chair, il s’est fait homme, et plus précisément, il s’est fait enfant. Mais ceux qui l’ont reçu comme on reçoit un enfant (Mt 18,2 s.), il en fait des enfants de Dieu (Jn 1, 13).

Le mystère de Noël est un mystère d’enfance, Dieu se fait enfant, c’est-à-dire qu’il vient parmi nous dans la petitesse, la confiance et la pauvreté. Ce sont les caractéristiques de tout enfant. Et il ne peut être reçu que par les enfants: si vous ne devenez pas comme de petits enfants, vous ne pourrez pas recevoir l’Enfant-Dieu (Mc 10, 15 s.), car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume du Père (Lc 18,16). On ne peut recevoir Jésus, lui la vie et la lumière qui ne sont pas de ce monde, qu’en devenant comme lui, petit au regard des grandeurs mondaines, confiant en son Père et non dans les ressources de ce monde, pauvre des biens d’ici-bas mais riche de ce qui vient de Dieu.

Aujourd’hui, notre petit frère Pierre va faire sa première communion: un enfant va recevoir un enfant, la vie va se communiquer, la lumière va faire reculer les ténèbres, la créature va recevoir le Créateur. C’est pour nous un précieux témoignage (merci petit Pierre) de simplicité, d’abandon et de paix: c’est cela l’enveloppe du mystère de l’incarnation, c’est cela que le mystère de Noël veut inlassablement graver dans nos cœurs, car c’est comme cela – uniquement comme cela – que la joie du salut peut devenir la nôtre.

Cette « logique divine » a pris, prend et prendra toujours le monde à contre-pied. Mais cet enfant qui nous est inlassablement donné est dans le monde – et non pas du monde – pour nous reconduire dans la crèche éternelle qui est le sein du Père. Si Dieu est bien venu parmi les hommes (Messe de la nuit de Noël), c’est pour que les hommes reviennent à Dieu (Messe du jour de Noël).