Homélie du Solennité de la Sainte Famille - 29 décembre 2019

Le Verbe veut s’incarner encore aujourd’hui

par

fr. Timothée Lagabrielle

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » « Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. » Ces phrases que nous connaissons bien disent le mystère du Verbe incarné. Ce mystère, c’est que Jésus-Christ est à la fois homme et Dieu. C’est-à-dire que la deuxième personne de la Trinité (qui est le Verbe ou aussi le Fils), sans cesser d’être Dieu, a pris notre humanité. Il s’est fait homme.

Ce mystère de l’Incarnation du Verbe est visible dans toute la vie du Christ : quand Jésus fait des miracles ou qu’il connaît les pensées secrètes des gens ou quand il ressuscite, il montre sa divinité ; quand il est fatigué par la route ou qu’il se fait inviter à manger ou qu’il meurt sur la Croix, c’est son humanité qui est plus visible. Mais en tout temps il est toujours Dieu et toujours homme.

Ce mystère, nous le contemplons donc pendant toute l’année, mais au moment de Noël, quand nous regardons l’Enfant de la crèche, il prend une saveur particulière, car quand nous regardons l’Enfant de la crèche, nous ne voyons qu’un petit enfant et il faut vraiment la foi pour savoir qu’il est Dieu, pour discerner qu’il est Dieu. Marie et Joseph eux-mêmes ont eu besoin d’apparitions d’anges et de temps pour comprendre clairement qui était ce fils qui leur avait été confié.

Et en regardant le Verbe incarné, on peut arriver à se demander : « Pourquoi Dieu fait-il cela ? » Pourquoi la Parole de Dieu s’est-elle faite chair en Jésus Christ ?
Lui-même n’en n’avait pas besoin, mais c’est pour nous qu’il fait cela. Le but ultime de Dieu n’est pas seulement que le Verbe s’incarne en Jésus-Christ, mais il veut que cette Parole soit accueillie par les hommes et que, d’une certaine façon, elle s’incarne en nous. Dieu veut que l’esprit s’incarne, que la chair soit spirituelle. On peut dire que la vie chrétienne que Dieu veut pour nous ressemble à l’Incarnation du Verbe.
Si cela semble un peu théorique, regardons Marie et Joseph qui ont vécu si proches du Verbe incarné : ils nous montrent un peu plus concrètement ce que cela peut être de vivre en notre vie humaine cette incarnation de la Parole de Dieu.

Prenons la Vierge Marie. Elle a accueilli la Parole en elle. Cette Parole de Dieu qu’elle avait méditée, elle l’a reçue d’une nouvelle façon comme apportée par la voix de l’ange et cette Parole a été féconde en elle. De même, la Parole de Dieu est féconde en nous quand nous l’accueillons, quand nous lui laissons une vraie place, quand nous lui donnons de nous-mêmes, comme la Vierge Marie a donné au Christ sa chair.

Saint Joseph, lui, a accueilli la Parole de Dieu en la protégeant. C’est son rôle pour les premières années de la vie de Jésus. Déjà, depuis que l’ange lui a confié le Fils de Dieu, il l’a protégé en accueillant Marie chez lui, puis il le protège d’Hérode qui veut le tuer. Ce petit enfant est le Sauveur du monde, mais pour l’instant saint Joseph a la mission de le sauver. Saint Joseph doit sauver le Salut, un peu comme on protège une flamme pour ne pas qu’elle s’éteigne et que cette flamme ensuite nous apporte chaleur et lumière durablement. De la même façon, nous avons en nous la grâce de Dieu à protéger, nous avons à en être les gardiens pour qu’elle ne soit pas perdue par nos péchés. Et si nous la gardons, nous savons qu’elle nous gardera.

À quoi reconnaît-on une vie réussie&nsbp;? Une vie est vraiment humaine quand elle est à la fois très spirituelle et tout à fait concrète, matérielle. C’est en cela qu’elle ressemble à ce mystère du Verbe incarné, de la Parole de Dieu qui prend chair. Le Verbe de Dieu s’incarne dans nos actes quand la Parole de Dieu reçue en nous, méditée (comme la Vierge Marie), gardée, défendue (comme saint Joseph) se traduit par des actes concrets.
Vivre le mystère de l’Incarnation du Verbe, c’est faire ce que l’on dit (incarner nos paroles dans nos actes) et faire ce que Dieu dit (incarner sa parole dans nos actes).