Homélie du Jour de Pâques - 16 avril 2006

Le vide de la Foi

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Cet évangile continue, deux mille ans après, de susciter étonnement, admiration et méditation chez tous ceux qui partagent la grâce de la foi. Quatre personnages seulement s’y rencontrent mais avec eux se trouve l’Église de tous les lieux et de tous les temps. Ce sont Marie de Magdala, Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait. Quant au quatrième, il n’est pas nommé, sinon comme le Seigneur dont le corps a été enlevé, mais il est central, à la manière de ces tableaux où les gestes et les regards des personnages secondaires désignent, par prolongement, le personnage principal. Mais ici il ne s’agit pas simplement d’une ingéniosité artistique de l’évangéliste qui consisterait à rendre artificiellement invisible celui dont il veut parler. Il n’y a effectivement rien à voir. Ou si peu: une pierre roulée, un tombeau vide, quelques linges. Peu à voir, beaucoup à croire, et cela n’est pas évidence mais grâce.

Marie de Magdala est la première à apparaître dans le récit. Elle va au tombeau pour embaumer le corps de Jésus, de bonne heure le surlendemain de la mort de Jésus, c’est-à-dire aussitôt que possible compte tenu du sabbat. Elle aperçoit la pierre roulée. Elle n’entre pas, ne voit pas, ne croit pas. Elle n’entre pas dans le tombeau; elle ne voit donc pas son intérieur vide; elle n’a pas encore rencontré celui qu’elle prendra pour le jardinier et qui l’ouvrira à la foi. Elle s’étonne et s’inquiète du fait qu’on a volé le corps du Seigneur. Elle revient du tombeau en courant informer les deux apôtres. Ce faisant, avant même que de courir vers ses frères et mériter ainsi d’être honorée comme l’apôtre des apôtres, elle agit comme maint prophète: porteuse d’une nouvelle qui la dépasse, d’une énigme qu’elle ne déchiffre pas.

Un deuxième voyage, une deuxième course, commencent avec ces deux apôtres. Leur cœur est déjà préparé à constater le tombeau ouvert, mais il reste à le voir vide. Le disciple que Jésus aimait arrive le premier, il est plus rapide: à la course et à la foi. Il n’entre pas, il ne voit pas et ne croit pas. Pas encore; il s’efface devant Pierre. C’est à celui-ci que revient l’honneur d’être le premier à entrer dans ce lieu apparemment de mort, mais réellement de mort de la mort. Il entre dans le tombeau mais pas dans la foi. Il voit mais il ne croit pas. Pas encore. Mais il reste celui pour qui Jésus a prié pour que sa foi ne défaille point, le roc sur lequel Jésus a fondé son Église. Le disciple que Jésus aimait le suit; il entre, il voit et il croit. Il voit une absence et les traces d’une présence passée mais il croit à une présence qu’il ne voit pas encore. En ce sens, bienheureux est-il car il a cru sans avoir vu. Il est le premier, voire le seul, car tout de suite après les autres apôtres croiront en voyant le Ressuscité leur apparaître. S’il croit, c’est qu’il est le disciple que Jésus aimait, bénéficiaire de l’amour de Jésus.

Si les autres apôtres reconnaissent ensuite le Ressuscité, c’est que Jésus prend l’initiative de les rencontrer, qu’ils sont bénéficiaires de l’amour de Jésus. Si nous croyons aujourd’hui à leur suite, c’est que l’annonce de la victoire sur la mort physique et spirituelle nous est parvenue par la Tradition de l’Église, que nous avons été plongés dans la mort du Christ pour renaître de l’eau et de l’Esprit à une vie nouvelle, une vie de ressuscités, que nous sommes les bénéficiaires de l’amour de Jésus. Non pas d’un Jésus passé, seulement commémoré, mais d’un Jésus aujourd’hui célébré et à jamais vivant et agissant. Par cette foi, nous entrons dans un salut non seulement promis mais réalisé. Nul obstacle n’est désormais infranchissable: ni la mer rouge, ni la pierre du tombeau. Qui nous séparera de l’amour du Christ? Et les portes de l’enfer ne pourront rien contre cette foi des apôtres, contre cette foi de l’Église, une, sainte, catholique et apostolique.

Pourtant, le Pape Jean Paul II n’hésita pas, dans son exhortation apostolique sur l’Europe, à décrire notre situation comme une «apostasie silencieuse». Une grande majorité d’européens certes se disent croyants et même chrétiens, mais la foi leur importe-t-elle vraiment? Ont-ils le courage de mettre la foi au centre et au fondement de la vie? On stigmatise volontiers le manque d’espoir dans nos sociétés. Mais, chrétiennement parlant, la vie théologale forme un indivisible bouquet de foi, d’espérance et d’amour. Il faut croire pour espérer et aimer pour croire.

Quand le Christ reviendra, trouvera-t-il la foi sur terre? Combien oseront mourir pour lui au jour de l’épreuve?

Seigneur, nous croyons, mais augmente en nous la foi. Donne-nous la grâce d’engager notre vie dans le Credo que nos lèvres confessent.