Homélie du (15 octobre 2017)

L’enfer, c’est comme ces funérailles où personne ne répond

par

fr. Timothée Lagabrielle

Aujourd’hui – j’aime autant vous annoncer la couleur dès le début – la prédication va parler de l’enfer. Après tout, c’est Jésus lui-même qui nous propose ce sujet en parlant de ces « ténèbres du dehors où il y aura des pleurs et des grincements de dents ». Mais n’allons pas trop vite, Jésus parle de ces ténèbres à la fin du texte, dans la conclusion qui suit la parabole ; pour bien comprendre, il nous faut  donc reprendre la parabole à son début.

Le Royaume de Dieu est comparable à un roi qui invite aux noces de son fils. Voilà le point de départ de la parabole. Il y a un roi et c’est de lui que viennent toutes les initiatives : il engendre un fils, il lui trouve une épouse et il invite pour les noces. Le centre de l’attention c’est l’initiative du roi. C’est lui qui est au départ de toutes les actions. C’est lui qui invite.  Et il ne le fait pas seulement une fois, mais il reprend l’initiative quand les invités ont refusé une première fois, et il recommence ensuite en en invitant d’autres. Encore, toujours et sans cesse, Dieu prend l’initiative de nous inviter aux noces de son Fils.

L’enfer se comprend à partir de cela. L’enfer, c’est de ne pas répondre d’une façon adéquate aux invitations de Dieu. L’enfer, c’est de sortir des initiatives de Dieu. Ce qui définit l’enfer en premier ce n’est pas la souffrance : ce n’est pas en imaginant les souffrances les plus raffinées (passer une journée chez la tante Olga, être un piéton sur une piste d’auto-tamponneuses…) qu’on arrive à comprendre ce que peut-être l’enfer. Sans doute il y a des souffrances en enfer, mais ce ne sont pas les souffrances qui le définissent. L’enfer, c’est d’abord une mauvaise réponse.

Le dernier homme dont il est question dans cette parabole montre bien cela. Il fait partie des derniers invités, il est dans la salle des noces sans cette mystérieuse tenue de noce, Dieu vient le voir et lui parle. Et lui, il ne répond rien. Voilà le drame : il ne répond rien. L’enfer c’est de ne pas répondre à Dieu. Pour imaginer l’enfer, on peut penser à ces enterrements à la campagne (ou même en ville) : tout le village est à l’église et le prêtre commence : « Le Seigneur soit avec vous » et… personne ne répond.

Si seulement cet homme répondait ! Il aurait des choses à dire. Le roi lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir de vêtement de noce ? »; il pourrait répondre : « Ce sont tes serviteurs qui m’ont invité », ou : « Je n’avais rien chez moi, peux-tu faire quelque chose pour moi ? », ou encore, ce qui revient au même : « Je ne suis pas digne d’entrer dans la salle de ces noces, mais dis seulement une parole et je serai revêtu de cet habit de fête ».

Sans doute, il n’est pas le seul à être entré dans cette salle sans l’habit de noce puisque les bons comme les mauvais ont été invités. Pour entrer dans la vie chrétienne, il n’est pas nécessaire d’être bon, c’est – au contraire – parce qu’on entre dans ce Royaume de Dieu et qu’on cherche à s’y conformer qu’on va être rendu bon. C’est parce que l’on participe à cette fête, qu’on se met au diapason de cette joie du Père que l’on se retrouve revêtu de l’habit de fête. C’est en répondant à cette initiative que Dieu a prise que nous recevons notre place dans la salle de noce.

Pour imaginer le contraire de l’enfer, nous pouvons penser à la messe à Rangueil. Oui, c’est une image du Royaume de Dieu ! Le contraire de l’enfer, c’est une assemblée qui répond avec ferveur, d’une façon décidée aux invitations de Dieu. « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église » et tout le monde répond : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! » « Le Seigneur soit avec vous » et tout le monde répond : « Et avec votre esprit ! »

Le contraire de l’enfer, c’est de répondre ainsi, non seulement pendant la messe, mais aussi par toute notre vie. C’est-à-dire pas seulement dans la prière commune, mais aussi par notre prière personnelle et aussi – surtout ! – par nos bonnes actions, par notre souci des autres qui nous sont confiés, etc.

Le Royaume de Dieu est comparable à un roi qui invite aux noces de son Fils. Le Royaume de Dieu est aussi comparable à des invités indignes qui répondent à l’invitation du Père et qui viennent plein de reconnaissance participer à cette fête, être unis à ce Fils et être  revêtus de la vie divine.

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