Homélie du Épiphanie - 5 janvier 2014

« L’Épiphanie »

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Célébrer l’Épiphanie, c’est contempler cet échange merveilleux entre Dieu et l’homme et qui trouve sa réalisation parfaite en Jésus-Christ. Célébrer l’Épiphanie, c’est prendre conscience que, créés à l’image de Dieu, il y a une communion possible entre Lui et nous. Dès lors l’Épiphanie est la fête de la perméabilité de l’homme au divin. La joie de Dieu, qui est Parole, est de se révéler à notre hauteur d’homme. Dieu est amour, il est confidence à qui veut bien l’entendre. Dieu met toute sa joie à se confier, à se livrer. Il faut alors préciser que l’Épiphanie de Dieu n’a pas commencé avec l’Incarnation du Christ, elle a commencé dès la création de l’homme, mais qu’à cette heure a commencé aussi la passion de Dieu. Avec beaucoup de poésie, la Genèse explique que dans le jardin d’Éden, à la brise du soir, Dieu venait parler familièrement avec Adam. Dieu commençait à se dire, à essayer de faire comprendre à l’homme qui Il était pour sa créature. Il commençait à se livrer. Mais dès ces premières confidences, Dieu a été aussi rejeté. Les siens ne l’ont pas reçu. Il n’y avait pas de place pour Lui dans leur cœur. Dès la Genèse, dès le commencement l’homme a interrompu le dialogue, méprisé la confidence, il s’est détourné. Les ténèbres du péché, de son autosuffisance lui ont voilé la clarté de l’amour de Dieu, l’ouverture vers la vie.

Mais Dieu ne s’est pas découragé. Il est une telle effusion d’amour qu’Il ne s’est jamais lassé de s’adresser à nous, à cette humanité qui semble préférer l’obscurité à la lumière, le mensonge à la vérité, la mort à la vie. Dieu espère toujours notre attention, Il renoue sans cesse le dialogue après chacun de nos refus. Il appelle Abraham. Abraham le voit, le reçoit sous sa tente. Plus tard, durant l’Exode, dans le désert, il visite Moïse. Il lui parle face à face, comme un homme parle à son ami, dans l’évidence, de sorte que Moïse voit la forme de Dieu, précise encore le texte. Et après avoir, à plusieurs reprises et de tant de manières, parlé aux hommes par les prophètes, Dieu, en ces temps qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils déclare avec solennité l’auteur de l’épître aux Hébreux. La confidence est devenue si pressante, la Parole a été tellement donnée, Dieu s’est tellement tendu vers les hommes que le Verbe s’est fait chair. L’Incarnation, c’est l’épiphanie suprême, l’effort suprême de révélation de Dieu. Dieu a tant désiré que cette chair animée qu’il avait créée le reçoive qu’il s’est fait chair. Cette Parole qu’il n’arrivait jamais à faire passer sans que les hommes la déforment, il l’a proférée toute entière. Il l’a fait devenir homme. Dieu a déposé sa Parole entre nos mains. Il s’est mis à jamais à la portée de chacun de nous. Il s’est fait chair pour que nous puissions le manger dans son sacrement, l’aimer dans nos frères, l’entendre dans son évangile. Dieu veut toujours nous atteindre là où nous sommes. L’émerveillement de s.Jean: Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nous avons touché de nos mains, du Verbe de vie – car la Vie s’est manifestée – nous l’avons vue…, c’est l’émerveillement d’une épiphanie permanente à laquelle il nous invite à communier dans les sacrements.

Depuis cette épiphanie extrême peut se réaliser pour chacun de nous la béatitude: heureux les cœurs purs, ils voient Dieu. L’état normal de la créature, la condition humaine, peut-on dire, c’est de voir Dieu, de l’apercevoir dans le sensible, dans le familier, dans l’ordinaire, Lui l’Extraordinaire. Dieu est avec nous pour toujours. Dès lors toute liturgie est une épiphanie de Dieu pour qui y assiste avec un cœur ouvert et pur. Le Verbe habite parmi nous et nous voyons sa gloire. Une célébration eucharistique, une célébration des sacrements, une prière est une manifestation de Dieu à travers des moyens sensibles. Mais combien de fois en y participant, en écoutant l’évangile, est-il vrai que nous avons bénéficié d’une épiphanie? Combien de fois avons-nous vu la gloire de Dieu? Je veux dire ceci: chaque fois que Jésus parle, il y a deux attitudes possibles. Les cœurs endurcis par le péché y assistent en spectateurs indifférents, fermés, réticents.

Quand la Parole est proclamée ils n’ont rien retenu, sinon peut-être une objection ou une critique. D’autres, les cœurs purs, se laissent instruire, former, transformer par la Parole de vie. Elle agit en eux, elle leur révèle qui est Dieu et qui ils sont, comment Dieu les traite et comment ils traitent Dieu. Ils découvrent le plan de Dieu, leur résistance et son appel. Ceux qui sont de Dieu écoutent avec ravissement la parole de Dieu; leur cœur devient tout brûlant pendant qu’il parle. D’immenses élans de foi, d’espérance et d’amour jaillissent du fond d’eux-mêmes. Ils sont remués, attirés à lui, souvent sans pouvoir dire pourquoi. Aux questions qu’a-t-il dit? Qu’a-t-il d’extraordinaire? trop bouleversés, ils n’ont rien à répondre, sinon: personne n’a jamais parlé comme cet homme. Ils ont vu sa gloire, mais ne l’ont vue que parce qu’ils avaient un cœur pur, purifié.

L’eucharistie est une épiphanie de Dieu, non pour ceux qui y stationnent, mais pour ceux qui s’y engagent. Quand il est né, les contemporains de Jésus savaient ce qu’il fallait savoir. Ils étaient imbattables en matière d’Écriture, l’évangile nous le rappelait tout à l’heure. Ils n’ignoraient pas le lieu de naissance du Messie. A Hérode qui le leur demande, ils répondent sans hésitation à Bethléem, en Judée. Cependant ils ne l’ont pas reconnu. Les Mages, ces païens, l’ont vu. Ils en savaient infiniment moins. Mais apercevant une lumière inhabituelle, ils ont cru qu’elle leur était destinée. Ils s’y sont fié. Ils ont même participé activement à cette liturgie de l’incarnation en apportant le meilleur d’eux-mêmes, de leur richesse: de l’or, pour confesser sa royauté, de l’encens, pour confesser son pouvoir d’intercession de grand prêtre, et de la myrrhe, pour annoncer sa mort victorieuse. Ces mages sont ainsi venus communier à cette joie de Dieu se révélant. Ils ont répondu, ils ont adoré, et ils l’ont vu, lui le sauveur de tous les hommes. Une question me tourmente: qui sommes-nous, les mages au cœur pur et généreux ou les autres?