Homélie du 3e DP - 6 avril 2008

Les disciples d’Emmaüs

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Nous venons de fêter la résurrection et puis la vie, la vraie vie, celle de tous les jours, a repris le dessus. Et Cléopas, avec son ami qui ne porte pas de nom, car c’est chacun d’entre nous, redescend de Jérusalem. Ils avaient espéré que Jésus sauverait Israël. L’aventure avait été belle mais s’était mal terminé et il valait mieux tout oublier. Tournant le dos à Jérusalem, la cité de Dieu, ils repartent à Emmaüs ce lieu où Judas Maccabée avait vaincu les armées syriennes fortes de 47 000 hommes. Un village glorieux dans l’histoire d’Israël! Ils ont entendu dire – comme nous l’avons entendu lire – que des femmes se sont rendu au tombeau et ne l’ont pas trouvé. Et puis finalement rien n’a vraiment changé pour eux comme pour nous. Franchement, la résurrection, comme dirait la sagesse lyonnaise, est-ce que ça permet de manger le bonheur à la petite cuiller?

A l’inconnu qui s’est joint à eux, ils expliquent tout ce qui s’est passé. Ce pourrait presque être notre Credo cette histoire. Sauf qu’elle suinte de leur déception et qu’elle est creuse. Ils espéraient eux, comme Messie, un autre Judas Maccabée. Un homme qui expulserait l’envahisseur romain et permettrait au peuple de Dieu de vivre sa foi. Même après tout ce temps avec Jésus, ils n’avaient pas intégré la Sagesse de Dieu et Jésus les reprend: Vous n’avez donc pas compris! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes! Alors il leur explique qu’il fallait que le Messie souffrît pour entrer dans sa gloire. Et il déroule le film d’une histoire qui est à l’opposé de celle qu’ils avaient espéré mais une histoire qui peu à peu réanime leur cœur qui en devient tout brûlant. Et ils découvrent, dans ces Écritures, un certain bonheur mais un bonheur qui n’était pas là où ils l’attendaient. Et ce bonheur est pour nous.

Ce bonheur contenu dans les Écritures est un bonheur qui reprend tout, même ces choses que nous n’aimons pas et que nous laissons dans l’ombre. Jésus nous aide à les reprendre pour y découvrir un sens nouveau. C’est pour cela, qu’il chemine avec nous. Déjà, pendant l’Exode, Dieu avait répondu oui à Moïse qui lui demandait: Comment saura-t-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux moi et ton peuple? N’est-ce pas que tu iras avec nous? Comment aujourd’hui, en serait-il autrement alors que le Christ nous a promis de ne pas nous laisser orphelins. Forts de cette certitude, oserons-nous fonder notre vie sur les promesses qui sont contenues dans la Parole de Dieu?

Cela ne se fera pas sans lutte. Cela se fera progressivement. Et c’est exactement ce qui s’est produit pour les disciples d’Emmaüs. On aurait pu penser qu’après toute cette démonstration de théologie, ils auraient reconnu le Christ: Jamais homme n’avait expliqué les Écritures comme celui-là! Eh bien non. En revanche, la parole a éveillé une vie nouvelle en eux. Ils considèrent différemment cet homme qui, il n’y a pas si longtemps était bien le seul à ne pas savoir ce qui s’est passé! Le cœur brûlant, ils se prennent à l’inviter à demeurer avec eux. La Parole fait son chemin et les invite à agir.

C’est exactement la même chose pour nous… La Parole de Dieu doit nous inviter à agir et à changer de vie: que serait la foi sans les œuvres?

Alors le Christ rompt le pain en un geste qui détruit une première unité, humaine, mais pour en établir une nouvelle entre ceux qui vont le recevoir. Dieu, en se donnant dans une parole incarnée fait éclater nos schémas trop humains pour leur donner un nouveau sens. A celui qui veut le recevoir, à celui qui accepte l’éclatement de son petit univers, il vient alors donner une nouvelle vie. Une vie qui prend une urgence nouvelle, celle de l’Église. Et les disciples repartirent en toute hâte pour Jérusalem, la cité de Dieu.

Nous avons entendu le récit d’Emmaüs. Comme pour les disciples d’Emmaüs, il y a sans doute des aspects de notre vie qui nous paraissent creux et sans valeur. Lire les Écritures, c’est se donner la chance de trouver le bonheur car c’est redécouvrir que ce qui nous a libérés de la vie sans but que nous menions c’est le sang précieux du Christ. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous.

Cet Esprit qui est l’Amour en Dieu est source d’une vie nouvelle, d’une vie de bonheur car, souvenez-vous, l’amour prend patience, il rend service, il ne jalouse pas, il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il fait confiance en tout, il espère tout. C’est cet amour qui rend notre cœur brûlant, qui nous conduit au bonheur dans ces lieux où précisément il n’y avait que la mort. Demandons donc à l’Esprit Saint de venir au secours de notre faiblesse, là où nous en avons besoin!

En recevant le pain eucharistique que nous partageons, c’est la vie du Christ qui va venir prendre chair en nous, c’est le feu de son Esprit que nous mangeons. Pour que nous puissions dire: Ce n’est plus moi qui vis mais c’est le Christ qui vit en moi. Évidemment, c’est risqué parce que le Christ est mort d’avoir aimé. Mais si nous nous aimons les uns les autres comme le Christ nous a aimés, alors nous connaîtrons Dieu car celui qui aime connaît Dieu. Frères et sœurs, avons-nous envie de connaître Dieu? Je veux dire: suffisamment envie pour tout miser sur Lui?