Homélie du 33e Dimanche du T.O. - 18 novembre 2018

Les paroles de Jésus ne passeront pas

par

fr. Ludvik Grundman

Le ciel et la terre passeront… — La terre, sur laquelle nous marchons, est la chose qui nous paraît la plus stable. Le ciel, qui remplissait d’admiration le grand Kant et tant d’autres, nous paraît indestructible aussi. Quel choc cela dû être pour les auditeurs de Jésus d’entendre : « Le ciel et la terre passeront. » Or, nous sommes encore plus qu’eux conscients de l’immensité de l’univers qui nous entoure. Il suffit d’aller à la Cité de l’espace pour s’en faire une petite idée. Et tout cela passera. Donc a fortiori les choses de notre petit monde, qui sont autrement plus périssable !

…mais mes paroles ne passeront point ! — La parole est réalité apparemment on ne peut plus éphémère et volatile. Une réalité qui cesse d’exister au moment même où elle est prononcée. Les paroles passent si facilement. La preuve en est que, dès que j’aurai terminé cette prédication, vous en aurez oublié au moins la moitié, pour ne pas dire la totalité !

Mais il y a plus ! Quand Jacques Le Goff dit que saint Louis est le premier roi de France dont on a conservé les paroles authentiques, cela signifie que pendant des siècles on n’a pas retenu un seul mot de ce que disaient ses nombreux prédécesseurs. Il en va tout autrement de Jésus. Ses paroles ont été et sont perpétrées, répétées, diffusées largement. Souvent par ceux même qui méconnaissent le Christ et son Église. Ainsi un auteur tchèque a montré que pas moins d’une moitié des proverbes et locutions tchèques proviennent de la Bible, alors que leurs utilisateurs l’ignorent pour la plupart du temps. Il y a mieux encore. Récemment, un député communiste tchèque n’a pas hésité à citer le Christ au Parlement : « Que celui d'entre vous qui est sans péché jette le premier une pierre » (Jn 8, 7)… Hélas personne ne lui a répondu : « Va-t’en, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). Voyez, frères et sœurs, même là où les chrétiens n’existent plus, les paroles de Jésus n’ont pas passé. Cela fait déjà deux mille ans que Jésus a prononcé ses paroles et elles sont toujours là, sans jamais passer. Elles sont ce qu’il y a de plus stable, de plus solide dans notre monde. Et c’est pourquoi nous pouvons fonder notre vie sur elles. Comment ?

L’Écriture parle de trois attitudes pour vivre des paroles de Jésus : Écouter, garder, mettre en pratique. Pour ce qui est d’écouter, heureusement vous avez bien écouté l’homélie du frère Timothée, il y a deux semaines, et donc nous pouvons nous focaliser aujourd’hui sur les deux autres attitudes : garder la parole de Jésus et la mettre en pratique.

Garder. — Si écouter est un acte d’amour, garder la parole en est un autre, Jésus le dit clairement : « Si quelqu'un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14, 23). Oui, la parole de Jésus est non seulement solide, mais elle est également précieuse. Il y a, autour de nous, inflation de paroles. Inflation de mots qui ne veulent rien dire. Combien de fois nous-mêmes prononçons des paroles en vain ? Les paroles du Christ, c’est de l’or, de l’or le plus précieux. Et ce que l’on a de précieux, on peut le garder soit dans un coffre-fort, soit dans le salon à une place d’honneur. Frères et sœurs, seule la seconde solution est bonne ! La parole de Dieu, nous devons l’avoir constamment sous nos yeux, toujours devant nous, toujours en nous, dans notre cœur. La Bible n’est pas là pour orner nos bibliothèques, mais pour nous nourrir quotidiennement. On rapporte de notre Père saint Dominique qu’il méditait l’Évangile de saint Matthieu et les épîtres de saint Paul, de telle sorte qu’il les connaissait presque par cœur.
Ce n’est peut-être pas à la portée de tout le monde, mais je vais toutefois vous faire deux propositions pour garder la Parole de Jésus au quotidien. D’abord, faites comme les évêques ! Vous savez, les évêques ont chacun une devise, une parole, tirée de la Bible qui les caractérise. Eh bien, par le baptême qui fait chacun de nous prêtres, prophètes et rois, chacun peut avoir une devise, comme un programme de sa vie chrétienne. Et cette phrase d’évangile, nous pouvons l’avoir toujours devant nos yeux. Et deuxièmement, nous pouvons, en lisant l’évangile du jour, retenir une phrase — une suffit — et nous y focaliser pendant la journée. En faisant cela, nous passons à la troisième attitude vis-à-vis des paroles de Jésus : les mettre en pratique.

Mettre en pratique. — Celui qui écoute les paroles de Jésus sans les mettre en pratique peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable (cf. Mt 7, 26s.)… Or nous savons comment cela termine : les torrents sont venus et la maison s’est écroulée ; grande fut sa ruine ! Les paroles de Jésus ne sont pas simplement des suggestions pratiques, des pistes de réflexion : elles sont des mots d’ordre pour notre quotidien. Oui, souvent il est dur de les mettre en pratique, comme il est dur de construire sur le roc. Mais il en va de notre vie ! Si j’ai mentionné que saint Dominique aimait tant l’Évangile de saint Matthieu, le choix n’est pas anodin. Car c’est saint Matthieu qui nous transmet les grands discours de Jésus, à commencer par le sermon sur la Montagne, avec des consignes et commandements très pratiques. Et saint Dominique est un des innombrables saints dont la vie a montré que cela est possible. Oui, ça marche, car les paroles de Jésus sont efficaces. Les mettre en pratique signifie devenir un saint — ce que, certainement désire chacun de nous.

Frères et sœurs, évidemment mes paroles ne sont pas aussi importantes que celles de Jésus, mais pour en retenir l’essentiel, je vous fais un petit résumé : le ciel et la terre passeront, mais les paroles du Christ ne passeront point, car elles sont solides, précieuses et efficaces. Et nous sommes appelés à les écouter, les garder et les mettre en pratique

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