Homélie du 19 décembre 2010 - 4e DA

Les temps sont accomplis.

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Il en a fallu du temps – le temps d’une longue attente, comme un long «Avent» – pour que Dieu réalise son dessein sauveur, un temps qui se compte en milliards d’années, puis en millions d’années, en milliers et milliers d’années enfin depuis l’émergence de l’humanité? Mais l’Éternel a du temps, il «laisse le temps au temps» (comme le dit Cervantes)? Il fallait que l’humanité soit prête pour que Dieu fasse alliance avec Abraham et choisisse le petit peuple de sa descendance. Il accompagne alors l’histoire de ce peuple juif et en fait le porteur de l’espérance en sa promesse, jusqu’à ce qu’il engendre celle en qui cette promesse s’accomplit, Marie en qui se réalise, et bien au-delà de sa portée première, la prophétie d’Isaïe: «Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, c’est à dire: Dieu avec nous.»

L’ange est entrée chez elle et lui a annoncé (cf. oraison de la messe et de l’angélus) qu’elle serait, si elle le voulait bien, la mère du Fils de Dieu. Et Marie, servante du Seigneur, a dit «oui», oui en son nom et oui au nom de toute l’humanité. La vierge, mariée à Joseph sans qu’ils eussent confirmé ce mariage par une vie commune, est enceinte par la puissance de l’Esprit Saint. Elle revient de visiter Élisabeth et de lui apporter son aide pendant les derniers temps de sa grossesse et les premières semaines après la naissance de son fils Jean, qui sera le Baptiste. Elle est enceinte d’à peu près quatre mois et cela se remarque! Qui ne comprendrait la perplexité de Joseph, son époux? L’évangile de Mathieu s’en fait l’écho. «Homme juste», selon la Loi il devrait renvoyer une épouse adultère, mais il voudrait le faire en secret pour ne par causer du tort à celle qu’il aime. Alors il fait un rêve – les Joseph sont des hommes des songes qui éclairent leur destinée, ou plutôt leur vocation – un rêve dans lequel l’ange du Seigneur l’invite à prendre chez lui Marie son épouse et lui apporte l’éclaire sur cet événement inouï: «l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint… tu lui donneras le nom de Jésus, c’est à dire: le Seigneur sauve…» Voilà donc Joseph instruit de l’œuvre de Dieu et confirmé dans son rôle de père selon la loi (pater is est…); il donnera son nom à ce fils mystérieux et inscrira dans la descendance de David celui que l’on appellera le fils du charpentier.

En ce dernier dimanche de l’Avent, la liturgie nous rappelle ces événements de l’Histoire sainte qu’il est si important de méditer parce Dieu nous parle plus par ce qu’il fait que par des mots («le Verbe s’est fait chair») pour nous préparer à célébrer dans quelques jours la naissance humaine du Fils de Dieu. Celui que le monde ne peut contenir est encore dans le sein de la Vierge Marie dont il a pris chair et il va venir au monde comme un petit bébé «vagissant», ce qui représentait une incroyable humiliation, la suprême kénose, pour les Anciens qui n’avaient pas comme nous le culte de l’enfance, ainsi qu’en témoigne S. Augustin. Oui, notre Dieu est vraiment Dieu avec nous, partageant en tout notre sort dans son humanité, dans sa naissance et dans sa vie jusque dans sa mort ignominieuse, seul et abandonné, à travers laquelle il passera pour être «établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection des morts» (épître aux Romains) et nous ouvrir les portes du Royaume.

Frères et Sœurs, Jésus, le Christ, notre Sauveur et notre Seigneur, est pour chacun de nous et tous les hommes celui qui peut dire en vérité: «je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.» Tout au long de nos vies, dans nos joies comme dans nos peines, dans nos réussites comme dans nos échecs, il est là, nous accompagne de sa grâce miséricordieuse et nous communique sa propre vie. Oui, Dieu est avec nous, à jamais l’Emmanuel, Jésus qui nous apporte le salut de Dieu. Que cette certitude renouvelle notre foi, pour que Dieu naisse dans nos cœurs.

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