Homélie du 6e DO - 14 février 2010

L’Esprit Saint créateur

par

fr. Jean-Michel Maldamé

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Le premier verset de la Genèse poursuit : « La terre était informe et vide », mais il annonce : « L’Esprit de Dieu planait sur les eaux ». Ainsi d’emblée, les chrétiens voient que la Bible s’ouvre sur une mention de l’action du Saint Esprit. Le verbe, habituellement traduit par planer, désigne (selon les spécialistes) le mouvement de l’oiseau qui se pose et étend les ailes au dessus de son nid, pour protéger ses petits. Sa présence est source de chaleur ; elle est vigilance et elle accompagne leur envol. Un terme du vieux français l’exprime, « couvaison » – ce mot dit la grandeur et la fragilité de la vie.

Ce que nous savons aujourd’hui permet de mieux envisager la manière et l’effet de l’action de l’Esprit de Dieu.
En effet, quand le rédacteur du premier chapitre de la Bible écrivait ce texte, sa vision du monde était liée à une géographie fort restreinte et à une histoire fort courte. Ces limites ont éclaté ; aujourd’hui nul ne peut dire, par exemple, que le premier jour de la création a eu lieu voici 5770 ans ; nul ne peut situer sur une carte de géographie le jardin d’Éden, paradis perdu. Notre regard s’est élargi dans une histoire plus longue et plus riche. Plus belle ! Aussi nous pouvons mieux reconnaître l’action de l’Esprit de Dieu.

Nous savons qu’il y a 13,7 milliards d’années l’univers observable a pris son élan pour croître et se complexifier. Dans le silence des origines, l’énergie est devenue matière. Ce furent atomes, étoiles, galaxies et planètes… Notre émotion y communie, lorsqu’un regard sur l’immensité des cieux et la clarté des étoiles éveille en nous le sentiment d’une présence infinie. Une autre histoire a commencé : celle de la vie, sur la singulière planète Terre. Du simple au complexe, du primitif au plus élaboré, une histoire de plus de trois milliards d’années s’est déroulée pour l’émerveillement de ceux qui reconnaissent sa générosité, son dynamisme et sa créativité. Nous y reconnaissons la marque d’un Souffle, l’Esprit de Dieu qui est source de vie. Qui parmi nous ne partage la fascination et l’admiration devant les images prises au fond des océans ? Ou devant celles qui montrent les oiseaux qui traversent notre ciel ? Pourquoi notre émotion quand leur chant éveille l’aurore ? Oui ! Un Souffle passe dans l’œuvre de Dieu. En ce Souffle, l’Esprit de Dieu, la force et la tendresse ne font qu’un.

Cette aventure est plus mystérieuse encore. Voici déjà plusieurs centaines de milliers d’années, un vivant singulier s’est dressé; il a commencé de se servir de ses mains; il a développé son cerveau et il est entré dans la grande aventure de la culture. Sa grandeur est dans la pensée ! Des générations par centaines de mille sont advenues; nous admirons leur créativité, du simple outil de pierre, aux grottes ornées où paraît la fascination du sacré. Immense aventure dont nous sommes les héritiers et qu’il nous appartient de faire aboutir.

La parole de l’Évangile vient à ce point pour nous dire les conditions de son succès. En effet, un choix nous est offert. Nous pouvons choisir de vivre seulement selon les exigences de la survie animale et continuer de vivre en êtres de compétition et de lutte, par l’élimination des plus faibles ou de ceux que nous jugeons de race impure. Nous pourrions prendre cyniquement le parti de jouisseurs et des rassasiés. Mais à la suite de Jésus-Christ, il est une autre voie : celle qui honore la vérité et justice, celle qui honore les pauvres, les malades, les plus fragiles et vit de sollicitude et de compassion. Sur cette voie, l’Esprit nous est donné pour que nous devenions enfants de Dieu. Lors de notre baptême nous sommes nés « de l’eau et de l’Esprit ». Mais aujourd’hui comme en chaque eucharistie, nous appelons l’Esprit pour qu’il nous introduise dans la communion des saints ; nous appelons l’Esprit Saint pour qu’il sanctifie nos offrandes, devenues sacrement du corps et du sang du Christ ressuscité.