Homélie du 24e DO - 14 septembre 2008

L’exaltation de la Croix

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Frères et sœurs, soyons francs, parler de la croix, ou seulement y penser ne nous aide pas forcement à égayer notre journée; en plus, fêter aujourd’hui l’exaltation d’un instrument de torture et de mort, cela semble dépasser les limites du bon goût. D’accord, pour un empereur comme Constantin, qui voit dans une vision une Croix glorieuse avec la devise «In hoc signo vinces» «Sous ce signe tu vaincras» et qui ensuite échange l’aigle romain contre la croix et qui gagne effectivement sa bataille, la fête d’aujourd’hui peut plus facilement avoir un certain sens et être source de joie. Mais quel sens peut-elle avoir pour nous, comment l’exaltation de la croix glorieuse peut-elle devenir aussi pour nous aujourd’hui une source de joie?

N’ayons pas peur – Regardons la croix. Peut-être cela nous gêne un peu. La gêne que nous découvrons éventuellement en nous en regardant la croix est signe d’une certaine myopie de notre regard. Si cette myopie est bien développée, les yeux n’aperçoivent la croix que sous l’aspect de l’instrument de torture et de mort. Si la myopie est un peu moins forte, on voit dans la croix le moyen accepté par Jésus pour apaiser la colère de Dieu le Père qui a été causée par le péché de toute l’humanité. Mais une telle vision nous gêne encore et nous nous demandons comment notre regard pourrait être purifié de sorte qu’il puisse découvrir les vraies richesses de la croix glorieuse. En fait, les yeux corporels ne suffisent pas. Il faudrait voir encore avec les yeux du cœur et c’est ici la racine de notre problème. Pour voir avec les yeux du cœur, il faudrait avoir un cœur bien ouvert. C’est seulement ainsi que notre myopie disparaîtra complètement et que nous découvrirons des choses que les yeux corporels ne peuvent pas atteindre. Avec les yeux du cœur nous voyons maintenant, à travers les supplices de la croix, l’amour inépuisable du Christ Jésus pour chacun de nous. Maintenant la croix rayonne dans toute sa gloire, parce que maintenant elle apparaît comme le signe et le garant de l’amour divin pour nous. Il n’y a plus aucun doute, Jésus Christ a redit par la croix son oui à chacun de nous: Oui, je t’aime et je fais tout pour ne jamais te perdre, la croix est le sceau de mon alliance avec toi.

Mais que faut-il faire pour que notre cœur s’ouvre pour qu’il perçoive les rayons de la croix glorieuse si souvent invisibles? La réponse à cette question semble être trop banale pour être vraie et nous avons peut-être tendance à nous étonner comme Naaman, le syrien, à qui on a simplement demandé de se laver dans le Jourdain pour être guérit de sa lèpre. Jésus ne nous demande pas de faire quelque chose. Jésus nous demande tout simplement de dire : «Oui.» La seule chose que Jésus nous demande, c’est de lui faire confiance, de croire en lui et d’accepter de se laisser transformer par son amour. Encore une fois: Jésus ne nous demande rien d’autre que de dire : «Oui.» Ce «Oui», c’est cette attitude intérieure qui dit oui à son Seigneur dans des jours ensoleillés comme dans des jours pluvieux. Cette attitude d’ouverture nous est naturelle et c’est pour cela qu’elle est simple en soi. Mais nous connaissons tous ces situations où cette ouverture risque de se fermer parce que nous avons peur d’être blessé. C’est cette peur d’être blessé par la croix qui nous enferme en nous même et qui nous empêche d’une manière ou d’une autre de dire un oui total à notre Seigneur. Prenons comme exemple une rose: Quand d’autres fleurs se ferment quand il pleut, la rose reste toujours ouverte – qu’il pleuve ou que le soleil brille. La rose se donne complètement et elle ne renonce pas à ce oui qu’elle a donné une fois au moment de sa première éclosion. La rose reste toujours ouverte et ne se ferme jamais. Essayons d’imiter la rose. Ne nous fermons pas face à Jésus et à sa croix glorieuse. Jésus ne veut rien d’autre de nous; il voudrait seulement que nous lui ressemblions toujours plus en disant «Oui» et que nous soyons toujours auprès de lui. Le seul obstacle c’est nous même avec notre cœur renfermé.

Frères et sœurs, mettons nous à genoux devant la croix de Jésus. Tournons notre regard vers le Christ crucifié et découvrons toujours à nouveau son amour inépuisable. Le regard vers la croix glorieuse n’enlèvera certes jamais la lourdeur de notre propre croix, mais elle nous donne l’assurance que rien au monde ne pourrait nous séparer de l’amour du Christ. La devise des Chartreux dit : «Stat crux dum volvitur orbis. – La croix demeure pendant que la terre tourne». Oui, la terre tourne, les temps passent, les époques heureuses et malheureuses se suivent, mais la croix, notre seule et unique espérance, le signe et l’épreuve par excellence de l’amour du Christ pour nous, demeurera toujours. «L’amour du Christ demeure pendant que la terre tourne.» Oui, sous le signe de la croix tu vaincras – si tu l’acceptes, si tu te laisses gratifier et transformer par l’amour du Christ. C’est ainsi que la Croix devient source de joie et d’action de grâce.