Homélie du 28e Dimanche du T.O. - 13 octobre 2019

Magnificat!

par

fr. Gilles Danroc

Oui ! Magnificat ! Magnificat pour Naaman, ce général syrien, un étranger, lépreux, guéri, et qui dit merci. Alléluia pour saint Paul qui nous dit : « Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons ; si nous mourrons avec lui, avec lui nous vivrons. » Magnificat ! Et pour ce Samaritain dont nous ne connaissons pas le nom, comme la Samaritaine — c’est peut-être toi, peut-être moi ! — ce Samaritain, cet étranger, lépreux-guéri, qui dit merci. Magnificat !

Un magnificat qui nous fait chanter, danser la vie comme Marie en ce mois du Rosaire. Un magnificat qui va faire l’unité de notre vie, unité de notre corps qui vibre de joie, de notre cœur qui guérit en action de grâce et de notre esprit libéré du poids de la tristesse. Un magnificat de rupture avec cette triste morosité d’une société où la technique et l’argent veulent remplacer Dieu et la nature quand le pouvoir politique démissionne de son devoir, quand l’effort éthique se voit aboli par la toute-puissance technicienne. Oui, un magnificat de rupture et de combat, parce que la joie est un combat. Ne nous laissons pas voler notre joie ! Retrouvons la joie d’être aimé et d’aimer Dieu, nos frères et nous-mêmes purement et simplement !

Magnificat de mission en ce mois missionnaire. Seule notre joie peut attirer au Christ ceux qui ne le connaissent pas. Entendons Jésus dire au lépreux-guéri qui dit merci : « Relève-toi, va, ta foi t’a sauvé ! » Ô, si chacun de nous pouvait entendre en ce dimanche cette parole pour lui : « Oui, relève-toi, va, va ! Sois missionnaire, ta foi t’a sauvé. » Et remarquons-le tout de suite, la foi ce n’est pas seulement le fait que le lépreux ait été guéri par le Seigneur, mais qu’il soit allé jusqu’au bout de la guérison, c’est-à-dire jusqu’au merci qu’il va donner au Christ avec ce mot magnifique d’eucharistie (verset 16). Il se jette aux pieds du Seigneur, et dans l’eucharistie de ce Samaritain, lépreux-guéri-qui-dit-merci, s’opère le véritable miracle de la foi. Les dix lépreux ont connu la guérison du corps, mais un seul a eu la guérison complète du corps, du cœur qui aime et de l’esprit qui dit merci ! Lui seul entend de Jésus, « relève-toi, ta foi t’a sauvé ! Et va, sois missionnaire puisque tu reconnais que la vie est une relation de merci ». Il était loin de tous, à l’écart dans la solitude honteuse de la lèpre, et le voilà missionnaire, porteur d’eucharistie au monde. La grâce de Dieu qui nous sauve s’accomplit dans l’action de grâce ! Magnificat ! Et ce Magnificat nous délivre de la prison de la solitude, de la tristesse d’être laissé pour compte, et du dénigrement de soi ! Le Magnificat nous envoie en mission d’action de grâce !

Et regardons nos deux héros de ce jour. Naaman le Syrien, l’étranger, plongé sept fois dans le Jourdain. « Sept fois » : pensons simplement aux sept demandes du Notre Père que nous allons prier ensemble. « Dans le Jourdain » : le fleuve qui sépare la terre étrangère et la terre de sainteté. Ce Jourdain où Jean le Baptiste a convié les pécheurs pour recevoir un baptême de pénitence, un baptême de conversion. Et c’est Jésus qui au même Jourdain va conférer le baptême d’eau et d’esprit : notre baptême. Au Jourdain, Jésus s’est inséré dans la file des pécheurs. Il est entré dans l’eau du Jourdain, et a demandé, comme s’il était un pécheur, le baptême de Jean. Saint Paul aura l’extrême audace de dire : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu » (2 Co 5, 21). Notre deuxième héros, le Samaritain guéri par Jésus, va nous faire comprendre davantage encore. Dans l’Évangile de Marc, le premier chapitre — programme de toute la vie publique et de la prédication de la vie de Jésus — se termine par le récit de la guérison d’un lépreux. Ce lépreux s’avance, tombe à genoux devant Jésus ; au mépris du livre de la loi du Lévitique, Jésus le touche, le guérit et l’envoie par la suite auprès des prêtres pour sacrifier à ce qu’il faut faire d’après la loi. Mais, vu par une foule qui se presse, Jésus en touchant ce lépreux est contaminé. La lèpre est une maladie contagieuse qui a frappé l’imagination des peuples. La lèpre qui ronge la peau désigne le péché qui ronge l’âme ! Et nous comprenons de quoi nous sommes purifiés par le baptême. Nous sommes purifiés par le pardon que Dieu nous donne, que Jésus est venu porter au nom du Père en devenant l’un de nous dans notre histoire, étant contaminé, non pas en péchant, loin de là, mais en étant entré jusqu’au fond du problème de l’homme ! Il s’est fait péché pour nous, pour nous purifier du péché, de la haine et de la mort, par sa mort sur une croix ! Et c’est de cela que Jésus nous libère. Magnificat !

Je vous le propose comme un secret de vie personnelle à vivre en toutes circonstances ! Prenez donc ce texte du Magnificat dans votre poche, mémorisez-le, priez-le au moins une fois par jour. Avec ce magnificat en plein cœur, je vous le demande : ne rasez pas les murs, ne vous fondez pas dans la masse morose et stressée d’elle-même du lundi au vendredi quand ce n’est pas le week-end du ski ! Le magnificat, la joie de l’espérance, va vous permettre de témoigner ! Magnificat !
Osez un magnificat qui va jusque dans la compassion, nous l’avons entendu avec saint Paul : « Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons. » La compassion nous portera auprès de ceux qui souffrent ou quand vous-mêmes vous ne pourrez pas le dire parce que la souffrance est trop forte ; à ce moment-là c’est au frère, à la sœur, au chrétien de venir prendre la main et du fond du cœur dire le magnificat de l’espérance. Nous avons perdu le feu de la joie et nous ne pouvons plus témoigner. Pourtant même devant la mort osons dire magnificat. Je vois que Marie, celle qui nous l’a donné, est debout au pied de la croix et regarde dans le cœur transpercé de son fils ; à travers la souffrance, elle voit le salut du monde ruisseler sur l’humanité. Magnificat ! Stabat mater ! Loué sois-tu pour notre sœur la mort ! Le baptême et notre réponse d’action de grâce nous font entrer dans la vie, dans une vie plus forte que la mort ! Dieu insiste : Magnificat, Alléluia, Gloire à Dieu, Eucharistie, enfin réveillez-vous ! N’avez-vous pas entendu que c’est cela que Dieu vous demande pour être son témoin, pour être son enfant missionnaire ?