Homélie du 10e DO - 8 juin 2008

Matthieu le publicain

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Après avoir guéri un paralytique, Jésus passe à la sortie de sa ville (Mt 9, 9s.). Il regarde et il voit. Que voit-il? Il voit un homme. Cet homme est connu de tous, il s’appelle Mathieu. L’évangéliste précise que cet homme était au péage de l’octroi, au bureau de la douane ou du fisc – c’est tout un. Cette situation fait de lui un homme que l’on n’aime pas, car son métier consiste à prendre de l’argent chez les autres qui trouvent toujours qu’on en demande trop – les percepteurs ne nous sont pas sympathiques. Il n’est pas nécessaire de faire de Mathieu un homme malhonnête. Comme en ce temps-là le pouvoir était fort oppressif, on le classe parmi les pécheurs publics: c’est un «publicain». Pour cette raison, la mention «Jésus vit un homme» n’est pas anodine. Là où les autres voient un publicain, Jésus voit un homme. Telle est la bonne nouvelle: là où nous voyons des catégories sociales ou professionnelles, Jésus voit un être humain, créé à l’image de Dieu. Là où nous voyons le boulanger, le marchand de journaux, le facteur, le percepteur, le plombier, le docteur… Jésus voit un être humain, appelé à devenir enfant de Dieu. Là où nous voyons un juif, un musulman, un communiste, un intégriste, un protestant, un catholique… Jésus voit un être qu’il appelle à le suivre pour partager sa victoire sur la mort! Telle est la bonne nouvelle, elle est confirmée par la suite.

Le récit de Matthieu poursuit: «Jésus est à table dans la maison». Quand les enfants disent qu’ils vont à la maison, ils disent qu’ils vont chez eux. Ici de même «la maison» désigne la maison où Jésus vit avec ses premiers disciples. La table est mise pour tous, y compris les pécheurs et les hommes que le droit religieux rejette, les publicains dont Matthieu. Ils sont avec Jésus pour un repas! Ceci nous concerne maintenant où nous sommes rassemblés pour ce que le Nouveau Testament appelle le «repas du Seigneur», la messe. Sommes-nous comme les pharisiens qui dénigrent Jésus à cause de ses fréquentations qu’ils jugent comme des compromissions? Sur ce point, il y aurait beaucoup à dire. Pour ma part, je me réjouis d’avoir des relations avec des communautés de vie chrétienne qui n’excluent pas celles et ceux que l’interprétation étroite des règles ecclésiastiques écarte de la communion. L’essentiel n’est-il pas de suivre Jésus, d’être à table avec lui, à raison de sa foi en lui? L’essentiel n’est-il pas d’assumer dans la foi et par l’amour toute sa vie, échecs et malheurs compris? Telle est aujourd’hui la bonne nouvelle: Jésus accueille pécheurs et publicains.

Enfin, Jésus répond à ses détracteurs par un argument d’autorité; il cite la Parole de Dieu qui dit: «C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices». Bonne nouvelle, s’il en est! Je me permets de relever les mots qui introduisent cette citation, «allez apprendre» selon la traduction habituelle. Une personne érudite ès judaïsme m’a dit que cette introduction, classique dans les écoles juives du temps, est littéralement en hébreu «sortez et apprenez». Sortir! D’où devons-nous sortir? De l’ignorance, mais aussi des préjugés, des réflexes de classe, des habitudes, des raideurs dogmatiques et des intransigeances d’inquisiteur… Une telle sortie n’est pas facile et pour cela nous avons besoin de la présence de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour donné par Jésus.

Dans cet Esprit, nous venons prendre place à table au repas que Jésus préside. Nous venons, non parce que nous serions définitivement établis dans le bien, mais parce que nous avons été appelés par Jésus. Il a vu en chacun de nous, non pas un personnage remplissant une fonction ou occupant une case sur l’échiquier social, mais un être humain créé à l’image de Dieu. Si nous avons souillé cette image, si nous avons hérité de quelque blessure ou sommes marqués par un échec, nous savons qu’il nous appelle «Viens, suis-moi». Ayons confiance, car dit-il: «Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs».