Homélie du (24 juin 2017)

Le ministère de Jean le Baptiste éclaire le ministère presbytéral

par

Jean-Pierre Ricard

Homélie du Cardinal Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux, évêque de Bazas,
pour les ordinations presbytérales des frères
Damien Duprat, Clément Binachon, David Perrin et Paul Stevenson

Chers frères,
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Dieu est parfois déroutant. Il n’agit pas comme on pense qu’il devrait agir. Il ne se comporte pas comme l’attendraient ceux qui vivent selon l’air du temps. Dans la maison de Jessé de Bethléem, il ne choisit pas pour remplacer le roi Saül les fils les plus âgés, les plus forts, les plus renommés, mais l’homme selon son cœur, David, le plus jeune, celui qu’on n’avait même pas pris la peine de convoquer.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous assistons à la naissance de cet enfant qu’on n’espérait plus, ce fils d’Élisabeth et de Zacharie. Normalement, on devrait l’appeler Zacharie comme son père. Il sera prêtre au Temple, accomplissant son service à certaines périodes de l’année. Sa route semble toute tracée. Or, Dieu a une autre vue sur lui. Il aura un nom nouveau : « Son nom est Jean », signe d’une vocation particulière et d’une mission originale, dont il découvrira les contours au fur et à mesure qu’il grandira. Il expérimentera combien la main du Seigneur sera avec lui.

La main du Seigneur est sur vous

Clément, Damien, David et Paul, vous aussi, vous avez fait l’expérience d’une vocation particulière. Vous avez entendu l’appel du Seigneur à tout quitter pour le suivre, à entrer avec lui dans une expérience originale de l’Évangile, à être au service de son peuple. La route que vous avez prise a pu être déroutante pour vos proches, pour vous à certains jours. Mais, vous avez senti combien la main du Seigneur était avec vous et vous guidait. Tout à l’heure, dans l’imposition des mains vous recevrez, par l’intermédiaire de l’Église, un signe fort de cette amitié du Christ qui vous appelle, qui se saisit de vous et qui vous confie cette mission toute particulière d’être les pasteurs de son peuple et les témoins auprès de tout homme de la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

Contemplez Jean-Baptiste témoin et précurseur

Cette ordination est célébrée aujourd’hui en la fête de la naissance de Jean le Baptiste et cette fête, pour vous qui allez être ordonnés, est riche de sens. Le ministère de Jean vient éclairer d’une lumière particulière le ministère presbytéral que vous allez recevoir. Dans le Nouveau Testament, Jean nous est présenté comme le témoin et le précurseur.
C’est Saint Jean qui dans son évangile nous présente Jean le Baptiste essentiellement comme le témoin, celui qui désigne le Christ. Dans sa représentation de la crucifixion du retable d’Issenheim, le peintre Mathias Grünewald, place à droite du crucifié Jean-Baptiste. Et ce qui frappe en le regardant, c’est le doigt du prophète qui désigne le Christ. Le peintre nous fait ainsi entrer dans cette conviction forte de l’évangéliste Jean qui nous dit à propos du Baptiste : « Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. Il n’était pas la lumière mais il devait rendre témoignage à la lumière » (Jn 1, 6-9). Jean désigne le Christ : c’est lui le Messie attendu, c’est lui qui apporte le salut, c’est lui qui est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). C’est vers lui qu’il faut aller. Jean s’efface devant Jésus. Sa mission s’achève quand il a conduit ses disciples jusqu’à lui. Jean est un serviteur. Il évitera d’enfermer Jésus dans ses propres représentations messianiques. Il acceptera de se laisser guider par lui. Oui, vraiment Jean est le témoin du Christ, le témoin de celui que l’Apocalypse nomme « le témoin fidèle » (Ap 1, 5), le témoin qui est venu témoigner de la vérité, qui est venu révéler le vrai visage d’amour du Père.

Soyez des témoins de la présence de Dieu et de son amour

Chers amis qui allez être ordonnés, comme prêtres vous serez appelés, vous aussi, à être, dans notre société largement sécularisée, les témoins de cette présence de Dieu, de cette passion du Père, qui, en Jésus, vient à la rencontre de l’homme pour lui offrir son amour. Vous témoignerez de ce qu’est une vie transformée par l’Esprit, de ce que fait naître en l’homme un Dieu qui veut demeurer en lui : la joie, la paix, la confiance, l’espérance, la bienveillance, le courage, l’amour gratuit, la réconciliation et à certains jours la force du pardon. Nous savons que bien des hommes et des femmes ne sont pas sans questions, sans attentes, ont soif de Dieu. Les baptisés de Pâques et les confirmés adultes de nos diocèses en sont le signe. À tous vous témoignerez que la source d’eau vive existe, qu’elle est donnée gratuitement, généreusement. À tous vous direz : « Si tu as soif, viens et vois. Viens et bois ! Ainsi, tu auras la Vie ! »
Si chez Jean, le Baptiste nous est présenté comme le témoin, dans les Synoptiques, il s’offre à nous comme le précurseur, celui qui met lui-même en œuvre le verset d’Isaïe : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Is 40, 3, cité par Lc 3, 4). Jean accompagne dans une démarche de foi ceux qui viennent à lui. Par un baptême de conversion, il les aide à accueillir dans leur vie le Seigneur qui vient frapper à leur porte. Il réalise ce que l’ange du Seigneur avait annoncé à Zacharie : « Il ramènera beaucoup des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu, et il marchera par devant sous le regard de Dieu, avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères vers leurs enfants et conduire les rebelles à penser comme les justes, afin de former pour le Seigneur un peuple bien préparé » (Lc 16-17). On voit avec quelle pédagogie spirituelle, quelle exigence mais aussi avec quel réalisme Jean-Baptiste guide collecteurs d’impôts et soldats sur la route de la conversion et d’une vie croyante.

Soyez des pédagogues de la foi et de la vie chrétienne

Clément, Damien, David et Paul, vous aussi vous serez au service de l’action du Saint Esprit qui fraye son chemin dans l’esprit et le cœur des croyants. Vous aiderez ceux qui vous seront confiés ou qui croiseront votre route à discerner la volonté du Seigneur sur leur vie, à y répondre et à progresser dans une existence qui veut prendre au sérieux l’appel de l’Évangile. Le pasteur doit se faire aujourd’hui de plus en plus pédagogue et éducateur. Vous savez qu’il y a de nos jours un grand besoin d’accompagnement spirituel et pastoral. Cela implique proximité, compassion, lucidité et miséricorde. Dans son exhortation apostolique La Joie de l’Évangile, le pape François nous y invite avec vigueur : « Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse » (n° 270). Jean-Baptiste vient nous rappeler que servir le Seigneur dans son peuple est vraiment une aventure passionnante.
Paul, David, Damien et Clément, c’est justement parce que vous avez pressenti que le ministère sacerdotal était une aventure exaltante que vous êtes là aujourd’hui. C’est parce que vous avez la conviction que le Seigneur, qui a été jusqu’à présent votre compagnon de route quotidien, le sera aussi dans votre ministère, que vous avez l’audace de vous engager pour l’avenir. Oui, vous avez raison. Son Esprit vous soutiendra, car, quand Dieu appelle à une mission, il donne toujours la grâce de pouvoir la porter et la vivre. Puissent d’autres, à votre exemple et à votre suite, répondre à l’appel du Seigneur. C’est ce que nous demanderons, ce soir, au Seigneur dans la prière. Amen.

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