Homélie du (12 juin 2016)

Miséricorde!

par

Il est pécheur. Elle est pécheresse. Je suis pécheur. Nous sommes pécheurs.

Il est pécheur, en effet, ce roi David, ancêtre du Messie sans péché. Le saint roi David est adultère et homicide. Rien de moins. Le prophète Nathan le lui rappelle, sans omettre, de plus, de lui suggérer à quel point il est ingrat car il avait été favorisé par le Seigneur et il a répondu à cette générosité en faisant ce qui était mal à ses yeux. C’est pourquoi la justice demande un châtiment: «On ne se moque pas de Dieu».

Elle est pécheresse, cette femme, aux pieds de Jésus. L’évangéliste la présente ainsi, comme si c’était sa carte de visite. Est-ce plutôt son péché ou plutôt la méconnaissance que Jésus semble en avoir qui scandalise le pharisien? Jésus pourtant montre bien qu’il connaît parfaitement à la fois le cœur de cette femme et de ce pharisien. Il ne vient pas à son secours en disant qu’elle n’a péché, ou en invitant le pharisien à ne pas se mêler de la vie des autres. Elle est pécheresse. Il le sait.

Dans l’un et l’autre cas, le péché, qu’il soit celui de David ou celui de la femme, est réel, manifeste, indéniable. Il n’est pas méconnu; il est reconnu. Il est avoué, il est pleuré.
David est pécheur; cette femme est pécheresse; je suis pécheur; nous sommes pécheurs. Et en nous approchant du Seigneur, nous commençons par ouvrir les yeux sur le fait que nul d’entre nous n’est l’Immaculée Conception: «celui qui dit être sans péché est un menteur». D’aucuns prétendent alors que le christianisme serait porteur d’un «meaculpisme» morbide, qu’il se rassasierait d’humiliation. Peut-être telle époque ou tel mouvement spirituel a-t-il pu accréditer cette vue, mais c’est pour n’avoir pas lu la suite, pour n’avoir pas écouté jusqu’au bout.

Jésus sait que cette femme est pécheresse, mais il n’en tient pas compte. Pas l’ombre d’un reproche. Plus surprenant, il lui adresse deux phrases que chacun d’entre nous aimerait entendre de sa bouche, tant elles sont consolantes et encourageantes: «tes péchés sont pardonnés», «ta foi t’a sauvée. Va en paix!». Il nous faut regarder en suivant le regard de Jésus, ce qu’a fait l’évangéliste Luc. Qu’a-t-il donc vu, Jésus, pour avoir une attitude aussi bouleversante? «tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum». Toutes choses que le pharisien n’avait pas vues, comme l’atteste les propos que Jésus lui adresse. Il a peut-être vu, mais sans voir. Il a peut-être vu les faits, mais il n’a pas vu ce que cela manifeste: «elle a montré beaucoup d’amour». Le pharisien voit une femme qui a beaucoup péché; Jésus voit une femme qui a beaucoup aimé. Le premier n’a vu que le passé; le second a vu toute l’histoire profonde d’une âme affrontée au mal mais désireuse de bonté. Les prêtres ont cette grâce immense de vivre cet émerveillement, d’abord comme pécheurs, car ils pécheurs ils ne sont pas moins que les autres et parfois bien plus, mais comme tout un chacun, s’ils avouent, s’ils pleurent et s’ils aiment, ils entendent «tes péchés sont pardonnés; ta foi t’a sauvé; va en paix». Et ils ont aussi cette joie immense de libérer et de relever, de dire ces paroles qui choquent les convives, celles par lesquelles une bouche d’homme dit au nom de Dieu: «tes péchés sont pardonnés». Et plus le péché était lourd, et plus le regret est vif, plus la joie de la nouvelle naissance est débordante. Que le pécheur ne s’excuse par de pleurer et qu’il pardonne plutôt au prêtre de mêler ses propres larmes de joie.

Quel étonnant retournement de situation. David était sermonné rudement par le prophète Nathan: ingrat, adultère, homicide, bref pécheur grand format. Il suffit de cet aveu: «j’ai péché contre le Seigneur», et voilà que le ciel redevient plus bleu que jamais: «le Seigneur a passé sur ton péché, tu ne mourras pas». Un prophète a même cette image forte de péchés jetés au fond de la mer.

Le femme pécheresse n’est pas la première ni la seule à qui Jésus dit: «ta foi t’a sauvée», parole de guérison bien souvent à la fois physique et spirituelle. Mais pourquoi ici, alors que ce qu’il souligne de cette femme est le fait qu’elle a montré beaucoup d’amour. Pourquoi ne dit-il pas: «ton amour t’a sauvée»? Peut-être déjà parce que c’est l’amour de Dieu en Jésus qui est véritablement sauveur, et que l’amour en cette femme ne l’est que parce qu’il est la réponse et la participation à cet amour premier. Et puis parce que la foi de cette femme est effectivement éblouissante, cette foi par laquelle elle assume son identité de pécheresse aux yeux de tous, cette foi par laquelle elle s’approche de Jésus et lui manifeste la vérité de son cœur sans prêter attention au jugement des hommes, cette foi par laquelle elle espère tellement que Jésus la transformera que cet espoir, que cette espérance est une certitude: elle croit à l’amour et cet amour a un nom magnifique: miséricorde.

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