Homélie du Trinité - 26 mai 2002

Mystérieuse arithmétique: 1 + 1 + 1 = 1

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Qui es-tu, mon Dieu, toi que je cherche parfois avec ardeur et générosité, parfois avec nonchalance et découragement? Montre-moi ton visage. Quand contemplerai-je la splendeur de ta face? Quand me rassasierai-je de ta beauté? La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul véritable Dieu, et ton envoyé Jésus-Christ, et je veux recevoir de toi cette vie éternelle, que tu promets à tes enfants. Je suis voué à te louer, à te bénir, à te prêcher, mais que dirai-je de toi qui ne soit ce vide où je t’observe et t’écoute dans le silence ou ce trop plein d’un amour inouï qui me submerge à l’improviste? Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube: mon âme a soif de toi; après toi languit ma chair, terre aride, altérée sans eau.

En proclamant son nom à Moïse, Dieu se déclare comme le Seigneur, tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. Les siècles jalonnant l’ancienne alliance laissent déjà entrevoir la tendresse de son amour paternel, mais Jésus nous la découvre d’une manière incomparable, indépassable. À l’Apôtre Philippe lui demandant de lui montrer le Père, il peut répondre, comme nui autre au monde: Qui me voit, voit le Père. Si, en effet, nul n’a jamais vu Dieu, le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître. Il n’est pas créé à l’image, il est engendré Image du Dieu invisible, il est le visible du Père; il est le resplendissement de sa gloire, l’effigie de sa substance.

L’Évangile de saint Jean nous fait entrer tout spécialement dans l’intimité de la relation entre Jésus et le Père: je suis dans le Père et le Père est en mot, le Père et moi nous sommes un, je fais toujours ce qui lui plaît, ce que la prière de Jésus à l’agonie confirme; Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne loin de moi, mais non pas ma volonté mais ta volonté. Oui, s’il est vrai que nous sommes appelés enfants de Dieu et que nous le sommes, Jésus seul peut pourtant parler ainsi de son Père; il est le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles; il est Dieu, né de Dieu, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même substance que le Père; il est le Verbe qui était auprès de Dieu et ce Verbe était Dieu; pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel; et le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous. Celui qui croit en lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique. Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. C’est pourquoi nous pouvons avoir pleine assurance au jour du Jugement; l’amour parfait bannit la crainte; et nous savons que Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Et quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né de la femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père! En effet, tous ceux qu’animé l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Jésus ressuscité souffle sur ses disciples et, leur disant: recevez l’Esprit-Saint, il recrée l’homme modelé à son image et lui insuffle son haleine de vie. Cet Esprit, qui procède du Père et-du Fils, redonne vie aux ossements desséchés, il est un Esprit nouveau donné aux cœurs nouveaux, il est Seigneur et il donne la vie. Oui, crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit! Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint. Rends-moi la joie d’être sauvé; que l’esprit généreux me soutienne. Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins, vers toi, reviendront les égarés. Cet Esprit lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guérit ce qui est blessé, assouplit ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rend droit ce qui est faussé. Dieu nous a marqués d’un sceau et a mis dans nos, cœurs les arrhes de l’Esprit, source jaillissant en vie éternelle, puisque si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas, mais l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné et nos corps et nos personnes sont alors le temple, la demeure, le tabernacle du Dieu trois fois saint. Comment l’Esprit ne serait-il pas Dieu lui-même s’il est vrai qu’il nous divinise? Non, n’en doutons pas mais confessons avec l’Église de tous les temps et de tous les lieux, avec la foi apostolique, que l’Esprit de vérité maintient en son intégrité: le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l’Esprit est Dieu; et cependant ils ne sont pas trois Dieu mais un seul Dieu, Le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, l’Esprit est Seigneur, et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs mais un seul Seigneur. Nous confessons à la fois la trinité des personnes et l’unité de leur nature.

Comment ne pas être saisi de vertige, bouleversé aux tréfonds de notre vase d’argile qui voit vivre en soi un tel trésor? Car si Dieu, Père, Fils et Esprit, demeure en moi, il y vit en moi le Père engendre le Fils en moi, l’Esprit procède du Père et du Fils; je ne vois pas seulement les séraphins chanter le trois fois saint dans le sanctuaire, je suis la terre où germe le salut, je suis l’écrin d’un big-bang d’amour, de lumière et de vie divine. Nombre de saints ont compris ainsi à quel point le Royaume est déjà au-dedans de nous, si notre cœur est donné à notre Roi. Notre sœur Catherine de Sienne en a profondément vécu. La Bienheureuse Élisabeth de la Trinité aussi, qui écrivait quelques semaines avant d’être consumée par l’Amour:

Ce n’est pas au-dehors que je dois te chercher
_ Pour adhérer à toi de substance à substance
_ Au centre de mon cœur je n’ai qu’à me cacher
_ Et me perdre à jamais en ta divine essence.
_ Ô Seigneur, je voudrais m’écouler en ton sein
_ Comme une goutte d’eau dans une mer immense.
_ Daigne détruire en moi ce qui n’est pas divin
_ Pour que mon âme, libre, en ton Être s’élance.