Homélie du Solennité du Corps et du Sang du Christ - 7 juin 2015

Nous sommes du même sang…

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Ce jour-là, Mowgli, à la demande de Baloo, indiqua à Bagheera les Maîtres mots de la Jungle, ceux qu’on prononce en entrant sur un territoire étranger : « Nous sommes du même sang, vous et moi ». Nous sommes du même sang. C’est-à-dire : Mon corps est différent mais regardez-moi comme l’un des vôtres ! Une invitation à aller au delà des apparences bien utile car, comment savoir si ce corps qui est là est celui d’un ami ou d’un ennemi ? Car des corps, il y en a des attirants et des rassurants mais aussi des inquiétants. Il faut aller à l’intérieur et invoquer le sang qui fait de nous des frères. Le sang, c’est la vie. Il ne faut pas le faire couler ! On peut en revanche le donner !

Aujourd’hui, tel Mowgli, je vous le dis : Nous sommes du même sang, vous et moi ! Cessons de nous dévorer ! Bannissons tout ce qui détruit : jalousie, envie, égoïsme, mensonge, paroles meurtrières… Nous sommes du même sang, capable du meilleur et du pire. Nous aspirons à la vie et à l’amour mais faisant le mal que nous ne voudrions pas et non le bien que nous voudrions. Nous sommes du même sang vous et moi et le monde, un sang qui crie silencieusement vers Dieu, tant il a besoin d’être sauvé et réorienté vers le bien.

Dieu a entendu ce cri et il est venu dans notre jungle. Il a pris notre nature et nous a dit : « Nous sommes du même sang, vous et moi. » Mais le maitre mot n’a pas été entendu. Jésus a été condamné à mort. Il a livré son corps et nous l’a laissé en nourriture. Il nous a donné aussi son sang. « Ceci est la coupe de mon sang, versé pour la rémission des péchés. ». Saurons-nous le recevoir ? Vivons-nous du pardon et de la miséricorde ? Demandons-nous pardon ? Osons-nous pardonner ? Sans limite ? Osons-nous nous approcher du pardon que le Seigneur ne cesse de vouloir nous donner ? Oui, j’espère ! Mais il faut aller plus loin.

Jésus ne veut pas nous purifier de l’extérieur comme on le faisait avec l’aspersion de sang. Il dit : « Prenez et buvez » ! Il veut que son sang coule dans nos veine comme par une transfusion. C’est le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, celle qui fait de moi un enfant de Dieu. Jésus me donne son sang, sa qualité de fils et je peux, en vérité, appeler Dieu Abba, papa. De communion en communion, un changement s’opère : je suis vivifié, transformé, sanctifié. Son sang vient irriguer toute ma personne, pénétrer mes sens, transformer mes habitudes, mes paroles et mes actions. Son sang oriente le mien vers le bien et le purifie en le détachant progressivement de ce qui est vicié, de ce qui n’est pas Dieu. Petit à petit, nous devenons vraiment consanguins. Avec son sang, c’est sa vie et son amour qui coulent en mes veines. Il était de mon sang. Il me donne de devenir du sien. Je suis, ô Christ, ton frère, ta sœur !

Mais attention ! Pour que cela soit, il ne faut rien retenir et au contraire tout ouvrir au Christ ! Il faut laisser son sang circuler partout en moi. Pour qu’il ramène à la vie ce qui était perdu, il faut lui offrir jusqu’à ce qui était mort. Seigneur, que ton sang irrigue mon cœur et tout mon être ! Et Jésus répond en me proposant de recevoir son sang qui me transmet sa soif de pardon, sa soif de me sauver, sa soif de faire de moi son frère, sa soif de faire en tout la volonté du Père. Et je me tourne alors vers la multitude.

Car Jésus a donné son sang pour la multitude. Il ne veut pas qu’un seul ne soit exclu de son pardon, du Salut. Son sang coule de son côté comme un appel à être recueilli et partagé ! A nous de le transmettre et de le partager après l’avoir reçu. A nous de reconnaître en tous nos contemporains des personnes qui sont du même sang, de la même humanité et appelées à la même alliance nouvelle et éternelle. Le sang du Christ coule en nous : nous devenons des présences vivantes qui ne font pas de bruit et qui accueillent chacun. Etre tous du même sang, celui du Christ et qu’ainsi il n’y ait plus aucun ferment de division. Que tout soit rassemblé dans une communion, une unité parfaite, celle de la Trinité. Frère et sœurs, le sang de Jésus coule dans nos veines, comment pourrions nous être indifférent à la soif de nos contemporains ? Comment pourrions-nous ne pas engager notre réputation pour vivre, annoncer et propager l’Évangile ?

Une dernière question : Voulez-vous vraiment que le sang du Christ coule en vous ? Si oui, rappelez-vous que nous pouvons, ici, communier chaque jour au sang du Christ. Approchez-vous de la coupe du Salut. Écoutez le Christ qui vous dit : Laisse mon sang couler dans tes veines et transmettre le salut à toute ta personne. Et alors va le donner au monde en l’aimant comme je l’ai aimé. Alors nous serons vraiment du même sang, toi et moi et vous tous entre vous, et vous tous avec moi !