Homélie du (20 août 2017)

Le Salut pour tous, mais comment?

par

fr. François Daguet

Tous les textes de cette messe, y compris le psaume, parlent des gentils, des païens, de ceux qui viennent des nations, autrement dit de ceux qui ne sont pas du peuple de l’Alliance, d’Israël. Cela doit vous paraître un peu lointain, mais justement, l’enjeu est de saisir en quoi cela nous rejoint, aujourd’hui.

La façon dont Dieu veut sauver les hommes, en leur redonnant part à sa vie, est très étonnante. Elle ne va pas de soi. Il s’est d’abord formé un peuple propre, au sein de l’humanité. C’est Israël, le peuple juif, le peuple de Dieu, le peuple de l’alliance avec Dieu. D’emblée, ce peuple a une vocation universelle, en ce sens que les peuples païens, les nations de la Bible, ont vocation à le rejoindre. C’est la parole adressée au départ à Abraham : « Par toi seront bénis tous les peuples de la terre […] ; je ferai de toi le père d’une multitude de nations » (Gn 12, 3 ; 17, 6). Dès le temps de la première alliance, des étrangers, des païens, qui ne sont pas de la descendance d’Abraham, sont agrégés au peuple de l’Alliance. C’est ce qu’évoque la première lecture tirée de la fin de la prophétie d’Isaïe : « Les étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur […] et s’attachent fermement à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 6-7).

Mais la façon dont Dieu veut faire entrer tous les peuples dans son alliance, c’est la venue du Sauveur, le Messie, Dieu fait homme, qui va sceller dans son Sang une nouvelle alliance avec les hommes, tous les hommes cette fois-ci, et pas seulement ceux qui appartiennent au peuple de la première alliance. L’Évangile de saint Mathieu que nous avons lu illustre parfaitement ce passage d’une alliance à l’autre : Jésus ouvre la voie du salut à cette femme Syro-phénicienne, autrement dit libanaise, et s’extasie devant sa foi. Avec le Christ, l’accès au Salut est désormais offert à tous les hommes.

Cependant une partie du peuple d’Israël ne reconnaît pas en Jésus le Messie qu’il attend. Et c’est là qu’il nous faut être attentifs à ce que nous révèle saint Paul au chapitre 11 de son Épître aux Romains, dont la deuxième lecture est extraite : Dieu ne revient pas sur la promesse faite à son peuple, mais il se sert de son endurcissement pour ouvrir la voie du Salut aux païens. Pour autant, tout Israël a vocation à être sauvé, à obtenir miséricorde. Les paroles de Paul sont alors étonnantes : « Si leur mise à l’écart fut une réconciliation pour le monde, que sera leur admission sinon une résurrection d’entre les morts ? » (Rm 11, 15). Paul nous dit ici que la reconnaissance du Messie par les juifs est liée à la résurrection d’entre les morts. Qu’est-ce à dire, sinon que le destin du peuple juif est mystérieusement lié à la fin des temps, celui où les morts ressusciteront ?

Elle est bien étonnante cette façon dont Dieu s’y prend pour sauver les hommes. Nous sommes dans un entre-deux, dans ce temps où une partie des juifs est encore endurcie, et où des hommes de toutes origines découvrent dans le Christ la plénitude de la vérité et de la vie. Et aujourd’hui nous savons qu’un nombre non négligeable de juifs découvrent en Jésus le Messie qui est venu (c’est pourquoi on les appelle des juifs messianiques). C’est là un signe auquel nous devons être particulièrement attentifs.

Il ne faudrait pas croire que la réalisation de ce dessein de Salut, selon cette économie si mystérieuse, nous soit comme extérieure. Elle nous concerne directement ; nous n’en sommes pas spectateurs, mais acteurs. Car aujourd’hui, où les non-chrétiens peuvent-ils rencontrer Jésus comme autrefois la femme Syro-phénicienne ? Ils rencontrent Jésus en ses membres, que nous sommes, nous qui formons l’Église, le corps du Christ. Pour rejoindre la tête, il faut passer par les membres. Dieu veut que les hommes qui ne connaissent pas le Christ puissent le rencontrer en personne. C’est pourquoi il a ce comportement un peu choquant à l’égard de cette femme : il veut la conduire à cette confession de foi qui suscite son admiration. (Les théologies qui justifient la pluralité des religions, comme si c’était le dessein de Dieu, sont dangereuses ; elles contredisent le projet de Dieu que tout homme puisse rencontrer le Christ).

Alors, voilà notre mission dans la réalisation de ce projet de Dieu sur tous les hommes. Nous devons nous efforcer de témoigner de la présence du Christ et ainsi d’attirer à lui ceux qui ne le connaissent pas encore. La lumière du Christ a vocation à resplendir dans l’Église, comme la lune reflète la lumière du soleil, selon une vieille image patristique. Si l’Église, c’est-à-dire les fidèles, brille de la lumière du Christ, alors immanquablement des Syro-phéniciens de tous horizons viendront pour s’y abreuver. Et cela vaut pour la célébration d’aujourd’hui. Nous allons célébrer l’alliance nouvelle scellée dans le Sang du Christ, répandu « pour vous et pour la multitude ». La multitude, ce sont tous ceux que le Christ veut sauver, et nous, nous lui demandons d’opérer son Salut sur une multitude d’hommes et de femmes du monde entier.

Comme elle est étonnante cette façon que Dieu a de procéder. C’est pourquoi il nous faut relire les lignes de saint Paul qui suivent la révélation qu’il nous fait de cette conduite divine : « Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles » (Rm 11, 33).

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