Homélie du Solennité de l'Épiphanie - 6 janvier 2019

Où est le roi des Juifs qui vient de naître?

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Chers frères et sœurs, à l’Orient une étoile a paru. À l’intérieur de cette étoile, les mages n’ont pas vu simplement un phénomène habituel, mais ont découvert un signe qui conduit à la vérité de Dieu manifestée aux yeux des hommes de toute la terre. Cette découverte de la vérité par les mages est l’accomplissement des promesses de Dieu qui se dit comme Sauveur universel, sauveur de tous les hommes.

Près de huit siècles avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe a su lire, dans les événements de l’histoire, les signes futurs du rassemblement de toutes les nations à Jérusalem, lieu de la manifestation de la gloire de Dieu. Notre assemblée réalise en quelque sorte cette prophétie d’Isaïe. Nous constituons ces hommes de toute provenance, venant de diverses cultures, de divers modes de pensée et de vie, et qui sont en pèlerinage. La prophétie d’Isaïe nous montre que le prophète est un homme de la cité, qui sait voir les signes dans les événements de son temps et les traduire dans un langage prophétique.

C’est ainsi que, face à un peuple marqué encore par le particularisme religieux et la singularité de son élection divine, après une relecture des événements de la déportation de l’exil à Babylone et par sa libération par Cyrus, un roi païen, le prophète se lève pour amener le peuple à comprendre que son privilège ne concerne pas seulement Israël, mais aussi tous les peuples de la terre. Le prophète, en prenant racine dans la cité, va au-delà des clôtures et des remparts de la cité terrestre pour annoncer des choses de Dieu. Le prophète voit, dans le retour à Jérusalem, une marche eschatologique vers la métropole qui ne sera plus de cette terre, mais la manifestation de Dieu fait homme.

Frères et sœurs, tandis que la terre est couverte des ténèbres spirituelles, Dieu se manifeste en son Fils comme lumière. La lumière de Dieu resplendit dans l’obscure nuit du monde. Elle est cette flamme de l’espérance qui pousse tous les hommes à chercher Dieu, et à ne chercher que Dieu, parce que Vérité unique qui comblera toutes nos attentes. C’est dans ce sens que nous sommes invités à lire le récit des mages selon l’évangéliste Matthieu.

Ce récit est une catéchèse de la vocation naturelle de l’homme, une catéchèse de l’assomption naturelle de tout homme vers la vérité ultime qu’est Dieu. En effet, la figure des mages est celle des assoiffés de la Vérité. Les mages sont des scientifiques, des savants, des astrophysiciens de haut niveau, des hommes désireux de connaître, qui cherchent passionnément la vérité, parce que leur recherche est motivée par l’amour qui les guide. L’amour qui motive leur quête fait d’eux, non seulement des scientifiques qui proposent un savoir sur le monde, mais encore des chercheurs de Dieu qui veulent à tout prix rejoindre la Vérité dernière, étape ultime de la trajectoire existentielle de l’homme.

Cette dynamique intérieure de la Vérité espérée met les mages en route vers Jérusalem. Cette dynamique montre que la Vérité ultime est un chemin et une vie à laquelle l’homme est promis, et qui ne s’atteint qu’au terme d’un voyage : un voyage d’abord intérieur, puis extérieur, qui conduit l’homme vers la Patrie, jusqu’à Dieu. Voyager, c’est se mettre en route, se mettre en mouvement, se mettre en chemin. L’itinérance qui caractérise le mouvement du voyageur est la marque d’une insatisfaction et d’une inquiétude. Le philosophe Aristote disait que nous sommes des ignorants. Mais, frères et sœurs, parmi les ignorants, il y a des ignorants insatisfaits qui poursuivent et qui cherchent à connaître la Vérité. L’homme insatisfait et inquiet, celui qui est en manque, part à la recherche de ce qui lui manque.

Ainsi, la découverte de la vérité est une reconnaissance qui conduit à l’adoration. C’est ce que font les mages. Écoutons leur question : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Chers amis, ils posent la question du lieu de la découverte de la vérité, et non celle de l’existence de la vérité. Car pour eux, le roi est déjà né. Il existe. Mais où le trouver, telle est la question. Le fait qu’ils soient passés par Jérusalem où ils ont rencontré les grands prêtres et les scribes d’Israël, n’est pas anodin. Car ceux-ci ont ouvert leurs yeux sur la voie qui mène vers le lieu de la vérité. Cette voie, frères et sœurs, ce sont les Saintes Écritures. Ainsi nous apparait très clairement l’élément important du récit des mages. Cet élément est ceci : le langage naturel de la création nous permet de parcourir un bon bout de chemin vers Dieu, mais il nous ne donne pas la lumière définitive.

La Parole de Dieu est la véritable étoile qui, dans l’incertitude des discours humains, nous offre l’immense splendeur de la vérité divine.

L’aventure des mages est une véritable démarche de foi — la démarche de foi, frères et sœurs, de celui qui met la main à la charrue et qui ne doit pas regarder en arrière. C’est-à-dire une démarche de conversion, une démarche qui impose le changement de chemin. C’est pourquoi les mages regagnent leur pays par un autre chemin, celui qu’ils ont découvert en Dieu.

Oui, chers frères sœurs, ce récit des mages est une véritable leçon de vie. Il nous apprend que toute recherche humaine, scientifique ou philosophique, doit s’accomplir dans la Révélation de Dieu contenue dans les Saintes Écritures.

Ce récit nous apprend aussi à voir la manifestation de Dieu qui se cache dans l’homme, dans chaque homme ; dans ce petit enfant, dans cette personne malade, dans ces laissés pour compte : signe de la fragilité, signe de la dépendance, signes des humbles. Car chers amis, chaque être humain est, dans un certain sens, épiphanie de Dieu, manifestation de Dieu, parce que créé à son image et à sa ressemblance. Nous devons apprendre à découvrir le visage de Dieu dans le visage de nos frères et sœurs, quelles que soient leurs faiblesses ou leurs petitesses. Le Christ est semblable à tous et il s’identifie à chacun de nous.

Cet Être-vérité, la vérité du frère souffrant, affamé, abandonné, fragilisé, rejeté, c’est cet Être en Jésus-Christ qui se dévoile à la surface d’un monde que nous sommes appelés à adorer dans l’humilité — humilité qui se fait don et offrande de soi pour la vie des autres. Ainsi, frères et sœurs, après l’épiphanie rituelle célébrée dans la liturgie eucharistique aujourd’hui, c’est à l’épiphanie sociale, existentielle, célébrée dans la liturgie sociale, que le Seigneur nous appelle. Oui, le chrétien doit être un homme qui est touché par les situations des hommes. Autrement dit, le chrétien doit être un homme pour les hommes.

Mais pour l’être, il faut avant tout être un homme conquis par Dieu. Car la foi n’est pas autre chose que le fait d’être intérieurement touché par Dieu.

Oui, chers frères et sœurs, on n’est pas chrétien simplement parce qu’on porte le titre de chrétien, ou bien parce que l’on fréquente l’église. On est chrétien parce que notre inquiétude participe de l’inquiétude de Dieu pour les hommes, pour l’humanité. Que Dieu manifesté dans notre monde habite en nos cœurs et nous pousse au cours de cette nouvelle année à le chercher à l’intérieur du monde en quête de la vérité, de la justice, de la paix !