Homélie du 19e Dimanche du T.O. - 12 août 2018

Pain pour la vie éternelle

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

Pendant ces semaines d’été et de chaleur, placées pour beaucoup sous le signe des vacances et du repos, on pourrait attendre de la liturgie dominicale qu’elle nous accompagne sur ces routes estivales. Au contraire, nous voici plongés dans l’écoute du discours de Jésus après la multiplication des pains. Voici un discours théologique de haut vol et de haute densité, à tel point que la liturgie nous le propose en quatre dimanche consécutif. C’est même une discussion serrée avec des auditeurs peu convaincus et des contradicteurs obstinés. Cela nous invite à faire comme une retraite pour approfondir ce mystère de Jésus. Par cette parole, Jésus nous révèle le moyen que Dieu a choisi pour nous donner la grâce : Jésus lui-même, le pain de vie. Il se présente comme le pain venu du ciel, et aujourd’hui plus précisément comme le pain venu du ciel pour que nous ayons la vie éternelle.

La vie humaine a besoin d’être approvisionnée de l’extérieur. La vie matérielle en premier lieu. Il nous faut recevoir nourriture et boisson pour pouvoir vivre, grandir et nous fortifier. Nous recevons d’autrui les aliments qui une fois assimilés nous donnent de nous développer et d’agir. Il en est de même pour la vie de l’esprit. Sans apport extérieur, aucune chance de développement – c’est l’apprentissage d’une langue, d’un ensemble de connaissance et d’une culture. Notre esprit a besoin de recevoir comme une « nourriture », adaptée à sa croissance. C’est toute l’œuvre de l’éducation initiale que de nous donner les moyens de développer des capacités de compréhension du monde, afin de nous y mouvoir en sujets libres. Sans nourriture matérielle et sans nourriture intellectuelle, pas de vraie vie humaine capable de se développer.

Pour la vie spirituelle, il en va un peu de même. C’est le témoignage du prophète Élie qui ne peut continuer sa route sans l’aide du Ciel et du pain qui miraculeusement lui est donné. La vie éternelle que Jésus nous propose aujourd’hui n’est pas le fruit de notre imagination ; elle n’est pas acquise au prix du seul effort de la volonté. Elle est un don : vie avec Dieu, vie aux dimensions de l’éternité, vie aux dimensions de Dieu. Elle ne peut venir que de Dieu lui-même, qui nous fait participant de sa vie. Aussi, Dieu choisit-il des moyens pour nous communiquer sa grâce : et c’est ce dont Jésus parle aujourd’hui. Jésus qui participe de la vie du Père, est venu nous la proposer. Elle est adaptée aux dimensions de Dieu, mais aussi proportionnée à notre nature humaine. C’est pourquoi elle agit envers nous de manière progressive et nous accompagne toute notre vie. La vie avec Dieu commence ici-bas et s’accomplit en Dieu dans sa demeure d’éternité. En ce monde, la vie éternelle, vie de la grâce, en nous a besoin d’être constamment fortifiée et alimentée. Pour signifier et réaliser ce don de la grâce, Jésus a choisi de se donner comme pain pour nous. Il se donne en une première manière comme celui qui nourrit notre âme par son enseignement. C’est une grâce de l’écouter, et plus encore de l’entendre pour le mettre en pratique. Il nous enseigne et nous nourrit d’une certaine manière. Plus encore, il nous sauve en se donnant et en se livrant pour nous. Pendant sa Passion et sur la Croix, il se livre et s’offre pour nous. En ressuscitant, il manifeste sa victoire sur la mort. Pour nous rendre participant de ce mouvement ascendant vers Dieu, il nous intègre à lui par le baptême. Mais, il nous assimile aussi à lui en se donnant spirituellement dans l’Eucharistie. C’est son corps livré et ressuscité qui se fait pour nous nourriture de vie éternelle. Nous sommes fortifiés dans notre chemin et rendu capable d’entrer dans le monde de Dieu, dans la vie éternelle. « Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. »

Ce don du Corps et du Sang du Christ, Jésus l’explique aujourd’hui devant une assemblée de disciples et d’auditeurs moins bien disposés, pour leur permettre de bien comprendre qui il est et ce qu’il va faire notamment au moment de sa Passion. Ce discours est complexe à comprendre pour les contemporains de Jésus. Il suscite dès aujourd’hui « murmurations » et objections. Bientôt de nombreux disciples voudront s’éloigner. Aujourd’hui encore ce discours, comme le sacrement de l’Eucharistie, peut être critiqué ou même moqué. Il n’en reste pas moins que pour ceux qui croient, ceux qui ont reçu le don de la foi, il est manifestation de l’identité de Jésus. Il est aussi manifestation de son amour pour nous : il se livre pour nous, et, comme sur la Croix, aujourd’hui il se donne en tant que pain de vie. Pour éviter « les murmurations » nous avons bien besoin de méditer sur l’Évangile du Pain de vie. Nous avons aussi, à chaque Eucharistie du dimanche ou de semaine, cette opportunité de nous approcher du pain de vie qui nous attire, nous nourrit et nous fait grandir dans la vie de la grâce et de la vie pour Dieu.

Amen !