Homélie du 4e Dimanche de l'Avent - 22 décembre 2019

Plus que trois jours !

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Plus que trois jours ! Noël est proche !
Avez-vous déjà fait cette expérience ? Quand on attend un évènement, les derniers instants sont les plus difficiles. On peut avoir fait plus de 800 km en voiture ou avoir marché toute une journée vers un sommet : les derniers kilomètres sont toujours les plus pénibles ! On sent que l’on touche au but mais nous n’y sommes pas encore.
En cette fin d’Avent, à trois jours de la fête, les préparatifs sont largement bien avancés et le menu est ficelé. On a quasiment le goût du chocolat chaud et des bons petits plats en bouche. Certains frôlent même déjà le péché de gourmandise !

Pourtant, nous sommes bel et bien dans l’Avent, même à trois jours de Noël ! Le temps de l’attente n’est pas fini et il convient pour cela d’éviter deux écueils qui menacent notre attente de Noël :
• Le premier écueil est de méconnaître celui que l’on attend. Si on attend quelqu’un à la gare sans un minimum de description et un moyen sûr de se reconnaître mutuellement, on peut passer à côté de ladite personne. Ou pire encore, on s’était fait tellement de films sur son identité, que l’on s’est rendu incapable de la reconnaître !
• Le deuxième écueil est d’attendre avec une mauvaise disposition, une mauvaise intention. Cette fois, on sait qui on attend, mais on ne le fait pas pour les bonnes raisons, le désir est plus passionnel que raisonnable. « Je suis content d’aller chercher mamie à la gare, mais davantage pour le cadeau que pour mamie elle-même. » Toujours dans cette même ligne, on peut aussi illustrer ce deuxième écueil par l’attente capricieuse d’un enfant ! Les parents voient de quoi je parle ! La joie du jouet si désiré, si ardemment demandé, qui retombe immédiatement comme un soufflet une fois l’objet obtenu.
Ce sont donc deux grands écueils de l’attente dont les textes de la liturgie de ce jour veulent nous prémunir. Si la semaine dernière, nous étions avec saint Jean-Baptiste, aujourd’hui saint Joseph nous est présenté comme modèle de l’attente messianique. Essayons de caractériser son attente grâce aux paroles de l’ange qui lui sont adressées !

Joseph est un homme « juste », c’est-à-dire qu’il vit selon les commandements de Dieu et qu’il discerne dans la proximité de la Parole de Dieu. En interpellant Joseph par l’expression « Fils de David », l’ange manifeste aussi que Joseph est l’héritier d’une longue attente du Messie. Cette attente n’est pas synonyme de vide mais au contraire de la certitude de la présence de Dieu qui accompagne et se révèle à son peuple tout au long des siècles. Les nombreuses préfigurations de l’Ancien Testament, comme le roi David et le roi Salomon, attendent leur réalisation parfaite dans le Christ. Saint Joseph, conscient de la richesse de l’histoire sainte, nous invite nous aussi à nous replonger dans l’Écriture où Dieu révèle progressivement son dessein pour que notre attente soit contemplative.

Cependant, la contemplation ne signifie pas inaction. « N’aie pas peur de prendre chez toi Marie. » Nous sommes appelés à collaborer et préparer la venue de cet enfant. Joseph, conscient de l’enjeu, se laisse bousculer par la volonté de Dieu et y adhère. Il reçoit chez lui Marie avec promptitude et nous invite à faire de même. Recevoir Marie, c’est recevoir son Fils. Recevoir Marie, c’est faire Église. Recevoir Marie, c’est aussi ouvrir notre cœur à la présence de Dieu en tout homme. Notre attente se fait active et confiante : comme Marie, Dieu nous rend participant de son œuvre.
« L’Enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. » Joseph ne peut que garder le silence en accueillant dans la foi cette conception unique : un enfant, pleinement Dieu par la puissance du Saint-Esprit et pleinement homme, de la descendance de David. Mais ce mystère est intimement lié à celui de la virginité de la mère. Comment ne pas reprendre l’exclamation de saint Augustin : « Si Dieu devait naître, il ne pouvait naître que d’une Vierge ; si une Vierge devait enfanter, elle ne pouvait enfanter qu’un Dieu. » Face à ce double mystère qui nous dépasse, notre attente se fait également silencieuse et humble. Annoncée par le prophète Isaïe, la Vierge-Mère est le signe que rien n’est impossible à Dieu. Par cette virginité, c’est donc l’initiative absolue et gratuite de Dieu que nous pouvons contempler.

« Tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : “le Seigneur-Sauve”). » « On lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : “Dieu-avec-nous”. » Tous les parents savent que la recherche d’un prénom est difficile. Dieu aurait-il eu une hésitation entre deux prénoms ! Au contraire, les différents titres et noms donnés dans l’Écriture à cet unique enfant expriment les multiples facettes de ce grand mystère de l’Incarnation et du dessein salvifique. Ils se complètent ! Le chœur de notre église donne certains de ces titres.

L’Emmanuel : les titres de l’Ancien Testament culminent avec celui de l’Emmanuel qui nous tourne résolument vers une attente pleine de foi et une foi qui nous engage. Jésus à vrai dire ne porte pas le nom d’Emmanuel, il est l’Emmanuel, il est lui-même depuis sa conception la présence permanente de Dieu parmi les hommes (cf. Joseph Ratzinger, L’enfance de Jésus, Paris, Flammarion, p. 73).

Le nom de Jésus est précisé par l’ange : « C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » À Noël, nous ne célébrerons pas un anniversaire. Le nom de Jésus prophétise déjà la Pâques où nous serons lavés de nos péchés dans le sang de l’Agneau. L’incarnation du Fils bien-aimé annonce que nous serons conduits par sa Passion et par sa Croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Notre attente, à Noël, nous tourne résolument dans l’espérance de la résurrection et du retour du Christ.

À présent, nous ne pouvons pas garder pour nous la beauté d’un si grand mystère : la charité et la joie nous pressent comme Marie qui courut voir Élisabeth. Reprenons à notre compte l’invitation de saint Paul dans la deuxième lecture : « Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes. »

Plus que trois jours ! Tout un programme ! Courage, Noël est proche !

Frères et sœurs, avec Marie et Joseph :
• donnons à cette attente sa pleine dimension théologale,
• mettons-nous au service du dessein de Dieu,
• et disons d’un seul cœur « Ô Emmanuel ! Viens nous sauver, viens Seigneur Jésus ! »

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