Homélie du Ascension - 9 mai 2010

Pourquoi regardez-vous le ciel ?

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Les anges parlent peu dans la bible et c’est pourquoi il faut être attentif à ce qu’ils disent. Aujourd’hui ils posent une question capitale: Pourquoi regardez-vous le ciel? Oui, frères et sœurs, pourquoi regardons-nous le ciel?

Déjà parce que le Christ, venu du Ciel, y est retourné. La tentation, après l’Ascension du Seigneur aurait été de croire que chacun repartait chez lui, à ses tentes comme on disait dans l’Ancien Testament. C’est ainsi qu’après la résurrection Marie-Madeleine et les disciples d’Emmaüs avaient essayé de retenir Jésus qui leur avait dit qu’il devait retourner vers le Père. Cela s’était su et les disciples étaient repartis pécher. A travers ses apparitions, Jésus voulait faire saisir aux siens que sa montée au Ciel serait l’élément qui orienterait leur vie: je monte vers le Père pour vous préparer une place? Il monte au ciel pour me révéler que je suis fait pour être élevé à la dignité de fils de Dieu et voir Dieu face à face. Alors, je regarde le Ciel parce que c’est là qu’est ma véritable patrie et que c’est là que ce trouve le point d’unification de ma vie: cherchez le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît. Le Ciel voilà mon espérance, ma vocation ultime, là où se trouve la vraie vie, la vie de Dieu. Émerveillé par cette destinée, je ne veux pas la rater, j’y trouve même des raisons pour changer de vie ici bas! Regardant le ciel, je découvre que cette vocation est celle de chaque personne autour de moi. Je vais donc poser un regard différent sur ceux qui m’entourent, cherchant en chacun ce qui le fait grandir, ce qui l’élève et le conduit vers le mystère de Dieu. Un chrétien regarde le Ciel parce que cela lui permet de discerner en chacun le désir de Dieu, le désir du vrai et du bon. Le désir d’une vie pleine. Le désir de se relever après une chute.

Un chrétien regarde le ciel car il sait que c’est lorsqu’il ne regarde que la terre qu’il enferme l’autre dans son péché, dans ses erreurs. Tourner son regard vers la terre, c’est ne plus croire en la capacité de l’autre à aller vers Dieu. C’est le voir uniquement dans ses défauts. Le regard terrestre, dans une famille, c’est lorsque le mari trouve que sa femme est imparfaite, ou que la femme reproche sans cesse à son mari de ne pas la comprendre, que les parents ne voient que les déficiences de leurs enfants ou que les enfants veulent d’autres parents au point qu’il leur arrive de penser qu’ils ont été adoptés. Le regard terrestre dans l’Église, c’est de toujours pointer la déficience, le péché de l’autre sans l’aider à se relever, sans lui donner la miséricorde dont il a besoin. C’est encore d’attendre des autres la sainteté et la perfection mais en s’en dispensant soi-même. Le regard terrestre, c’est celui de la paille de l’œil du voisin que l’on se propose d’enlever sans jamais avoir pris le temps de s’intéresser à ses blessures, ses combats, sa personne tout simplement. Le regard terrestre est celui qui enferme dans une catégorie ceux que je rencontre. Mais alors, je commence à me replier sur moi-même, à devenir critique, amer, déçu. C’est pour cela que je regarde le Ciel en lisant la Parole de Dieu où tout prend sa place en Dieu: je vois l’homme nouveau sauvé par Dieu en chacun, je veux pour lui ce qu’il y a de plus grand, de plus beau. Alors, regarder le Ciel, devient action de grâce, offrande vers Dieu de tout ce que l’homme est, ce qu’il porte de plus profond, pour que Dieu le mène à son accomplissement. Mais c’est au dessus de mes forces!

Alors je regarde le Ciel en priant. Parce que c’est de là qu’est toujours venu le secours: la manne, les paroles divine jusqu’au Fils de Dieu qui a promis à ses disciples: je vous enverrai une force d’en-haut! Cette force, c’est l’Esprit Saint, l’Amour qui unit le Père au Fils. Cet Esprit d’Amour ne veut faire qu’un avec nous à tel point que l’on puisse dire comme saint Paul: ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. En moi la terre et le ciel se rejoignent parce que, sous le souffle de l’Esprit Saint, je ne sais plus très bien si c’est moi qui aime ou si c’est Dieu qui aime en moi. Vivant sous le souffle de l’Esprit Saint, je deviens ce que je suis: un vrai fils de Dieu. Alors frères et sœurs, oui nous regardons le Ciel pour supplier que nous soit donné cet Esprit divinisateur qui fait de nous les témoins du Christ, la présence aimante de Dieu dans le monde. Et c’est cela que nous allons célébrer maintenant dans l’eucharistie, lorsque dans la puissance de l’Esprit, le pain de la terre va devenir le pain descendu du ciel pour que notre union avec Jésus soit la plus forte, la plus intense, la plus intime possible. Pour que nous la communiquions au monde.

Oui un chrétien regarde le Ciel parce qu’il y découvre sa vocation et le don de l’Esprit Saint qui l’envoie en mission sur la terre.

Mais au fait, nous, est-ce que nous regardons le Ciel?