Homélie du 31 janvier 2010 - 4e DO

Prédication inaugurale de Jésus à Nazareth

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Après son baptême et sa retraite au désert, Jésus est venu en Galilée. Son enseignement dans les synagogues et les miracles qu’il accomplit lui ont valu un grand succès, à Capharnaüm. Dimanche dernier nous l’avons vu revenir dans son village de Nazareth «où il a été élevé» et, «selon sa coutume», aller à la synagogue, faire la lecture d’un passage d’Isaïe et le commenter d’un mot que reprend l’évangile d’aujourd’hui: «Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez.» Peut-on imaginer homélie plus brève et percutante que cette petite phrase qui ouvre l’évangile d’aujourd’hui!

À la différence de Matthieu et Marc, Luc a voulu placer cet épisode au tout début de la mission de Jésus, car il en donne le sens et en quelque sorte le récapitule: Jésus suscite d’abord l’admiration enthousiaste de ses auditeurs, puis, par ses provocations, leur opposition hostile et meurtrière, enfin il leur échappe: «Mais lui, passant (cf. la Pâque) au milieu d’eux, allait son chemin.» Nous retrouvons ce même schéma tout au long des Évangiles, jusqu’à la fin: le triomphe des Rameaux, l’arrestation et la passion, et le «Passage» de la Pâque. C’est le destin des prophètes («Jérusalem, toi qui tues les prophètes» (Lc 13,34) que nous rappelle la première lecture avec l’exemple de Jérémie: «Ils te combattront, mais ne pourront rien contre toi, car le suis avec toi pour te délivrer.» Et Jésus est plus qu’un prophète, il est le Fils, le Verbe de Dieu fait homme, qui est «venu chez les siens, mais les siens ne l’ont pas reçu» (Jn 1,11).

«Les siens»: c’est l’humanité tout entière, ce sont ceux que Jean appelle «les Juifs», et ce sont d’abord ses proches, ceux de son village qui l’ont vu grandir et travailler, et l’appellent le fils de Joseph (Lc) dont nous connaissons le père et la mère (Jn), le fils du charpentier, charpentier lui-même, le fils de Marie, dont cite la famille (Mc et Mt). Ces voisins, ses camarades, ses «copains» comme on dit, «s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche.» Ils voudraient bien le garder pour eux et être les premiers sinon les seuls bénéficiaires des miracles de leur prophète thaumaturge. Ces habitants de ce village de Nazareth qui n’avait pas bonne réputation avaient enfin leur héros et pensaient bien être les premiers bénéficiaires de ses charismes. Et Jésus, traduisant ainsi leurs pensées, leur impose avec les exemples d’Élie et d’Élisée une telle frustration qu’elle les rend «furieux» au point qu’ils tentent de le jeter à terre sans doute pour le lapider.

Que ce soit pour nous une invitation à relire les évangiles à la lumière de cet événement qui éclaire jusqu’au bout la mission de Jésus.

Mais je crois que nous pouvons retenir de cet épisode fondateur deux enseignements importants pour notre vie quotidienne.

Tout d’abord: Jésus, ni sa personne ni son message ni sa grâce, ne nous appartient pas. Ni à nous personnellement, ni à nos communautés chrétiennes, ni même à l’Église. Il est le Sauveur de tous les hommes. C’est à Lui que nous appartenons pour témoigner de l’universalité de son salut qui s’adresse d’abord à ceux qui sont loin, les brebis perdues et égarées, les pauvres et les affligés auxquels doit aller en premier lieu notre sollicitude.

Seconde leçon de cet épisode évangélique: on croit connaître les gens parce qu’on les a longtemps ou «depuis toujours» côtoyés, comme les habitants de Nazareth pour Jésus. «Je le connais comme ma poche», «comme si je l’avais fait», et autres expressions courantes?

Aussi proches soient-ils – mon mari, ma femme, mes enfants, mes frères et sœurs, mes amis, etc. – demeurent toujours le mystère de chacun et les surprises insoupçonnées qu’il nous réserve, et surtout ce qu’il est, au plus profond de son être, un enfant chéri de Dieu.

Pour être ouvert au message du Christ et l’accueillir, aussi déroutant, déconcertant et provoquant qu’il soit, et pour essayer d’en vivre avec la grâce de Dieu, une seule voie, dans nos relations avec le Christ et avec «les autres» lointains ou proches: laisser toujours nos cœurs ouverts à cet amour que Dieu répand par son Esprit, amour sans réserve ni préjugé ni limite, à l’égard de tous et de chacun, C’est sans doute pourquoi la liturgie nous a fait relire le texte à l’inépuisable richesse de l’hymne à l’amour (1 Cor 13).

Que cette eucharistie, célébration de l’amour infini de Dieu manifesté dans son Fils jusqu’au sacrifice de la Croix et la victoire de la Résurrection, ranime en nous la foi, l’espérance et la charité.

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