Homélie du (4 septembre 2005)

Préoccupés de nos frères, à deux ou trois, Jésus est au milieu de nous

par

fr. Bernard Autran

Proclamé Messie par Pierre, Jésus fait aussitôt comprendre de quelle manière Il vient l’être: Il annonce son intention de monter à Jérusalem où Il devrait beaucoup souffrir, mourir, puis ressusciter. Huit jours plus tard, Sa Transfiguration manifesterait quel Prix immense représentait son choix! Luc a ensuite composé son Évangile comme une longue marche vers Sa Passion. Matthieu a groupé à ce moment un certain nombre d’enseignements, aujourd’hui celui qui concerne la correction fraternelle.

La première lecture nous a présenté comme un guetteur le Prophète envoyé pour parler au nom de Dieu. En nos temps de sécheresse et de terrorisme, celui qui guette est particulièrement d’actualité. On compte sur ceux qui perchés sur les tours de guet, détectent la moindre fumée suspecte pour éviter les catastrophes des feux de forêts. Et, si c’est avant tout aux forces de police de traquer les auteurs d’attentats, aujourd’hui, tous les citoyens sont invités à la vigilance. Mais n’est-ce pas ce à quoi nous appelle Le Seigneur en ce qui concerne chacun de nos frères, surtout les plus proches? C’est la responsabilité de ceux qui sont chargés de quelque autorité, mais aussi chacun de nous est concerné vis-à-vis de qui est mis sur notre chemin!

Depuis bien des dimanches nous avons entendu Saint Paul nous partager sa conviction que, de lui-même, l’homme pécheur que nous sommes n’est capable d’aucun bien véritable. On n’est sauvé que par la Foi en Jésus Christ crucifié et ressuscité. Mais en cette avant dernière séquence, il nous rappelle le Fruit qui est aussi le test de cette transfiguration par Le Christ, notre ouverture à un amour de nos frères qui soit un reflet du Sien. Les diverses prescriptions ou interdictions de la Loi de Dieu se résument en cette seule réalité, aimer son prochain comme soi-même. Quand on commence à le faire c’est le signe que l’essentiel est en train de s’accomplir: le plus précieux, l’Image de Dieu imprimée en nous se transforme en Ressemblance en nous configurant au Christ. Il commence alors à nous partager la Joie de Sa Réponse à l’Amour du Père.

Il nous invite en bien des manières à communier au souci brûlant qu’Il a sans cesse de chacun de nous. C’est d’abord le domaine des multiples services que nous avons à nous rendre dans le cadre de nos relations quotidiennes dans notre vie de famille, de communauté. Nous admirons ceux qui, dans le monde médical comme d’autres se dévouent professionnellement à soulager, à soigner, à éduquer. Beaucoup concrétisent ce service du prochain en d’infiniment précieux engagements bénévoles. Mais aujourd’hui l’évangile attire notre attention sur un autre genre de service. Au-delà du soulagement de misères physiques, combien il est précieux tenter de sauver qui s’égare, s’enfonce dans une faute contre Le Seigneur et ses frères.

Si la législation civile exige que tous ceux qui le peuvent portent assistance à quiconque est en danger, Le Seigneur nous rappelle que le danger moral est encore plus grand. Si un frère y est manifestement exposé, personne ne peut s’excuser de ne pas intervenir à la manière de Caïn en disant: « Suis-je le gardien de mon frère? » Pourtant, d’abord prendre le frère à part, puis, si l’on n’a pas réussi à le persuader, engager deux ou trois témoins, enfin amener l’affaire devant la communauté, cette procédure indiquée par l’évangile, nous ne voyons guère mettre en pratique. Alors, comment sinon littéralement, du moins répondre réellement à cet appel?

C’est infiniment délicat! Dieu seul juge ce qu’il y a au fond des cœurs. Et il me faut d’abord enlever la poutre qui est dans mon œil avant de toucher à la paille qui est dans celui de mon prochain! Si, au civil, pour le maintien de l’ordre, il est nécessaire de prononcer des jugements, ils ne peuvent pas aller au fond des choses. Nous ne pouvons pas le juger, mais si notre frère nous paraît s’engager sur un mauvais chemin, il nous faut intervenir auprès de lui avec infiniment d’humilité. Sont concernés au premier degré ceux qui ont autorité, mais simples frères, nous ne pouvons pas nous désintéresser de ceux que Le Seigneur a mis sur notre chemin. Pourtant il nous faut y mettre beaucoup de tact: une parole malencontreuse peut faire plus de mal que de bien! Et surtout, comptons sur l’Esprit plus que sur notre habileté! Avant de parler, l’important est de nous confier à Lui dans la Prière, si possible en nous reliant à ses frères de l’Église: en nous entendant avec eux, nous savons que, de Notre Père qui est aux cieux, nous obtiendrons la sagesse et la force nécessaires.

Si notre frère refuse d’écouter en chose grave, on nous dit de le considérer comme un païen ou un publicain! Ce n’est pas le traiter en ennemi, mais constater que certains comportements, certaines dénégations de la Foi ne permettent plus de considérer qu’il communie à l’Église. Pourtant, comme Le Seigneur, navrés de sa conduite, gardons-le dans notre amour. Sans le juger ni le condamner, sachons très humblement le porter plus ardemment dans notre prière. N’est-ce pas ainsi vivre dans la vérité, l’amour qui nous fait refléter celui du Christ présent en nous? Soyons-en sûrs Il en fera porter un Fruit précieux qui rejaillira sur lui, notre frère!

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