Homélie du (17 mai 2015)

Présence du Vivant

par

fr. Jean-Michel Maldamé

Elle reste énigmatique la parole de Jésus ressuscité à Marie-Madeleine au matin de Pâques : « Ne me retiens pas ; je ne suis pas encore monté vers Celui qui est mon père et votre père » (Jn 20,17). Cette parole se comprend bien quand on la relie à la grande prière que Jésus adresse à son Père après la Cène (Jn 17,1-20). Jésus prie pour lui ; il prie ensuite pour les disciples qui l’entourent et enfin, il prie pour ceux qui aux cours des âges recevront la parole de vie. Jésus prend la tête de l’humanité qu’il conduit à la gloire ; ainsi sa mission est inachevée, parce que sa montée vers le Père est coextensive à toute l’histoire humaine; Marie-Madeleine est invitée à aller de l’avant. La parole « ne me retiens pas » nous concerne, puisque nous sommes appelés à avoir pour père le Père de Jésus et à devenir enfant de Dieu.

Jésus s’en est allé. Il est juste de parler de départ, puisque Jésus n’est plus là sensiblement ni tangiblement. Mais si Jésus s’en va, il ne laisse pas derrière lui du vide. Il donne le meilleur de lui-même. Il donne part à son Esprit. Il communique le plus intime de son être. Il donne part à l’infini de Dieu, son Esprit, la force et la présence de l’amour éternel. Ce don est lié à un autre don, plus sensible et plus tangible : le pain de la vie, la coupe du Royaume de Dieu. Ainsi si l’on peut dire que Jésus s’en est allé, on ne peut pas dire qu’il ait abandonné les siens, puisque dans le sacrement de l’eucharistie, à la messe, nous participons à la vie du Ressuscité et avons part à son Esprit. Cela nous tourne vers l’avant. Si nous avons la chance de célébrer l’eucharistie dans la joie, dans la ferveur et dans la beauté de notre liturgie, il faut reconnaître que ce n’est pas facile à vivre, car cela ne s’accorde pas facilement avec notre désir d’immédiateté sensible. Nous sommes encore marqués par l’héritage des dévotions développées à la fin du Moyen Âge; après les terribles hécatombes de la Peste Noire, les famines et les guerres incessantes, il y a eu un étrange goût pour la mort : danses macabres, processions de flagellants et multiplication reliques censées porter trace du sang du Christ en sa passion. Le plus élémentaire de la foi en la résurrection implique qu’il n’y a pas de relique de Jésus, tout entier, corps et âme, entré dans la gloire – ce pourquoi, au matin de Pâques, les anges dirent aux femmes : «Ne cherchez pas le Vivant parmi les morts» (Lc 24,5).

La foi des apôtres repose sur la parole qui leur est adressée. C’est à la parole de Jésus que Marie-Madeleine se retourne et reconnaît Jésus ressuscité (Jn 20,14-16) ; c’est en écoutant Jésus leur commenter les Écritures que les disciples d’Emmaüs ont le cœur brûlant (Lc 24,32) avant de le reconnaître à « la fraction du pain » ; c’est en entendant la voix de Jésus qui les appelle du rivage que les disciples dans la barque reconnaissent leur maître revenu à la vie (Jn 21,5-7) celui qui les invite à sa table. Ce qui a été vécu par les disciples trace notre route. Enfin, à Pierre, comme à nous, comme à moi, comme à vous, comme à tous les chrétiens de par le monde, le Ressuscité pose la question : « M’aimes-tu ? » (Jn 21,15-17).

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