Homélie du 21 juin 2020 - 12e Dimanche du T.O.

Proclamer sa foi

par

fr. Tierno Romaric Mandaba

Aujourd’hui, Jésus nous mène au cœur de la condition du disciple dans sa charge de prêcher la Vérité. Cette condition missionnaire est paradoxale. En effet, l’annonce de la Bonne Nouvelle crée parfois des inimitiés, des calomnies, voire des oppositions, mais au sein de ces tourments, grandissent la confiance du disciple dans le Seigneur et son ardeur à le servir. Les confessions de Jérémie, dans la première lecture, illustrent bien cette condition. Le prophète fait entendre ses cris de douleur endurés à cause de ses détracteurs après le discours au Temple qui prévenait le peuple sur la terreur prévue pour Juda. On le soupçonna alors de traîtrise. De son côté, Jérémie ne peut supporter une telle épreuve, ayant même l’impression d’avoir été trompé par le Seigneur !

Mais pourquoi ce désespoir, cette révolte chez un être si croyant ? La tristesse de Jérémie montre que le prophète n’est pas un « ange de Dieu », c’est un homme de la cité qui sait voir des signes, dans les événements de son temps et les traduire en langage prophétique. Du coup, sa prédication s’avère impopulaire. Mais face à cette impopularité, aux hostilités qu’attire son message, le prophète ne se décourage pas. Il met sa confiance dans le Seigneur. C’est dans cette ligne que Jésus invite ses disciples à ne pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps, mais « craignez plutôt celui qui peut perdre l’âme et le corps dans la géhenne ».

Le disciple du Christ doit différencier la crainte des hommes et la crainte de Dieu. La première est limitée dans le temps et l’espace. Elle ne peut atteindre que la vie terrestre. Les hommes peuvent s’attaquer à la vie du corps et même l’étouffer, la détruire ; mais aucune puissance humaine ne saurait détruire l’espérance de la vie éternelle semée par le Christ. Cette vie éternelle échappe à toute attaque humaine, car elle est gardée et protégée par la « crainte de Dieu ». Si donc la crainte des hommes suscite une angoisse chez le missionnaire, la crainte de Dieu le libère de tout mal, de tout danger. Parce que cette crainte de Dieu est fondée sur la confiance, la totale dépendance du disciple envers son Seigneur.

Oui, « ne craignez pas ceux qui tuent le corps », car eux-mêmes mourront, mais pas notre foi. Si à cause de notre foi chrétienne nous perdons tout du côté des hommes, nous retrouverons tout du côté de Dieu. Cette parole d’espérance doit toujours guider nos actions dans la société.

La crainte de Dieu, qui découle de sa transcendance, est un don de l’Esprit. Et le don de l’Esprit ne fait pas de nous des chrétiens cachés dans l’ombre de la société, des chrétiens enfermés dans une sorte de timidité, ce que l’Église appelle des « apostats silencieux », désignant ainsi ceux qui portent la lumière du Ressuscité, et qui pourtant hésitent à proclamer leur foi.

L’Évangile est bien clair à ce propos : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; et ce que vous entendez à l’oreille, proclamez-le sur les toits. » Oui, chers frères et sœurs, s’il y a des choses dans notre vie que l’on aimerait garder cachées de peur qu’elles portent atteinte à notre bonne réputation, la foi ne doit pas en faire partie.

La foi chrétienne ne doit pas être limitée et renvoyée dans le secteur strictement privé. Elle est faite pour être proclamée. Le contraire serait une trahison de notre baptême et de notre confirmation. Certes, la Bonne Nouvelle que nous proclamons par notre témoignage de vie n’est pas toujours une parole douce, agréable aux oreilles et aux cœurs : elle est aussi une parole qui interpelle, qui bouscule, qui dénonce la violence, l’injustice et l’oppression. Et cela peut mettre notre vie en péril. Mais, Jésus nous dit « courage », « ne craignez pas ceux qui tuent le corps ».

N’ayons pas peur d’être reconnus comme chrétiens. N’ayons pas honte de notre appartenance au Christ.
Oui, la foi chrétienne ne se bâtit pas uniquement sur les moments heureux de la vie, et sur les alléluias du temps pascal, elle se bâtit sur tous les évènements de notre vie, et particulièrement ceux qui nous troublent, nous déstabilisent et nous font souffrir. C’est là le grand mystère de la Croix. Un mystère qui devient source de vie pour ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur. Puissions-nous ne jamais perdre de vue l’espérance à laquelle le Seigneur nous appelle sans cesse.