Homélie du (31 janvier 2016)

Quand le Verbe prend la parole

par

fr. Gilles-Marie Marty

D’un côté Jésus. Il sait qui il est : le Verbe de Dieu, l’expression parfaite de Dieu.
De l’autre côté, des braves gens connaissant leur religion, la Loi et les prophètes. Bons juifs, espérant ardemment le Messie, promis dans l’Écriture, par ex. cette prophétie d’Isaïe : L’Esprit du Seigneur m’a consacré par l’onction, Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux aveugles qu’ils verront la lumière,… Prophétie que tous connaissaient, car elle annonçait le Messie d’Israël.

D’un côté Jésus, qui sait être le Verbe mais ne peut pas le leur dire : ils seraient évidemment incapables de comprendre. De l’autre côté, ces gens qui ont déjà des idées bien arrêtées sur Dieu, et sur son Messie.
Comment faire pour annoncer une vérité nouvelle à des gens pas prêts à l’accueillir ?
Quel défi pour Jésus ! Certes, pas besoin de leur dire maintenant toute la vérité mais il doit annoncer tout ce que Dieu l’envoie dire, proclamer la parole dont ils ont besoin aujourd’hui. Il leur dit donc deux choses.

Aujourd’hui s’accomplit cette parole de l’Écriture. Cela signifie : Je suis l’Envoyé de Dieu, venu accomplir ses œuvres. Il ne s’attribue pas le titre (Messie) mais le laisse deviner.
Jusque là, les Juifs lui rendaient hommage, à cause de sa sagesse et de sa réputation. Mais avec cette dernière parole, ils commencent à s’étonner de son message, voire à douter. Alors Jésus dit la 2e chose : Nul n’est prophète en son pays. Et il cite deux exemples fameux : Elie et la veuve libanaise, Elisée et le général syrien.

Qui parle ? Le Verbe de Dieu. Que fait-il ? Il explique la Parole de Dieu. Que se passe-t-il ? Des braves gens murmurant deviennent soudain furieux au point de vouloir le lyncher. Il a donc suffi que Jésus prenne la Parole pour que se dévoilent refus d’entendre, relations bouleversées, haine mortifère !

Le Verbe est venu ici-bas planter la communion divine, et il récolte la division déroutante.
C’est pour cela que nous sommes venus à la messe aujourd’hui, pour accepter cette réalité.

Avant d’être un message, la Parole du Messie est appel, convocation, interpellation, proposition.
Que propose-t-il ? Il propose le 1er don de Dieu, sa Miséricorde. Elle consiste en ceci : Porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, délivrer les captifs, rendre la vue aux aveugles, libérer les opprimés, annoncer les bienfaits du Seigneur.

Le Verbe divin s’est fait Messie divin pour offrir aux hommes la divine Miséricorde, et seulement pour cela. Mais les hommes sont si pleins d’eux-mêmes, si égarés et si têtus qu’il doivent d’abord être délivrés de leurs idées toutes faites et de leurs péchés.
Si la Miséricorde ne commence pas par délivrer, par purger, elle se condamne à l’impuissance.
Si la Miséricorde ne purge pas, ne purifie pas d’abord, alors, quoiqu’elle dise, elle ne pourra plus avancer.
Et on pourra bien lui garder ce beau nom, elle ne sera en fait que l’ombre d’elle-même, contrefaçon !

Voila ce qu’a fait Jésus en parlant aujourd’hui à Nazareth comme il l’a fait, en provoquant visiblement ses amis, lui qui aurait pu parler autrement, les caresser, cajoler, flatter, demander leur avis, se faire acclamer…
Mais lui les purge, jusqu’à leur faire cracher du venin. Puis il continue son chemin. Il reviendra, plus tard.
Le Verbe sait ce qu’il fait. Aujourd’hui et demain, il interpellera les gens, et si besoin expulsera les démons.

Cela éclaire puissamment la vocation de l’Église et son rapport avec les sociétés humaines.
Cela éclaire puissamment la prédication de la Parole de Dieu dans l’Église et dans le monde.
L’Église poursuit la mission du Verbe. Elle doit parler à ce monde pour l’aider à se purger.
Sans quoi le monde restera plein de lui-même, de ses idées, de ses tares, et donc étranger à la Miséricorde.

Quand l’Église suit-elle fidèlement son Maître, le Messie ? Quand ses militants sont persécutés pour avoir porté un beau témoignage, quand ses prédicateurs sont attaqués pour avoir porté la lumière de l’Évangile, et quand ses prêcheurs prennent le risque d’être lapidés. Alors oui, elle est l’Église du Verbe incarné.

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