Homélie du Baptême du Christ - 9 janvier 2011

Que fais-tu de ton baptême ?

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Frères et sœurs,

C’est fou, lorsque l’on prépare une homélie, le nombre de conseils que l’on peut recevoir. L’un d’eux, cette semaine, m’a désarçonné. Une paroissienne m’a dit en effet: «Frère, dimanche, c’est le Baptême du Christ. Il va falloir nous dépoussiérer le mythe!». Dépoussiérer le mythe? J’en suis resté perplexe.

Et en réfléchissant, une solution s’est imposée: bien sûr, une sortie des eaux, c’est forcément mythique! Et cela, depuis bien longtemps: il y a eu la naissance de Vénus, tant de fois représentée, et sa version indépassable de Botticelli. Et puis le cinéma s’y est mis: ah, la sortie d’Ursula Andress dans James Bond contre Dr. No (si c’est pas du mythique, ça!) ou bien – mesdames, je ne vous ai pas oubliées! – Alain Delon dans La Piscine.

Mais aujourd’hui, au diable les mythes. Oublions les Alain, Ursula et autres Vénus, c’est le baptême du Christ! Et là, c’est pas du mythique.
Le Christ est bel est bien descendu au Jourdain.
Il a bel et bien été baptisé par Jean.
Il est bel et bien remonté des eaux et la voix du Père s’est fait entendre.

Jésus s’est rendu au Jourdain et y retrouve Jean. Rien n’est dit des relations entre Jésus et Jean au long de ces trente premières années de leur vie. Mais ces retrouvailles sonnent comme une nouvelle Visitation. Celui qui a bondi de joie dans le sein de sa mère à la venue de son Seigneur voit ce Seigneur qui s’avance vers lui. On dirait presque une confirmation de la joie de la première rencontre. Le Juste vient accomplir ce qui est juste et l’ami de l’époux est rempli de joie. Il voit le nouveau Moïse qui va traverser les flots de la mort pour aller à la Vie!

Jésus est baptisé par Jean. Mais pour quoi faire? Un des textes de la liturgie nous en a livré la clef cette semaine, dans une homélie de saint Maxime de Turin pour l’Épiphanie. En voici un extrait: «Lui qui est Saint, pourquoi a-t-il voulu être baptisé? (…) Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l’eau, mais pour sanctifier lui-même l’eau et pour purifier lui-même les flots qu’il touche. (…) La source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance.» Jésus montre le chemin pour tous les chrétiens. On ne laisse pas le choix à un petit enfant. D’ailleurs, entre quoi et quoi va-t-il finalement choisir? On lui donne le meilleur, en suivant le Christ!

Jésus sort de l’eau, l’Esprit descend et le Père se fait entendre. Voici un texte où les trois personnes de la Trinité sont présentes ensemble, même si elles ne sont pas explicitement nommées. C’est en leur nom, à la demande du Seigneur que nous rapporte la finale de l’Évangile selon saint Matthieu (cf Mt 28,19), que sont baptisés les nouveaux chrétiens. La voix du Père retentit et c’est un moment de pure grâce. Les cieux s’ouvrent et, un instant, la terre et le ciel s’unissent. Quoi de moins étonnant que de voir que l’Évangile de ce jour s’arrête là? Sans un mot de plus. Tout est dit.

Et nous avons entendu ce récit. Jean le Baptiste, puis Jésus et enfin le Père des cieux ont parlé. Et c’est le silence qui s’installe. Et une question monte à notre esprit, à mon esprit: «Que fais-tu de ton baptême?»

Chrétien de Rangueil, que fais-tu de ton baptême?

Quand tu es injuste, menteur, dans toutes tes petites mesquineries, oh, pas si importantes que ça, que fais-tu de ton baptême?

Quand tu trompes ton mari, frappes ta femme, insultes tes parents ou pire encore, que fais-tu de ton baptême?

Quand tu méprises les petits, t’enfermes dans la tour d’ivoire de tes certitudes ou de tes privilèges, quand la misère des hommes ne réveille chez toi qu’un haussement d’épaules, que fais-tu de ton baptême?

Chrétien de Rangueil, que fais-tu de ton baptême?

C’est la question de la semaine, de l’année, de toute une vie!

Amen.