Homélie du 20e dimanche du T.O. - 14 août 2016

Que sème-t-on?

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Les aumôniers catholiques de prison se demandaient, il y a peu, si l’on doit transmettre des corans aux prisonniers musulmans dans les prisons de la République. Sait-on bien ce que l’on fait? Si certains sont capables de distinguer Shiites (avec les ismaélites et les zaydistes) – ceux qui suivent le parti d’Ali – et Sunnites – ceux qui suivent la coutume des Califes qui ont expurgé leurs sourates selon leur convenance –, savent-ils bien ce que l’on fait en poussant quelqu’un à s’enfermer dans l’erreur?
Si l’on ne sait pas distinguer les courants du droit musulman (fiqr): Hannafites, Malakites (souvent les Maghrébins), Shafiites – dont les Asharites qui dissocient croyance et raison en refusant la philosophie – et Hanbalites qui appliquent à la lettre leurs versets, dont font partie les Wahabites ou salafistes, ou des sectes tels que les Mozabites (= Kharijites), que va-t-on semer ?

Le prophète Osée met en garde: «Puisqu’ils sèment le vent, ils moissonneront la tempête» (Os 8, 7).
Il ne convient pas non plus de laisser se laïciser toute chose. Les mots aumônier et aumônerie viennent de la tradition catholique: c’est recevoir une mission au nom de Jésus-Christ, qui provient de l’appel à «apporter le feu» à toutes les nations à évangéliser – sans exception: Ac 2, 11 contient les Arabes! –, c’est faire le don de son temps pour le bien spirituel et moral de quelqu’un, parfois c’est l’aider matériellement, lui faire l’aumône.
Tertullien notait déjà qu’«il n’est pas bon que la chair soit angoissée alors que l’âme demeure affamée» (Ad Martyras). Le premier théologien d’Afrique du Nord dans l’Ad Martyras retient, et toute la Tradition catholique avec lui, qu’on ne peut annoncer l’Évangile, bien de l’âme, que si l’urgence des biens corporels est déjà accomplie. Notons dans cette lettre sur les martyrs, que la Tradition catholique tient au fait qu’«on n’a pas le droit de se donner pour martyr du moment qu’on n’observe pas la charité fraternelle».

Dans le Coran, je ne parle même pas du Djihad, parfois interprétable positivement, il y a 100 appels au Qital, la guerre, et 14 appels à faire du butin. Je m’interroge: que peut-on donner de bon en offrant ce livre au lieu d’annoncer notre Seigneur Jésus-Christ? Je dois aimer les musulmans, mes frères en humanité, dans la vérité.

Dans l’Ancien Testament, même si la pédagogie est très progressive et qu’il existe de «l’imparfait et du caduc» (cf. Vatican II, Dei Verbum, 15), l’appel à l’anathème (cf. Ex 22, 19 ; Nb 21, 2-3) doit être dépassé par la recherche si appuyée de la paix (cf. Ps 34, 15). Le chrétien véritable, celui qui n’a pas une Bible atrophiée, retient plus explicitement encore la prière inspirée à notre Dieu «briseur de guerres» (Judith 9, 7). Il admire le Seigneur qui stupéfie son peuple en mettant «fin aux guerres jusqu’au bout de la terre» (Ps 46, 10). Le Nouveau Testament a des paraboles parfois guerrières (cf. Lc 19, 27), mais elles sont toujours à prendre au sens métaphorique pour le combat spirituel, contre Satan: il s’agit «d’écraser serpents et scorpions» (Lc 10, 19) par le pouvoir spirituel que le Seigneur Jésus donne à ses disciples. Quand Jésus enseigne aujourd’hui qu’il n’est pas «venu mettre la paix dans le monde» (Lc 12, 51), cela ne signifie pas qu’il soit contre la paix, Lui qui a enseigné la Béatitude des pacifiques (cf. Mt 5, 9), Lui le «Prince de la Paix» (Is 9, 5). Mais la paix est un fruit: celui de la Justice, de la Vérité, de la Liberté, de l’Amour-Miséricorde (cf. saint Jean XXIII et saint Jean-Paul II). Elle est au terme d’un mouvement qui nécessite des armes de lumières.

En cette année de la Miséricorde, n’ayons pas peur. Réconfortons-nous plutôt avec la Parole de Dieu. Par exemple, dix-neuf fois dans le livre de Ben Sirac le Sage, la Miséricorde et le Miséricordieux sont mentionnés:
«Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas, de peur de tomber (Si 2, 7). Car le Seigneur est compatissant et miséricordieux, il remet les péchés et sauve au jour de la détresse (2, 11). Jetons-nous dans les bras du Seigneur, et non dans ceux des hommes, car telle est sa majesté, telle aussi sa miséricorde (2, 18). Cependant, “Ne dis pas: Sa miséricorde est grande, il me pardonnera la multitude de mes péchés! car il y a chez lui pitié et colère et son courroux s’abat sur les pécheurs” (5, 6). Qu’elle est grande la miséricorde du Seigneur, son indulgence pour ceux qui se tournent vers lui! (17, 29). Qui pourra mesurer la puissance de sa majesté et qui pourra en outre raconter ses miséricordes? (18, 5). Le Seigneur ne renonce jamais à sa miséricorde et n’efface aucune de ses paroles (47, 22). Que votre âme trouve sa joie dans la miséricorde du Seigneur, ne rougissez pas de le louer (51, 29)»…

Quelle puissante litanie, sans équivoque, en faveur de la Miséricorde! Peut-on, devant une telle assurance fidèle, vouloir encore s’appuyer sur l’homme et son soi-disant bon sens, sur «l’humain de l’humanité», comme certains le font encore, après tant de siècles de Révélation? «Ainsi parle le Prophète: “Honni l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son appui et dont le cœur s’écarte du Seigneur!”» (Jr 17, 5).

Au total, le feu que Jésus est venu apporté c’est l’Esprit-Saint. C’est en conséquence la mission, la mission catholique. Et «la mission est un problème de foi, elle est précisément la mesure de notre foi en Jésus-Christ et en son amour pour nous» (saint Jean–Paul II, encyclique Redemptoris missio, 11). Demandons au Seigneur dans cette eucharistie de renouveler pour chacun cette mesure: qu’elle soit bien pleine pour annoncer Jésus-Christ, l’unique Sauveur (cf. 1Tm 2, 5), de tous sans exception.