Homélie du 2 février 2021 - Fête de la Présentation du Seigneur au Temple

« Qui est ce roi de gloire ? »

par

fr. Jean-Baptiste Blandino

Qui est ce roi de gloire ? Où voyez-vous un roi ? Il n’y a ici qu’un petit enfant dans les bras de ses pieux parents venus pour la purification de la mère et présenter leur enfant premier-né au Seigneur. Où voyez-vous un roi ? L’offrande d’un roi aurait été un agneau, ici l’offrande du pauvre, seulement deux petites colombes (cf. Lv 12, 8). Où voyez-vous un roi ?

Les voilà qui monte à Jérusalem, au Temple du Seigneur. C’est là que les juifs viennent rendre un culte au Seigneur. Mais l’Arche d’Alliance n’y réside plus et la gloire du Seigneur n’y siège plus : le trône est vide.

Souvenez-vous, quand la colonne de nuée descendait et se tenait à l’entrée de la tente de la Rencontre et Moïse parlait avec Dieu face à face (cf. Ex 33, 9.11).
Souvenez-vous, quand la gloire du Seigneur remplît la Maison du Seigneur, le Temple de pierre construit par Salomon, à tel point que « les prêtres ne purent entrer dans la Maison du Seigneur » (2 Ch 7, 2).
Les sacrifices continuent mais où se trouve la gloire du Seigneur ? Où se trouve le Seigneur ?

Au retour de l’Exil, alors que l’Arche a déjà disparu, le prophète Malachie nous prévient : « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez » (Ml 3, 1). Le voilà qui vient ! Jérusalem, Réjouis-toi, il vient vers toi, Dieu ton Sauveur. Qui le reconnaît ? Seulement Syméon poussé par l’Esprit Saint. N’y a-t-il qu’un seul homme juste et pieux « pour soutenir le jour de sa venue » (Ml 3, 2) ? Aujourd’hui, aucun phénomène divino-cosmique extraordinaire : pas de colonne de nuée, pas de feu descendu du ciel pour consommer l’holocauste. Aujourd’hui, un homme prend l’enfant dans ses bras et bénit Dieu.

Avec Syméon, nous voilà à la charnière. L’homme de l’Ancien Testament tient dans ses bras le Nouveau Testament. Les tables de la Loi ne sont plus dans le Saint des Saints, le Verbe fait chair est là sur le parvis. La gloire du Seigneur ne remplit plus sous forme de nuée le Temple fait de main d’homme. Non ! un enfant entre dans le Temple. Pourtant, ici, est le Roi de gloire.

Qui est ce roi de gloire ? Cette question du Psaume 23, nous l’entendons à plusieurs occasions dans l’année liturgique. Au temps de l’Avent, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le Verbe dans le monde. À la Présentation au Temple, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le Seigneur manifesté dans la chair dans son Temple. Aux Rameaux, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le messie d’Israël à Jérusalem. À Pâques, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le Crucifié, vainqueur de la mort. À l’Ascension, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le Seigneur Ressuscité pour siéger au ciel sur son trône de gloire. À la fin des Temps, « élevez-vous portes éternelles, qu’il entre » le corps du Christ, le peuple saint.

Le culte antique dans ce temple de pierre va être remplacé par le culte en esprit et en vérité dans le Temple nouveau du corps du Christ ressuscité. Là habitera éternellement la gloire du Seigneur.

Aujourd’hui les portes s’ouvrent : le Sauveur annoncé par les prophètes, le Sauveur attendu par les justes vient dans son Temple : il est le salut, il est la « lumière pour éclairer les païens et [la] gloire de [s]on peuple Israël ». Demain, par sa croix, les portes s’ouvriront pour « laisse[r] entrer le peuple juste » (Is 26, 2), « vers la tente admirable, vers la maison de Dieu, parmi les cris de liesse et de louange » (Ps 41).

Crèche blanche, par fr. Marie-Bernard