Homélie du 19e DO - 8 août 2004

Recherchons le vrai trésor de notre cœur,mais tout au long de notre vie

par

fr. Bernard Autran

Pour nous conduire au Royaume, Jésus nous appelle à n’appliquer notre cœur qu’au seul vrai trésor. À Marthe Il avait proclamé que la meilleure part était celle de Marie qui écoutait Sa Parole. Rien de ce que nous faisons ne peut être vraiment bon sans commencer par recevoir cette Parole et crier vers Notre Père: qu’Il fasse venir Son Règne à travers nous. Usant des nécessaires biens terrestres, Il nous a appelés à en être maîtres et non esclaves comme ceux qui se laissent aller à être âpres au gain. Aujourd’hui, Il nous conseille de lever les yeux, de considérer où mènent nos actions pour qu’elles portent un fruit véritable.

Idéalisant l’attitude des Israélites qui allaient sortir d’Égypte, le livre de la Sagesse loue leur confiance en la puissante attention du Seigneur qui allait les sauver. D’avance ils faisaient monter vers Lui leur action de grâces. Et l’Épître aux Hébreux en félicite Abraham: répondant à Son Appel, il avait abandonné son pays sans savoir où il allait! Contre toute espérance, il attendait l’enfant promis pour une nombreuse descendance. Il avait même accepté de l’offrir en sacrifice, confiant que Dieu peut même ressusciter les morts! Errant sur une terre qui lui était étrangère, il attendait la Cité dont Dieu serait le bâtisseur! Il en a vu le jour en Jésus!

Lui nous appelle aujourd’hui à une semblable confiance. À certains, Il demande de se débarrasser de leurs biens, d’en faire don aux pauvres et de compter sur Sa Sollicitude. Certains l’ont fait, et ont expérimenté merveilleusement combien Il a pris soin d’assurer leurs besoins et a fait porter un grand fruit à leur vie. Au plus grand nombre d’entre nous, il demande non de tout quitter, mais de mettre notre joie, notre cœur en des biens plus précieux que ceux dont il nous faut user pour nous et les nôtres, et pour servir nos frères.

En quoi consiste donc ce trésor qui donne toute sa valeur à nos vies? Ne le cherchons pas ailleurs qu’en ce qui a orienté toute la Sienne. Il a été bien clair: « Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner Sa Vie en rançon pour la multitude! » Ce qu’Il vient vivre parmi nous est le reflet du Feu qui brûle en Lui de toute éternité. De toutes ses forces, Il fait rejaillir vers Son Père l’immense Joie qu’Il en reçoit et Il communie pleinement à Son Projet de la partager. S’en faire Serviteur consiste pour Lui à répondre à Son Don infini d’amour, Lui qui, origine de tout, Se fait Serviteur du Bonheur de Son Fils, de L’Esprit, et, au delà, de toutes ses créatures. Ainsi nous montre-t-Il le chemin.

Sa tentation au désert nous révèle ses Choix: Il ne veut pas obliger à se soumettre à Lui par les moyens humains ordinaires, richesses, astuce, violence ni par un prestige facile. Et, s’Il possède une grande maîtrise sur les éléments, Il refuse d’en user à son avantage. Qu’on Le dise Seigneur et Maître, Il ne le dénie pas puisque c’est la vérité, mais Il donne un signe fort en S’abaissant à laver les pieds de ses disciples avant d’accepter l’Humiliation suprême d’être livré au supplice par lequel on broyait les esclaves.

Ainsi comprenons-nous mieux son Appel à garder nos lampes allumées comme ceux qui restent éveillés en tenue de service, prêts à assurer celui qui leur sera demandé. Comme son éminente dignité est à la mesure du Service qu’Il a assuré jusqu’à l’extrême, ainsi en est-il pour chacun de nous, à notre humble mesure! Il nous promet, à son retour, de prendre à son tour la tenue de Service, de nous faire passer à table et de nous servir! Et Il proclame heureux ceux qu’Il trouvera en train de veiller dans le service, même s’Il tarde beaucoup!

Là, l’ardeur à servir exige la Persévérance! S’il a été donné à certains de parcourir leur carrière en peu d’années, la plupart d’entre nous sommes appelés à durer dans ce service d’amour! À nous de vivre mieux que le feu de paille d’un enthousiasme passager! Le Seigneur évoque le cas de ce serviteur qui exploite la situation à son avantage, mange, boit, plutôt que de remplir ses responsabilités! Ne rencontrons-nous pas ces tentations dans le service qu’Il nous demande vis à vis de nos frères? Ne sommes-nous pas tentés de nous faire servir au lieu de servir, de les mépriser, de limiter notre regard à notre avantage immédiat? « Vous ne savez pas à quelle heure Le Seigneur viendra! » Nous serions alors une ruine s’Il nous surprenait ainsi! Nous pourrions alors craindre! Mais, confiants en Son Amour, appelons-Le à l’aide pour servir nos frères. Ainsi pourra-t-Il nous partager sa Joie, un jour pleinement, mais déjà bien réellement aujourd’hui dans le clair-obscur de la Foi!

Sa Manifestation ultime tardera encore peut-être bien longtemps, mais rien de ce nous accomplissons n’y sera oublié! Pourtant pour chacun, c’est au plus au bout d’une poignée de dizaines d’années qu’Il nous ouvrira les yeux en nous faisant nous paraître devant Lui. Sachons ne pas nous laisser obnubiler par le rase mottes de notre quotidien. Ce en quoi nous nous enfermons sur nos petits avantages stérilise notre vie. Seule la puissance de L’Esprit nous ouvre à un amour solide qui dure. Portons-nous les uns les autres dans une prière ardente pour qu’entraînés par l’exemple de Notre Maître nous vivions dès à présent, à sa suite, difficile et discrète, la joie de vraiment servir par amour! Quelle merveille le jour où Il nous ouvrira les bras: c’est Lui qui nous révèlera le vrai Trésor, nous servira pour nous faire entrer dans le Bonheur de Son Royaume!