Homélie du 24e DO - 17 septembre 2006

Regarder le Christ

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Frères et sœurs,

À propos de cette phrase de l’Évangile Gérard Depardieu dirait franchement que ce programme compliqué: «perdre sa vie pour la gagner», ce programme-là n’est pas le sien. Il nous propose par contre un programme beaucoup plus facile à réaliser. Il explique sa devise: «J’aime la vie et la vie m’aime.» en disant: «La vie est belle, j’en profite. J’ai un appétit forcené de vivre. L’abondance, oui. L’excès en toute chose. Je suis une sorte de boulimique de la vie. Je suis vivant, amoureux de la vie … Jusqu’à en [crever] mourir.» Avec Oscar Wilde il conclut: «La modération est fatale. Rien ne réussit autant que l’excès.»

On doute qu’Oscar Wilde et Gérard Depardieu aient vraiment raison. Par notre propre expérience nous savons déjà, que la poursuite du pur plaisir excessif ne nous rend finalement pas heureux. Ernst Bloch parle dans ce contexte de la «mélancolie de la plénitude» et le philosophe Kierkegaard nous met en garde: celui qui insiste tant sur le plaisir aurait déjà mis un pied sur le chemin du désespoir. Gérard Depardieu lui-même le reconnaît: «Je n’ai pas l’habitude du bonheur. Je n’ai pas d’aptitude au bonheur. La félicité, je ne sais pas ce que c’est.» Et un peu plus loin: «Oui, la mort, je la programme tous les jours. Parce que je suis trop vivant, trop viveur, trop jouisseur…»

«Qui veut en effet sauver sa vie, la perdra.» La recherche de la plénitude de la vie par l’excès dans le plaisir dans les domaines qui sont fondamentaux pour la vie n’aboutit finalement à rien d’autre qu’à une autodestruction. Mais pourquoi? Comment est-il possible que le fait d’utiliser d’une manière excessive toutes ces forces pour conserver sa vie puisse avoir des conséquences tellement graves que l’homme qui se cherche ainsi peut tout de même se manquer si terriblement?

La psychologie nous donne déjà un premier indice en disant que la vraie conservation de soi est liée à un regard de l’homme porté vers lui-même sans pour autant qu’il se regarde: «Qui ne regarde que soi-même, ne luit et ne rayonne pas.» La psychologie contemporaine nous laisse un peu sur notre faim en ce qui concerne la question sur la réalisation de ce regard mystérieux sur soi-même et nous console avec certaines thérapies comme le Zen ou le Yoga qui garantiraient une vie équilibrée de corps et d’esprit à tous les points de vue. Mais le regard sur l’homme seul ne suffit pas.

Il faut à l’homme le «Regard vers le Christ». Si je ne regarde par vers Celui qui m’a crée et encore plus magnifiquement recrée je ne trouverais jamais la paix intérieure. L’ordre intérieur de l’homme n’est pas une réalité qui va de soi comme l’ordre intérieur d’un cristal, d’une fleur ou d’un animal. Ces mêmes forces qui tiennent l’homme dans son existence peuvent devenir aussi causes de destruction au plus profond de sa personne. Cet écartèlement dans l’être humain n’est d’abord pas compréhensible sans l’acceptation par la foi de la vérité révélée du péché originel, qui a mis tant de trouble dans notre existence. Mais on peut encore pénétrer plus profondément dans la compréhension de la structure de l’ordre et du désordre intérieur de l’homme.

Chez saint Thomas se trouve une phrase qu’on pourrait sans aucun souci appeler le fondement par excellence d’une doctrine métaphysique de l’agir de l’homme: «L’homme aime naturellement Dieu en priorité et plus que lui-même.» Voilà la clef pour la compréhension de notre problème. La gravité de la violation de l’amour de Dieu par une vie d’excès de pur plaisir consiste en ceci, qu’elle est en même temps diamétralement opposée au vouloir naturel de l’homme. L’homme veut par nature aimer Dieu plus que soi-même. Agir contre ce fait est comparable à un tournesol qui ne veut plus se tourner naturellement vers le soleil mais vers les ténèbres. Bien-sûr, le tournesol ne choisira jamais les ténèbres, il ne le peut pas. L’homme par contre a cette triste possibilité d’agir avec sa volonté contre ce qui correspond à sa nature et de choisir de détourner son regard du Christ pour se tourner exclusivement vers lui-même. Avec nécessité l’homme manque et transforme, s’il n’aime rien plus que soi-même, le sens de l’amour envers lui-même comme aussi le sens de tout amour, qui est de créer, de garder, de sauver. Ce sens là n’est peut être donné qu’à l’amour, qui ne recherche pas aveuglément que soi-même, mais qui essaie avec des yeux ouverts de correspondre à la réalité et à la vérité de Dieu et de sa création.

Frères et sœurs, dans tout ce que nous faisons, n’oublions jamais notre regard vers Jésus. Si notre vie et notre âme n’ont pas encore trouvé l’ordre et la clarté d’un cristal précieux, ne nous laissons pas décourager. Jésus est toujours avec nous: Regardons le Christ, suivons le Christ! Il est le chemin, la vérité et – LA VIE.