Homélie du 26 mars 2020 - Jeudi de la 4e semaine de Carême

Rendre témoignage au Christ

par

fr. François Daguet

Qu’est-ce qui fait que nous accordons crédit, que nous croyons en une personne, que nous accordons foi à ce qu’elle nous dit ? La plupart du temps, humainement, cela tient à l’autorité propre de la personne. D’une façon ou d’une autre, par son expérience, ce qu’elle a fait, elle donne des preuves de sa crédibilité, elle est digne de foi. C’est l’un des caractères de l’âge adulte : la personne adulte fait ou a fait ses preuves. Elle est fiable. Alors, mais alors seulement nous lui accordons crédit, nous reconnaissons sa crédibilité, on peut lui faire confiance. Sans cela, aucune vie de communauté n’est durablement possible.

Ce qui est curieux, à la lecture de l’évangile, et spécialement celui de Jean en ce moment, c’est que jamais Jésus n’entre dans cette logique humaine. Il ne cherche pas à se rendre témoignage à lui-même. Il affirme même : « Si je me donnais un témoignage à moi-même, mon témoignage ne vaudrait rien. » Jésus ne cherche pas à faire ses preuves, ni à nous en donner. Pourquoi donc ? Parce qu’il est celui à qui l’on rend témoignage. Il n’a rien à prouver, parce qu’il est Dieu, mais à lui on rend témoignage. Qui lui rend témoignage ? Jésus cite trois sources.

D’abord, Jean le Baptiste. Jésus renvoie ses interlocuteurs à ce que le Baptiste leur a dit : « Il a rendu témoignage à la vérité. » Et Jean-Baptiste a témoigné de l’identité de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Mais ils n’ont pas voulu l’écouter.

Ensuite, Moïse et les Écritures. Ce ne sont pas elles qui apportent la vie éternelle, par elles-mêmes. Lisez-les bien, dit Jésus à ses interlocuteurs : c’est à moi qu’elles conduisent. Mais en fait, vous ne croyez pas en Moïse : « Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi. » Toutes les Écritures annoncent le Christ, conduisent à lui, préparent sa venue.

Enfin, les œuvres que Jésus accomplit. Ce ne sont pas les siennes propres, ce sont celles que le Père lui a données à accomplir. « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père. » Ses œuvres, ce sont toutes celles qui apportent le salut aux hommes. Les miracles qu’il accomplit sont des attestations de cette œuvre de salut pour laquelle Jésus est venu. Il vient de réaliser un miracle éclatant, signe du salut qu’il donne à ce paralysé, et les Juifs refusent de le reconnaître. Parce qu’ils devraient reconnaître, alors, que c’est le Père qui lui rend témoignage.

Tout cela nous montre que Jésus est entièrement relatif au Père, au point qu’il ne fait rien par lui-même. Il se reçoit du Père, il est l’effigie de sa substance. C’est le Père qui l’a envoyé, c’est le Père qui sauve par lui, c’est le Père qui nous a donnés à lui pour qu’il nous sauve. L’autorité de Jésus-Christ est en un sens l’exact contraire de l’autorité humaine : elle ne vient pas de lui mais du Père à qui il s’est entièrement soumis.

Et cela nous concerne directement, si nous cherchons à conformer notre vie à celle du Christ, à le suivre sur le chemin qu’il a suivi et qu’il nous invite à emprunter. La vie chrétienne ne demande pas de faire ses preuves par soi-même, mais à suivre le Christ dans son obéissance au Père, à se laisser sauver par lui. Ce n’est pas en faisant nos œuvres propres, aussi grandes soient-elles, que nous accomplirons notre vocation, mais c’est en accomplissant la volonté du Père. Et c’est ainsi que nous rendrons témoignage, à notre tour, au Christ sauveur du monde.