Homélie du Solennité du Corps et du Sang du Seigneur (1res communions) - 23 juin 2019

Savoir grandir, communier et offrir l’eucharistie

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Savoir grandir
« Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant », confesse saint Paul (1 Co 13, 11).
Moi-même, quand j’étais un enfant, je me demandais si je saurai plus tard parler comme un adulte, raisonner comme un adulte, savoir un métier, me défendre, tout savoir et comprendre, trouver ma place dans ce monde, être respecté, apprécié… Tant de questions, et parfois de peurs, habitent les cœurs des enfants… qu’il faut donc rassurer.
Car il y a beaucoup de choses de la vie qui se passent très bien. Par exemple dès les premières heures de notre vie, nous avons réussi (et c’était vital) à téter le sein de la maman. Oui, savoir prendre, recevoir, le lait maternel, ce n’est pas évident, et pourtant les bébés savent le faire. Et, deuxième réussite aussi merveilleuse des bébés : ils savent assimiler ce lait maternel, le faire leur, le digérer pour le transformer en énergie de croissance.

On pourrait mépriser ces aspects initiaux de la vie, comme le besoin de manger. Voyez les disciples : « Renvoie la foule, disent-ils à Jésus : qu’ils aillent dans les villages et fermes d’alentour pour y loger et trouver des provisions. » Jésus les invite à ne pas mépriser ce besoin fondamental d’abri et de nourriture : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Je reviens sur ce mot « assimiler » : l’enfant assimile
le lait maternel. On lui demandera ensuite d’assimiler des leçons, de les faire siennes. Dans le verbe « assimiler » il y a le mot « similaire » : l’enfant doit devenir similaire, semblable, pareil au lait qu’il ingurgite ou aux leçons qu’il étudie.
Oui, similaire au lait qui vient de sa maman et dans lequel passe beaucoup d’énergie
(et de tendresse !) ; car la vie, l’énergie de ce monde, doit s’installer et se développer en lui.
Pareil aux leçons qu’il apprend, car il doit être semblable et en phase avec tout ce qui fait la vie des hommes d’une époque : langue, histoire, culture, religion…
J’ai ajouté « religion » car nous, croyants, connaissons notre vocation à être semblables à Jésus « qui est mort pour nous, que dis-je ? ressuscité ! », pour avoir part à la vie en plénitude. Et en effet, par le baptême ― qu’ils savent si bien recevoir ―, les enfants deviennent semblables à Jésus, assimilés en lui qui devient leur frère, leur Sauveur et leur Dieu.

 

Savoir communier
En général les enfants se demandent quel goût a l’hostie, quel goût a le vin du calice… Derrière cette curiosité il y a la question : « Est-ce que je vais savoir communier ? » ; « est-ce que je saurai recevoir Jésus, pain de Vie, qui — disent les catéchistes — vient dans ma bouche et dans mon cœur pour y faire sa demeure, pour que je devienne son ami ? » Cela ne relève ni de l’instinct du bébé ni de la docilité de l’enfant studieux. Savoir communier relève de la foi.

Car le « pain vivant descendu du Ciel » n’est pas une nourriture charnelle, de ce monde, mais une nourriture spirituelle qui suppose que l’on soit vraiment ami avec Jésus, en confiance profonde avec lui.
Jésus demande déjà cette confiance à ses disciples : « Faites-les s’étendre par groupes de cinquante. » Une fois que les disciples ont disposé les gens en carrés de 50 personnes, c’est finalement lui-même qui donne à manger à la foule, en multipliant les 5 pains et les 2 poissons ; les disciples n’ont plus qu’à distribuer. « Ils mangèrent et furent tous rassasiés. » Voilà, les 5000 communiants ont su « assimiler » le pain de vie, « et ils furent rassasiés ».
Ils ont assimilé une nourriture qui n’est plus le « petit lait » de l’enfance, mais le pain des voyageurs qui marchent vers la Patrie que le baptême leur a ouverte. Ce pain de vie, la chair du Fils de l’homme, c’est le pain des pèlerins que sont les chrétiens. Un pain qui rend semblable à celui qui nous a tant aimés, qui prend soin de nous toujours. À chaque communion nous devenons un peu plus semblables à Jésus qui a souffert par amour pour nous, qui est vivant, ressuscité, glorifié dans son âme et son corps d’homme (nourri au lait de Marie). Nous sommes assimilés à lui, unis à sa vie divine, « divinifiés » comme de bons fils et filles de Dieu que nous sommes devenus par le baptême.

 

Savoir s’offrir dans l’eucharistie
Dans quelques années, les enfants initiés à l’eucharistie recevront le sacrement de confirmation. La source qui a jailli dans leur cœur au baptême deviendra en eux débordante, féconde pour leur bonheur et celui de tous leurs proches, dans l’Église. Celle-ci grandira avec et par eux, dans la puissance de l’Esprit-Saint.

Bien sûr il faudra toujours bien recevoir Jésus dans la communion, comme tous les adultes dans la foi. Mais vos enfants devenus de jeunes adultes devront comme vous s’offrir à Jésus dans l’eucharistie. Avec vous et saint Paul, ils pourront dire : « Une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant ; car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face ; à présent, je connais d’une manière partielle, mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1 Co 13, 12).