Homélie du 4e Dimanche de Pâques - 12 mai 2019

se lever à la voix du bon berger

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« Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. » Chers frères et sœurs, cette affirmation, hautement théologique, traverse toute la Bible. Ces paroles expriment la foi qui implique la solidité, la fermeté, la confiance et l’abandon au Seigneur. En effet, le Dieu d’Israël n’est pas le Berger seulement de son peuple, mais aussi de tous les humains. Autrement dit, l’action de Dieu ne se limite pas à Israël, qui en fut le premier bénéficiaire : elle s’étend à toute personne, dans sa dignité, sa singularité, qui veut bien écouter la voix du Seigneur et le suivre. Cela se vérifie dans la vision de l’Apocalypse de saint Jean qui a vu « une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues ». C’est dans cette trajectoire que l’apôtre Paul interprète sa mission à Antioche, comme un signe qui fait advenir le commandement du Seigneur : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Dès lors, frères et sœurs, le sommet de la révélation de Dieu comme Berger de son peuple acquiert, aujourd’hui, sa pleine clarté en Jésus dans l’offrande de sa vie, l’offrande librement consentie. Ainsi, en réalisant sa mission de Bon Berger, le Christ ne se substitue pas à son Père, mais, au contraire, il en donne une image concrète qui réalise sa présence familière au milieu des hommes. Cela nous fait comprendre que c’est dans cette relation intime, trinitaire, que l’attention de Dieu à l’égard des hommes s’exprime et se réalise. Le Fils est issu du Père et vient du Père ; et la vie qu’il donne est don de Dieu.

« Le Bon Pasteur connaît ses brebis », nous dit Jésus. Dans la tradition biblique, « connaître quelqu’un » veut dire l’aimer personnellement et entièrement. En affirmant que le Bon Pasteur connaît chacune de ses brebis, Jésus dit qu’il nous aime d’un amour gratuit, un amour sans condition. Il nous aime tels que nous sommes, avec nos qualités, nos défauts, nos limites. En effet, le Christ, le Bon Pasteur, est venu chercher tous les hommes, et plus particulièrement les exclus, pour les sortir de leur situation de précarité spirituelle. Quelle providence !

Dans cette page de l’Évangile, nous lisons que les brebis écoutent la voix de leur Berger. Écouter c’est le moyen qui nous met en relation avec Dieu. De même que la brebis ne saurait ramener le Berger à sa taille, nous aussi, malgré nos compétences, ne ramenons pas la volonté de Dieu à nos désirs humains. Mais, me direz-vous, comment reconnaître aujourd’hui la voix de notre Berger face à toutes les voix séductrices de notre monde qui veulent nous attirer sur de faux chemins ? Chers frères et sœurs, la voix de notre Seigneur est remplie de douceur.

Cette douceur qui invite à aimer, et non pas à haïr, à œuvrer pour la communion et non pas à diviser. Dès lors, rejeter ou mépriser quelqu’un revient à lui dire qu’il ne compte pas. Oui, c’est un péché de mépriser quelqu’un, non seulement un péché contre l’œuvre créatrice de Dieu, mais surtout un péché comme déni d’amour. Ce déni d’amour qui laisse entendre au Créateur qu’il a mal agi en créant cette personne et en la mettant sur ma route…

Chers frères et sœurs, l’eucharistie ne nous est pas offerte pour notre seule satisfaction individuelle, mais comme un dynamisme de service. Elle est un repas, donc aussi un partage. Sinon, comment pourrons-nous recevoir Jésus, le pain de vie, dans la division, au milieu de luttes internes, alors que c’est justement ce pain qui crée l’unité entre nous ? Si Jésus, le Bon Berger, s’est fait agneau, dans l’acte suprême d’amour oblatif, c’est justement pour nous rassembler dans sa bergerie.

Oui, les brebis écoutent la voix de leur Berger. Comme des brebis dociles, écoutons et suivons-le. Écouter la voix du Seigneur, c’est déjà participer à la résurrection. C’est la foi en Jésus Christ qui arrache l’homme à la puissance d’asservissement du péché, du mensonge. Oui, devant la dangerosité de notre monde où tout peut arriver, nous avons besoin d’un guide. Le Christ, le Bon Pasteur, sait que la vie est très compliquée pour nous. Nous pouvons être bloqués par une maladie, un traumatisme, des problèmes matrimoniaux, familiaux, des mésententes avec nos amis ou collègues. Oui, la vie est parfois compliquée pour que nous puissions la traverser seul en toute sécurité. C’est ainsi que, aujourd’hui, si nous l’écoutons et le suivons, malgré la précarité de la route qu’il empruntera, le Christ ressuscité se propose à nous comme le Bon Berger, Guide, Protecteur, pour nous aider à surmonter, à franchir, les obstacles de notre existence. Quelle providence ! Oui, providence : parce que la liturgie de ce jour nous donne des raisons d’espérer. Face à des problèmes qui nous semblent insolubles, frères et sœurs, nous n’avons d’autre assurance que celle de notre foi, notre seul vrai recours étant Dieu lui-même, le Bon Berger. Ainsi soit-il !